‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 27 sur 245 · LE MARIAGE DE FIGARO · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE FIGARO

criaient son œuvre à Tavance, prit place au fond d'une petite loge grillée, entre Tabbé de Galonné, frère du contrôleur général, et Tabbé Sabattier. Il fut témoin d'une scène, qui rappelait jusqu'à un certain point le couronnement de Voltaire au Théâtre-Français. Dès l'aube de ce jour mémorable, les abords de la salle de spectacle avaient été envahis par une foule où se pressaient pêle-mêle des savoyards et des gens décorés du cordon bleu, tandis que des dames de qualité installées depuis la veille dans les loges des actrices, se condamnaient à y passer la journée pour être certaines de satisfaire leur curiosité. Quand le moment de pénétrer dans le théâtre fut venu , les portes furent enfoncées par la pression de la multitude, les grilles de fer cédèrent et les places se trouvèrent en un instant occupées par des spectateurs dont la plupart étaient entrés de vive force en jetant leur argent aux portiers. Les auditeurs accueillirent avec des rires et des marques d'approbation les traits fins et spirituels dont est parsemé le dialogue de cette comédie, critiquant avec une justesse et une vivacité de tact vraiment admirables les passages que devaient condamner tous les gens de goût ; mais les applaudissements furent unanimes, lorsque Figaro s'avançant sur la scène et faisant allusion à son existence et à celle de son maître s'écrie : <K Monsieur le comte... parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un gr«nd génie?.. Noblesse, fortune, un rang, des places^ tout cela rend si fier! Qu'avez- vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus : du reste, homme assez ordinaire ! Tandis que moi, morbleu, perdu dans la foule obscure, il m'a fallu

déployer plus de science <U de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans i, gourverner toutes les Espagnes ; et vous voulez jouter... Est-il rien de plus bizarre que ma destinée? Fils de je ne sais pas qui ; volé par des bandits? Elevé dans leurs mœurs, je m'en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé. J'apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie ; et tout le crédit d'un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! Las d'attrister des bêtes malades... je me jette à corps perdu dans le théâtre. Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet... A Tinstant, un envoyé... de je ne sais où, se plaint que j'oiïense dans mes vers la SubHmc Porte, la Perse et une partie de la presqu'île de rindc.et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un je crois, ne sait lire... Ne pouvant avilir l'esprit on se venge en le maltraitant... \\ s'élève une question sur la nature des richesses, et comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses pou en raisonner ; n'ayant pas un sol, j'écris sur la valeur de l'argent, et sur son produit net ; sitôt, je vois du fond d'un fiacre, baisser pour moi le pont d'un château fort, à l'entrée duquel je laisse l'espérance et la liberté. Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent ! Quapd une bonne disgrâce a cuvé son orgueil, je lui dirais... que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours : que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a

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