‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 23 sur 245 · DÉLUGE DÉCRITS ET DE PAMPHLETS · texte numérisé non relu

DÉLUGE DÉCRITS ET DE PAMPHLETS

voques. Belle d'Éticoville et le baron de Pages, qui se trouvaient impliqués dans le procès, entouraient, en guise d'auréole, celui du cardinal qui s'étalait dans une foule de boutiques. Les quolibets sur Rohan se multipliaient comme les calembours et les allégories railleuses. Tantôt des chapeaux de paille garnis d*un ruban rouge, étaient appelés chapeaux du cardinalsur h paille^ à raison de leur couleur analogue à celle des vêtements de ces princes de l'Église, tantôt des tabatières en ivoire portant un point noir dans le milieu de leur couvercle se nommaient tabatières au cardinal blanchi^ à cause de ce petit ornement signifiant, dis;iit-on, qu'il ne sortirait pîis tout à fait blanc des mains de la justice. Les raisons de la popularité de Rohan s'énonçaient assez brutalement dans un quatrain où le versificateur lui faisait demander des partisans en ces termes :

vif 8 bons amU qui parcourez ia ville Pour m*obtenir mon absolulion :

Oui, j'en faû l'humble confession.

Dites partout que jç suis injbécile.

Le mémoire que rédigea pour Rohan l'avocat Target lut illustré immédiatement par une chanson plaisante en deux couplets:

Target, dans son gros mémoire, A tracé tant bien que mal L'étrange et fâcheuse histoire De ce pauvre cardinal :

Où la verbeuse éloquence De cet orateur pressant Prouve jusqu'à l'évidence Que c'est un grand innocent.

J'entends le Sénat de France Lui dire un de ces matins :

Ayei an peu de décence

7« LIVRE PKEMIEH.

Rt taissez-là les catins.

Mais le Pape, moins honnête.

Pourrait dire à ce nigaud :

Prince, à qui n'a point de tète.

Il ne faut point de chapeau.

•*doîani L'attitude des deux accusés devant le Parlement iem*nt. p^jj ^^ rclicf la différence de leur caractère eu accentuant publiquement Tinsolente audace de Tuo et la molle faiblesse de l'autre. M""' de Lamotte entn la tête haute et en brillante toilette et s'écria qu'elle (( allait confondre ce grand fripon. » Un moment troublée en présence des juges et de la sellette sur laquelle l'huissier lui disait de s'asseoir, elle retrouva bien vite sa fermeté et répondit aux questions qui lui furent adressées avec une précision et une énergie qui étoimèrent ses interrogateurs. Lorsqu'elle se fut retirée, le premior président fit avertir Rohan que la sellette était enlevée et qu'il pouvait venir, A la vue de la pâleur de son visage et de l'émotion qui faisait iléchir ses genoux, plusieurs magistrats s'écrièrent à la fois : « Monsieur le cardinal paraît se trouver mal, il taudrait le faire asseoir. — M. le cardinal est le maître, s'il veut, de s'asseoir, répliqua le premier président, » et Rohan, profitant de la permission, reprit son assurance. Il répondit avec présence d'esprit à toutes les questions et, retrouvant ses habitudes d'homme du monde, parla, disent les écrits de l'époque, pendant une demi-heure avec beaucoup de grâce, de force et de noblesse, emrni La délibération dura dix-huit heures, le débat fut

nui 1786. desplus auimé et l'un des conseillers, Robert de Saint- Vincent, blâmant la publicité donnée au procès, plaignit le roi et la reine de n'avoir pas eu auprès d'eux un

FIN DU PROCÈS, EXALTATION DU PUBLIC. Il

stre assez sage pour les empêcher de comprore ainsi la majesté du trône. » cardinal fut déchargé de toute accusation et la tesse de Lamotte condamnée à cire, « avant la e au col, battue et fustigée, nue, de verges et flé- Tun fer chaud en forme de la lettre V sur les deux les par l'exécuteur de la haute justice, ce fait, ée et conduite à la maison de force de la Salpée pour y être détenue et renfermée à perpétuité. » 3 peuple qui inondait les rues avoisinantes du ovmuon is et toutes les salles dès cinq heures du matin, fai^i^*à"RohLi. onnut qu'à dix heures du soir l'arrêt rendu une •e auparavant. Les magistrats, écrit Mirabeau, Dt « arrêtés, caressés, baisés, cinq cents pertes se sont prosternées, c'était du délire; »puis il le, en caractérisant les pensées qui avaient transé la foule : a Quoique tel n'en fut pas le motif, îril si facilement encouru par les passions des Tes, qui ne doivent pas avoir de passions ou du lis doivent les cacher ou les vaincre, ce péril cité par les ministres, n'en pouvait-il pas devenir pour la chose publique... Il y a trente ans, le linal eut été perdu sans ressource; autrefois l'aué aurait couvert l'absurdité par la tyrannie, heulement elle ne le peut plus; l'épreuve est dure mais sive, puissent d'autres passions n'en pas abuser. » iccompagné par une foule considérable de la lille à son hôtel, le cardinal dut paraître sur son «n pour remercier le public de sa sympathie cl, s l'intervention de la police, les maisons voi- 18 eussent été illuminées comme en un jour de î. Le lendemain l'ovation populaire se continua

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par l'arrivée des poissardes qui apportèrent leurs félicitations, et lorsque Breteuil vint notifier à Rohan son exil à l'abbaye de la Chaise*I)ieu en Auvergne, le ministre fut contraint de traverser une foule compacte qui poussait les cris de : vive M. le cardinal. ^^S^me Restée à la Conciergerie, M°"* de Lamotte se savait Limoite. condamnée sans connaître les détails de la peine que lui réservait l'arrêta libeller par le Parlement au retour de ses vacances. En proie à des accès de violent désespoir elle attendait son sort depuis le 31 mai, quand le 21 juin à six heures du matin, on la tira de sa prison. A peine eut-elle franchi le seuil de la porte que des gardes l'entourèrent et la conduisirent au pied du grand escalier du Palais où la sentence prononcée devait recevoir son exécution. M™' de Lamotte entra en fureur, hiirla qu'on la mettrait plutôt en pièces que de lui faire subir un traitement aussi infamant et, renversée par les valets du bourreau, proféra mille imprécations contre les juges, contre le cardinal qu'elle traita vingt fois de grand fripon, protestant à hauts cris contre l'injure faite en sa personne au sang des Valois. A la suite de cette scène qui n'eut pour spectateurs qu'un petit nombre de curieux à cause de l'heure matinale, un fiacre conduisit la prisonnière au lieu de sa détention.

)ine après La rcinc fut aussi surprise que peinée du jugement procès, rendu. On observa, racontent les Mémoires secrets, qu'elle fut « trèsafTectée pendant deux jours. En effet, on ne peut pas revenir de la manière dont il (le cardinal) s'est trouvé absolument innocenté. »

Le nouvelliste ajoute à la date du 7 juin, huit jours après Tarrèt du Parlement, en faisant allu-

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