LES BIENS DU CLERGÉ CONVOITÉS PAR LA NATION
serait un coup de filet de deux cents millions qui, bien appliqués, contribueroient beaucoup à soulager rÉtat... Des quinze cents religieux douze cents... désireraient la dissolution. y> Deux mois après paraissaient les Lettres édifiantes et curieuses, où Ton se demandait si les biens ecclésiastiques étaient actuellement employés suivant le vœu de VÊglise.
Il y a trois âges différents, observait l'auteur, dans l'usage qui a été fait de ces biens. <c Dans le premier, « tous les biens formaient une masse sur laquelle les « pasteurs prenaient leur subsistance étroite et indis- « pensable pour suppléer au travail des mains, et le « surplus servait à secourir les pauvres, les maie lades, les voyageurs, les étrangers et les prison- « niers. Le second âge fut celui où la division des « biens de l'Église fut faite en quatre parts: la pre* € mière pour l'évêque, la seconde pour le clergé du a diocèse, la troisième pour les pauvres, et la quac trième pour la fabrique de l'Église. Est venu le
< troisième âge enfin, où les évêques, les chapitres <[ et les moines ont envahi la meilleure part des
< biens ecclésiastiques, et les malheureux cures ont e pu à peine y trouver leur subsistance ; la part des s pauvres, celle des fabriques ont été totalement ent vahies. Pour y suppléer on a été obligé de mettre a des impôts, d'établir une taxe des pauvres, des cha-
< rites dans les paroisses, des quêtes pour le rachat « des captifs, et de créer des ordres qui vivent sur ces c quêtes. On a capitulé avec le théâtre, et tandis que a rÊglise le frappe d'une main de ses anathèmes^ elle « reçoit de l'autre le quart de son produit. Pour for- « mer la part des fabriques il a f&illu louer à prix d'ar-
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a gent le droit d'assister à la messe, hausser à certains a jours le prix des chaises, comme on tierce au spec- (c tacle. Pour suppléer la part même des clercs sécuoc liersetautresprêtres, envahie parles ministres prin- (c cipaux, il a fallu imaginer les ordres des mefidiants^ « les quêtes des prédicateurSy le dedans de Véglise, a enfin on a énormément augmenté les décimes, ce secours volontaires d'abord, dont on a fait l'impôt a le plus onéreux qui existe d. Ces critiques présentées su r un ton léger que relevait une suited'anecdotes, étaient accompagnées du blâme le plus vif au sujet de l'emploi de ces biens consacrés à entretenir a le luxe immodéré des évoques, leur mondanéité et leur corruption. D La censure de l'existence déréglée des princes de l'Église recevait sa confirmation dans la circulaire adressée le 46 octobre 1784 aux archevêques et évêques, circulaire leur enjoignant de résider dans leurs diocèses. Le baron de Breteuil écrivait à l'archevêque de Toulouse, que ce des séjours prolongés à Paris rendaient un évêque étranger à son troupeau, » et signifiait à l'archevêque d'Embrun que a l'état de ses dettes exigeait que, tant qu'elles ne seraient pas payées, il ne devait reparaître sous aucun prétexte dans la capitale» . L'évêque de Lescar ayant refusé de quitter Paris, s'attira un ordre direct du roi, lui prescrivant de retourner dans les vingt-quatre heures auprès de ses fidèles.
Si le clergé renfermait dans son sein une démocratie prête à s'insurger contre des chefs privilégiés, les mêmes éléments de division existaient dans la société laïque. Par suite de cette espèce de nivellement
LE mariagh: m fig\ro. s?
que produit dans les idées Topinion des foules, la Dobl^se et la bourgeoisie s'étaient réunies pour faire une amère critique d'habitudes en complet désaccord avec les mœurs nouvelles. Beaumarchais, après avoir écrasé sous ses railleries un juge du Parlement Maupeou, ne craignit pas de prendre à partie les irrands seigneurs, plutôt encouragé que contrarié dans ses audaces par des Vaudreuil, par des Polignac et même par le comte d'Artois. Le roi, qui avait interdit durant quatre ans une pièce de théâtre qu'il jugeait dangereuse, tintt par céder à Tinsistane« de son entourage, à Timpatience de Paris, et la première représentation du Mariage de Figaro fut annoncée pour le 27 avril 1784. Elle eut pour prologue, ainsi qu'il arrive aux événements grandis outre mesure par la passion du public, une sorte d'escarmouche entre la bourgeoisie et la noblesse.
Beaumarchais, assailli de demandes pour obtenir des places, reçut une lettre du président Dupaty, sollicitant sa petite loge du rez-de-chaussée, en faveur de personnes suspectes j disait-il, qui ont leurs raisons pour ne pas se montrer en public : Saisissant l'occasion avec la prestesse de son esprit et l'intuition qu'il avait des dispositions de ses futurs auditeurs, Beaumarchais répondit : a Je n'ai aucune considération. Monsieur le Président, pour des femmes qui se permettent de voir un spectacle qu'elles jugent malhonnête, pourvu qu'elles le voient en secret. Je ne me prête point à de pareilles fantaisies. J'ai donné ma pièce au public pour l'amuser et pour l'instruire, non pour offrir à des bégueules
nn LIVRE PREMIER.
ijiitigées le plaisir d'en aller penser du bien en pelile loge, a condition d'en dire du mal en société. Les plaisirs du vice et les honneurs de la vertu, telle est la pruderie du siècle. Ma pièce n'est point un ouvrage équivoque; il faut l'avouer ou le fuir. Je vous salue et garde ma loge, d La réplique de Beaumarchais fut bientôt connue grâce à une indiscrétion qui substitua le mot de Monsieur le duc à celui de Monsieur le Président.
Quel duc? est-ce Monsieur de Villequier? est-ce Monsieur d'Aumont? se disait-on ù Paris, où Ton savait que de très grandes dames avaient déclaré que si elles se déterminaient à voir le Mariage de Figaro^ ce ne serait qu'en petite loge. La lettre circulait depuis huit jours de mains en mains, quand son apparition dans le château de Versailles souleva les plus vives clameurs. Elle fut qualifiée d'impertinente, et Beaumarchais dut annoncer publiquement que son correspondant était un magistrat de Bordeaux et non un duc et pair; mais il ajouta, ce qui atténuait fort sa rectification, qu'il n'entendait désavouer ni le fond ni les termes de sa lettre, (c L'indignation de nos courtisans, nous apprend Diderot^ s'est alors calmée, et l'on a dit avec un sourire indulgent : Mais si la réponse est pour un Goezman \ il n'y a rien à dire, d lepréMntaaon EuBu Ic jour dc ccttc représentation, que Beau- *d« F?ii«T marchais avait amenée par sa ténacité et son audace, était venu, et l'auteur après avoir vaincu les scrupules du roi, triomphé des ministres et des envieux qui dé-
< Le magistrat du ParUment Maapeoa déshoQoré par Beaumarohiit,
17 avril 1784.