‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 28 sur 245 · LE MARIAGE DE FIGARO · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE FIGARO

que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner... je taille encore ma plume, et demande à chacun de i|aoi il est question: on me dit... qu'il s'est établi dans Madrid un système de liberté... qui s étend même à celle de la Presse, et que pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de Taulorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de TOnéra, ni des autres spectacles y ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique... Je vois s'élever contre moi mille pauvres diables i la feuille^ on me supprime et me voilà de rechef sans emploi ! Le désespoir m'allait saisir, on pense à moi pour une place, mais par malheur j'y étais peu propre, il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui 1 obtint... Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de Pharaon : alors bonnes gens, je soupe en ville et les personnes dites comme il faut m'ouvrent poliment leurs maisons, en retenant pour elles les trois quarts des proBts. »

La Harpe, témoin de l'enthousiasme du public, écrit à son correspondant princier : Ce monologue est a un placage inexcusable au point de vue de Tart ; ce débit a duré près d'un quart-d'heure, il est c écrit comme une narration réfléchie et travaillée », mais c'est là « que se trouvent les traits de satyre les plus forts contre tous les États, contre tous les pouvoirs, des traits d'une telle hardiesse, qu'on ne re-

venait pas d'étonnement de lesentendresur lascène... Le morceau... qui regarde la censure des livres, est d'une telle vérité, que, pour avoir consenti à recevoir cette leçon sur le théâtre, il faut que le gouvernement n'ait plus d'autres principes que celui de Mazarin : Laissons-les dirôj pourvu qu'ils mus laissmU faire. Il est facile de concevoir les jouissances et les joies d'un public charmé de s'amuser aux dépens de l'autorité... On n'examine pas... si c'est le moment où Figaro peut dire tout cela ; il suffit que ce soit de ces choses qui paraissent toujours bonnes à dire, n'importe quand et comment. »

Les critiques ne manquèrent pas, le chevalier de Langeac, se faisant l'organe des envieux, composa une épigramme sur la moralité des personnages mis en scène qui finissait ainsi :

Hais Figaro?... le drôle à son patron

Si scandaleusement ressemble,

Il est si frappant qu'il fait peur ;

Et pour voir à la fin tous les vices ensemble.

Le parterre en chorus a demandé Tauleur.

Gonflant dans sa force et plein de dédain pour ses adversaires, Beaumarchais la fit réimprimer sans en altérer le sens satirique, remplaçant le dernier vers :

Le parterre en chorus a demandé Tauteiir

par celui-ci :

Des badauds achetés ont demandé Tauteur *.

Tous ses amis, conviés à la cinquième représen-

* Les changements qu'il fit dans Tépigramme n'en modifient nullement le sens. Langeac écrivait :

Fftnchette, rinnoceote, est trop appriroisée, Et le page d'amour, au doux nom Cbémbio,

Page 1