LA NATION S'IXSURGE CONTRE LES DÉPENSES
mesnii, un arrêt du Conseil infirmant leur jugement, causes mui lîrcnl brûler sous leurs yeux les pièces à conviction aTcad^g« et fondre ou vendre les caractères et ustensiles d'im- do"!r*nob! primerie, saisis chez Lemaître. L'antagonisme entre ma^smiii le pouvoir royal et Tautorité judiciaire que révèle une pareille conduite n'était pas moindre, si nous en croyons le témoignage de Bésenval, entre les gens de robe et la noblesse. Indigné de l'essai de contrôle que Vergennes avait voulu inaugurer en faisant vérifier, sous sa présidence, les dépenses de l'État par un comité composé de Miromesnil et du contrôleur général Joly de Fleury, Bésenval traite cette entreprise d'intrigue ourdie par un ministre avide de pouvoir, contre ses collègues de la guerre et de la marine, et dans sa fatuité d'un personnage au courant des affaires de Cour il écrit : a Le public, et surtout la finance qui ne juge que d'après son intérêt, )> applaudit à la création d'un comité des finances, € pensant être par là à l'abri de l'arbitraire d'un contrôleur général et des spéculations fautives d'un seul homme. Les gens un peu plus éclairés, ainsi que les courtisans impartiaux comprirent que la machine n'avait été faite que contre M. de Castries; que le contre-coup retombait sur M. de Ségur. » Je courus à Versailles et trouvai M. de Ségur, « sentant parfaitement la profondeur du coup qui lui avait été porté » et décidé à donner sa démission. « Ceci, dit-il à Bésenval, est un combat à mort, de la robe contre les gens de notre espèce ; il faut que les uns ou les autres succombent. »
La nation repoussait à ce moment des procèdes qui attentaient non moins à son bien-être qu'aux
ire 1m
Dietda
iraenient
i24 LIVRE PHEMIER.
bfameDt principes de la justice, et les actes du ministre des finances étaient analysés avec une passion d'autant plus ardente que ses dépenses personnelles se
VaL trouvaient divulguées sous une forme irritante pour
^«^"- le public.
Ainsi le Journal de Paris parlait d'escaliers en bois de rose et d'acajou complétant les décorations luxueuses que Galonné avait fait exécuter dans ses habitations princières de Versailles et de la capitale, a I^ c galanterie qu'on va raconter, lit-on dans lès Méd moires secrets j à la date du 8 février 1786, ne poura rait guère trouver d'imitateurs que parmi les finan tt ciers de la première classe : aussi vient-elle du c contrôleur général des finances du royaume le plus c( riche d'Europe. M. de Galonné donna cette année « pour étrennes à M™* Lebrun, une poignée de pista- (C chesen papillotes, etenlesluiprésentant, il l'avertit <c de ne pas défaire les papillotes sans précaution. Il a fallait une bonbonnière pour mettre les pistaches, a Le galant ministre en offrit une superbe en or ce enrichie de diamants ; mais quelle fut la surprise de « M"*® Lebrun en ouvrant la boîte de la voir pleine de (( louis neufs, et en défaisant les papillotes d'y lire a autant de billets de la Gaisse d'escompte, chacun de a la valeur de 300 livres. » Le 14 août, le même journal a ajoute : Moulin-Joli est un endroit délicieux chanté a par Tabbé de Lille dans son poème des Jardins. . . Il a n'y a pas longtemps que M. de Galonné y a conduit a M""* Lebrun.. . Après lui en avoir fait parcourir tous « les détails charmants, il lui demanda... si elle s'y a plairait? M"' Lebrun ayant répondu avec les excla- 0 mations de l'enthousiasme... Hé bien, madame.
U NATION S'INSURGE CONTRE LES DÉPENSES. i25
n Moulin-Joli est à vous, lui a répliqué le galant mic nislre des finances, et il lui a remis en même temps € les litres d'acquisition. On ne conçoit pas Taffec- € tation de M"* Lebrun, à faire publier partout qu'elle ff n'est pas propriétaire de Moulin-Joli. Bien des gens c n'en croient que plus positivement ce qu'on en a c rapporté» » et à propos de cette anecdote le nouvelliste cite les vers d'un couplet adapté à un air en vogue:
Souffrez qu'un critique poli En public vous réponde :
Vous possédez Moulin-Joli, Le plus joli du monde; Pourtant ne Tatez acheté, Meanière jeane et tendre.
Et l'on enrage, en vérité, Qa*il ne soit pas I vendre.
Aux éloges donnés à l'amabilité séduisante d'un ministre qui savait intéresser le roi dans les Conseils par sa manière de discuter les affaires, s'associait toujours un blâme tacite adressé à sa prodigalité, lorsqu'il était question du cortège de courtisans empressés à fêter l'infatigable distributeur des grâces et de l'apparition à Fontainebleau d'un élégant carrosse en miniature attelé de petits chevaux de Sibérie, présenté au dauphin, avec une escorte de jockeys, de cochers, de valets de chambre, tous revêtus de la livrée du jeune prince et d'un âge rapproché du sien.
Le trop aimable ministre, en faisant naître la joie dans la famille royale et parmi les favoris de la Cour, provoquait loin de Versailles des récriminations et presque des révoltes. Un certain nombre de concessions de terrains d'alluvion le long des rives de la
m LIVRE PREMIER.
Garonne, de la Gironde et de la Dordogne^ avaient provoqué les réclamations d*une quantité de propriétaires fonciers. Le Parlement de Bordeaux prenant ^ leur défense, contesta la validité des dons obtenus « et décréta de prise de corps un notaire et un che- .. valier de Pestel, que les journaux désignaient comme ^ les mandataires des Polignac, des Polaslron et autres ^ associés d'une compagnie spoliatrice. Galonné^ vou- ^ tant défendre les intérêts de ses amis, fit rendre 3 des lettres patentes qui annulaient la plainte dépo- , sée par le procureur général du Parlement de Bor- ^ deaux. Le comte de Fumel, chargé de les faire ^ enregistrer, avait à peine quitté le Palais de justicequc ^ les magistrats s' insurgeant contre cet acte d'autorité, ^ prenaient un arrêté spécial contre les Polignac, les Vaudreuil et autres courtisans a accrédités. » Ces ^ grands seigneurs étaient signalés comme les chefs d'une compagnie formée pour Taccaparement de vingt-deux lieues de terrain valant plus de cent millions, el les magistrats qui invalidèrent leurs titres à de pareilles largesses furent soutenus par ropinion publique lorsqu'ils annoncèrent que : a Les dispositions de ces lettres patentes, étaient une preuve évidente de la surprise faite à la religion du plus juste et du meilleur des rois ; qu'elles étaient le fait du système de déprédation, qui faisait gémir depuis longtemps tous les gens de bien, d'un système soutenu, ennemi du bonheur public, par des hommes que l'indignation universelle s'accorderait à proscrire, s'ils n'avaient eu l'adresse de se couvrir d'un nom aussi cher qu'il est sacré, celui du seigneur roi... 9 Mandés en corps à Versailles, les conseillers du