LA REINE ANNONCE L'ARRESTATION OU CARDINAL
« VOUS m'ennuyez à la fin ; je vous ai laissé aller •< jusqu'au bout parce que je pensais à autre chose. ic Faut-il vous répéter dix fois de suite que je ne suis a pour rien dans cette affaire? Je le répète, je suis '( très fâchée de m'être levée de table, comme si « j'élais la complice des folies de votre cardinal. - c Madame, n'en parlons plus, je veux cependant a ajouter que plus d'une fois et de votre aveu, vous « vous êtes repentie de n'avoir pas suivi mes conseils ; a fasse le ciel que dans la circonstance votre repentir c ne soit pas plus cuisant qu'à l'ordinaire ! j>
Nous cheminions en silence, continue le précieux hMiioin de cette aventure, « à l'cntrcc de la ville ï je la supplie au moins de brûler les papiers qui « peuvent compromettre le cardi nal ... Je m'offre pour a l'aider, elle ne refuse pas... L'expédition fut longue. € Je quittai Madame de Lamotte en pressant plus que « jamais son départ... il était trois heures du matin; (c à quatre heures elle était arrêtée et à quatre heures (( et demie sur le chemin de la Bastille. »
Placé dans l'alternative d'accepter pour juge soit une commission, soit les magistrats ordinaires, ou de s'en rapporter à la clémence royale, le cardinal choisit le Parlement.
tf Vous aurez déjà su, manda aussitôt la reine à u iHh son frère, la catastrophe du cardinal de Rohan, k'-^uTî c'est un étrange roman aux yeux de tout ce paysci que de vouloir supposer que j'ai pu vouloir donner une commission secrète au cardinal... Je désire que cette horreur et tous ces détails soient bien éclaircisaux yeux de tout le- monde.. Le cardinal a pris mon nom comme un vil et maladroit faux
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la cata^tm du Oitrdiri
monnayeur. Il est probable que, pressé par un besoin d'argent, il a cru pouvoir payer les bijoutiers à répoque qu'il avait marquée, sans que rien ne fût découvert. . . Cagliostro charlatan, Lamotte, sa femme et une nommée Oliva, barbotteuse des rues, sont décrétés avec lui... Quelle association pour un grand aumônier et un Rohan cardinal ? )>
La reine était dans l'erreur en croyant que la lumière se ferait, quel'afraire serait bientôt terminée et qu'elle n'aurait plus à entendre parler de cette horreur, comme elle l'annonçait à l'empereur Joseph H. Les deux époux, victimes de préjugés qui naguère encore divinisaient en quelque sorte une personne royale, poursuivaient contre Rohan, sans s'en rendre un compte bien exact, le crime de lèse-majesté, crime que les juges avaient vingt-huit ans auparavant fait expier à Damiens par d'atroces souffrances. Mais depuis cette terrible exécution l'opinion publique s'était transformée, celui qu'on appelait Toint du seigneur n'inspirait plus cette vénération superstitieuse d'autrefois, et les avocats généraux Ségnier et Hérault de Séchelles exprimaient l'opinion de la société française de l'époque lorsqu'ils répondirent au procureur général qui demandait leur avis: « Il n'y a dans l'affaire soumise aux juges qu'une intrigue de cour et point de délit, les propriétaires du collier ne réclament rien juridiquement, n'ont porté aucune plainte légale et ne se sont point rendus parties au procès. » Cette appréciation qui fut traitée de bizarre par des familiers de Versailles ne tarda pas à devenir celle d'un grand nombre de magistrats, et dès le premier jour le public