DÉCEPTIONS DE LA REINE
no cniignit point de témoigner à Rohau le mépris que méritait sa sottise et en même temps la colère que provoquait la prétention de Ten punir. Oublieuse du respect dont elle entourait naguère la majesté royale, la foule substitua aux motifs d'indignation d'une souveraine insultée les plus viles passions et fit jouer au cardinal un rôle de victime. Le ministre de la maison du roi, (|ue Ton soupçonnait d'avoir conseillé la poursuite, reçut du peuple le surnom injurieux de bourreau Bretetiil et le procès s'ouvrit au milieu de clameurs de toutes sortes. La famille de Rohan et tous ses partisans s'insurgèrent contre la résolution do Louis XVL M"** de Brionne qui, depuis vingt ans, puraissait brouillée avec le cardinal, son parent, défendit sa cause « avec une chaleur (jui lui fit faire mille extravagances ». Les représentants du clergé profitèrent de leur réunion pour invoquer leurs privilèges contre les lettres patentes du 5 septembre 1785 attribuant au Parlement le jugement d'un prince de l'Église, et le président de cette haute assemblée, divulgua ses réclamations contrairement aux habitudes de secret qui couvroient ses délibérations. Le pape blâma Rohan d'avoir préféré des juges laïques à la clémence du a très religieux mouaniue de France d, et le priva momentanément des prérogatives attachées à son rang de cardinal et d'cvèquc.
En un instant les campagnes et les villes furent i>éiugod^écrMs inondées d'écrits qui sous forme d'articles de jour- pamphietj^ naux, de mémoires d avocats, de nouvelles a la main flattaient le goût du merveilleux et entremêlaient le vrai et le faux dans des récits où les nouvellistes se plaisaient à mettre en scène utic reine de
74 LIVRE PRRMILR.
France. L'abbé George!, vicaire général de la grande aumônerie^ fit imprimer et afficher un mandement dans lequel il comparait Rohan à saint Paul. On vit paraître une prétendue lettre de Georgel à la comtesse de Marsan où ce prêtre impudent disait: «Cessez d'être inquiète de notre cardinal . 11 a supporté avec toute la dignité d un Rohan le coup incroyable qui l'a frappé... Son âme est en paix autant que peut l'être celle d'un illustre accusé qui prévoit qu'il ne sera jamais jugé... Le roi reculera et ce sera d'autant plus favorable pour nous qu'il y aura plus A'imbroglio dans l'instruction, il ne faudrait plus alors qu'une victime à l'autorité compromise. Pourquoi le Baron (de Breteuil) qui n'a été qu'agent ne serait-il pas chassé comme auteur? Nous triompherions pleinement, tous les intérêts seraient conciliés, de profondes vengeances exercées el les sentiments respectifs satisfaits.» Un écrivain, relevant cette attaque dirigée contre la reine, répondait par une lettre de M""' de Marsan dévoilant les mœurs et les scandales de la vie du cardinal. Les imbroglios désirés dans la lettre supposée de Georgel ne devaient pas manquer. Des escrocs tâchant de tirer profit des intrigues nouées par M"' de Lamotte, fournissaient aux avocats des romans qui, sous forme de mémoires, devenaient de véritables spéculations de librairie. La curiosité de la capitale recherchant avec avidité les moindres détails de cette affaire si simple en réalité et si compliquée par suite de l'imagination malveillante de la population avait pénétré dans les provinces. Le nombre des lettres distribuées par la poste s'était notablement accru et les portraits de la comtesse de Lamotte, de Cagliostro et de deux personnages équi-