‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 4 sur 245 · LE CARDINAL DE ROHAN · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE ROHAN

onze millions au prince de Guéménée, « quoiqu'il n'en vaille guère que quatre ou cinq... il donne encore pour une autre partie environ un million cinq cent mille livres. Au moyen de cet arrangement, ajoute le journaliste avec ironie, le prince de Gucfflénée est sorti de sa retraite et parait ici tout fier. Il est allé voir sa femme au Bordeaux-de-Vigny ^ près de Pontoise, où, comme on Ta d t dans le temps, elle a fait construire un théâtre et . )uer la comédie dont elle régale sans doute son mai , ce qui est encore plus indécent ou plus affreux 'lans ce moment de l'affaire du cardinal de Rohan, son frère. j>

Singuliers rapprochements d'acies criminels accomplis dans la même famille presqu'à la même date par des personnages portant le même nom et obéissant tous deux à la dépravation qu'engendrent l'oisiveté et la vanité. *

Aussi plein de prétentions et aussi besogneux que son cousin devenu son beau-frère, Rohao n'avait pas cessé de justifier depuis sa promotion au cardinalat et sa nomination à la charge de grand aumônier de France, le sévère jugemient porté sur lui par Marie- Thérèse ' . Rattaché à l'Église par de pures considérations de profession, aux incrédules par le scepticisme d'un esprit railleur et irréfléchi, il était à la fois blâmé par les académiciens ses collègues à cause de son mandement contre l'impression des œuvres de Voltaire à Kehl et par les dévots à raison de son peu de sévérité vis-à-vis d'une entreprise jugée dangereuse à Tautel et au trône. Disposé à s'emparer comme bien de

* Voir La France nous Louix XVI, Tupg«»S p i8 ri >uiv.

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famille de toutes les places qui se présentaient, plutôt pour eri obtenir le titre et les émoluments que pour les remplir, M. de Rohan se mit à briguer celle de proviseur de la maison de Sorbonne, vacante par la mort de Tarchevêque de Paris, Christophe de Beaumont. <c Cela regardait naturellement, disent les journaux, Tarchevêque de Cambray, parce qu'il est de la maison de Sorbonne, condition requise pour la place^ mais il allait échouer, ajoutent-ils, parce qu'il est assez décrié pour ses mœurs, et le cardinal de la Rochefoucault, prélat de peu de génie, mais prêtre exemplaire, pouvait réussir. Il y a eu beaucoup de cabale et le grand aumônier l'a emporté sur son compétiteur, quoique les scandales de sa jeunesse n'aient pas été moins grands que ceux de son frère et que d'ailleurs il passe pour n'être pas fort religieux, et même^ malgré son mandement, pour entiché de philosophie moderne, c'està-dire de matérialisme et même d'athéïsme. »

Si l'on s'en rapporte au témoignage du Parlement de Paris, ses nouvelles fonctions ne devaient pas épurer ses mœurs. Les magistrats montrent l'hôpital des Quinze-Vingts livré à rarbitraire du grand aumônier qui en abandonnait l'administration à son vicaire général, l'abbé Georgel. D'après le tableau qu'ils nous présentent, la confusion y régnait dans les ènances, la misère parmi les frères et les mauvaises mœurs dans l'intérieur de l'hôpital devenu un lieu où l'on ne trouvait que des scènes d'impudicité el de scandale. L'intendant y donnait des bals, des comédies, appelait à ces danses les filles des aveugles, écartait leurs mères et protégeait ouvertement la débauche. Les

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