‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 5 sur 245 · LE CARDINAL DE ROHAN · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE ROHAN

magistrats laissent entendre que le grand aumônier s'était approprié plus d'un million au moyen d'un devis lietif exigé de rarchiteete par l'abbé Georgel et ne répondant à aucun travail déterminé. Ils terminent en disant : <c La justice blessée par la suspension des règlements et des lois qui tempèrent rautoritc du grand-aumônier, ne voit plus à Thôpital des Quinze- Vingts qu'anarchie, scandale, malversation. Votre Majesté daignera n'user de sa puissance que pour maintenir les privilèges des Quinze-Vingts et ramener ainsi l'économie, la décence, la paix bannis avec la loi d'une maison où Saint-Louis s'est plu à verser les trésors de sa munificence et de sa piété. » M. de Roban non moins incapable de gouverner ses immenses revenus que de régler son existence était resté en 1784 ce qu'il était en 1773, lorsqu'il se vantait de remplacer le duc d'Aiguillon au ministère par le crédit du prince de Soubise et de M"** de Marsan. Ambitieux de toute distinction, livré à tous les intrigants et aux flatteurs qui caressaient les rêves de son imagination, il menait la vie la plus dispendieuse et la plus désordonnée. Quatorze maîtres d'hôtel^ vingt-cinq valets de chambre étaient attachés à son service, et un témoin de son luxe raconte que lu veille de la Toussaint il sortait de sa chapelle en soutane de moire écarlate et en rochet d'Angleterre d'un prix incalculable. Son aube des grandes cérémonies, lorsqu'il officiait à Versailles, était brodée en points à l'aiguille d'une telle ri^^.hcsse, qu'on osait à peine la toucher; elle présentait ses armes et sa devise disposée en médaillons au-dessus de grandes fleurs, et les connaisseurs en Axaient le prix à plus de cent

Ji LIVRE PREMIER.

mille livres. Le cardinal ifie portait jamais qu'un missel enluminé d'une antiquité et d'une magnificenèe rare, ne trouvant pas les livres imprimes dignes de lui. Plein d'élégance, d'une belle figure, Rohan conversait avec cette grâce et cette facilité de Thommc du monde qui sait donner du charme aux idées les plus vulgaires et en imposer par son assurance, mais il alliait à ces facultés întellccluelles, toutes d'apparence, une faiblesse de caractère étrî>nge et une crédulité destinées à le rendre le jouet des nombreux parasites que fait éclore la richesse *.

Le cardinal accordait une confiance sans limite à

I Archives nationales. OM26. Ratification de Tacquisition de Saint- Cloud, 29 mars 1785. Lettres patentes poar autoriser la reine h acheter le Hef deLamarche, 31 juillet 178ô. Édit relatif aux postes, cheTaux et messa* gcries, Créant des ofiices, décembre 1 785. 0' 158, Ojanvier, 9 novembre 178G. 0*200, 18 mai 1783, 4 janvier, 12 jain, 20 août, 12 septembre 1784, 13 mars 1785, 15 janvier, 12 mars, 14 mai, 21 mai, 25 mai, 20 juillet, 1er octobre 1786. Provisions de directeur général des haras, des postes et relais pour le duc de Polignac, 12 février 1786. 0*201 , 4, 18 février 1787. 0*424, 15 mat, 3 juin 1783. 0*425, 25 janvier, 2, 11,28 février 1784.0*426. I>on de six millions à la reine ; lettre du ministre de la maison du roi au président de Nicolaï, 24 février 1785, 15 juin. Lettre du ministre de la maison du roi au maréchal de Ségur, 23 avril 1785. 0*428, 8 janvier, 5 février, 18, 21, 25 mai 1786. 0*430, 7, 31 janvier 1787. 0*482, 8 janvier 1786. X*» 8981, Remontrances du Parlement de Paris, présentées le 23 mai 1784. — Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marek, in-8, Paris, 1851, tome 1, p. 58 et suiv. — Souvenirs et portraits de M, de Lévis : le cardinal de Rohan, p. 153 et suiv. — Mémoires secrets pour servir à Chistoire des lettres j tome XX, p. 55 et suiv., 68 et suiv.; XXIV, p. 51, 108, n7; XXV, p. 130 ; XXVI, p. 8, 77, 252, 274; XXVHI, p. 49, 130, 141; XX\, p. 82. — Mémoires d^ Marmontel, tome III, p. 268 et suiv. — Histoire des environs de Paris, par Dulaure, ln-8, 1825, tome I, p. 356. - Mémoires pour servir à Vhistoire des événements de la fin du d -huitième siècle, par l'abbé Geor^^el, in-8, Paris, 1817, tome II, p. 27 e uiv. — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de 'ercy, tome I, p. 438. — Mémoires de Bésenval^ tome Jl, p. 40. — If ioirps de la baronne d'Obcrkirch, in-12, 1853, tome I, p. l'26 et suiv '

aTeoiab«r d'Obwkii

LE CAUOINAL DU HOIIAN. r.i

un italien qui se faisait appeler le eomte de Cagliostro, aubu médecin habile ayant opéré quelques cures lieureuses c^iî^ISll qui lui avaient attiré le dévouement d'un certain nombre de malades et la haine furieuse de confrères dont il détournait la clientèle. Ce Cagliostro passait pour appartenir à la secte connue en Allemagne sous le nom d'illuminés ^ à Lyon sous celui de martinistcs , et à Paris de théosophes^ secte se rattachant plus ou moins dans ses pratiques au magnétisme que Mesmer avait vulgarisé en France. M. de Rohan était convaincu que ce thaumaturge pouvait faire des diamants et de l'or. « Vous voyez bien ceci, disait-il à la baronne d'Oberkirch en lui montrant un gros solitaire (diamant) qu'il portait au petit doigt et sur lequel étaient gravées les armes de sa maison. — C'est une belle pierre, monseigneur, et je l'avais déjà admirée. — Eh bien! c'est lui qui l'a faite, entendez-vous ; il Ta créée avec rien ; je l'ai vu ; j'étais là, les yeux fixés sur le creuset et j'ai assisté à l'opération... On ne dira pas qu'il me leurre, qu'il m'exploite, le joaillier et le graveur ont estimé le diamant vingt-cinq mille livres. » Voyant la baronne stupéfaite, il ajouta : « Ccn'estpas tout, il fait de l'or, il m'en a composé devant moi pour cinq à six mille livres... J'en aurai davantage, j'en aurai beaucoup; il me rendra le prince le plus riche de TEurope, ce ne sont pas des rêves, madame, ce sont des preuves. Je vous dis (|ue c'est Thomme le plus extraordinaire, le plus suhlinie, cl dont le savoir n'a d'égal au monde que sa bonté. »

L'année même où M. de Rolian laissait échapper de si singulières confidences, M"*'de Boulainvilliers lui

}\ LIVRE PREMIEH.

présentait à Strasbourg Tune de ces descendantes bâtardes des Valois qu*elle avait fait pensionner par le roi quatre années auparavant et sollicitait pour elle sa protection. Placée successivement dans divers couvents, cette sorte de favorite de M*""" deBoulainvilliers était en dernier lieu à l'abbaye de Longchamps, quand a un beau jour, verslafmde 1778 \ elle s'enfuit avec sa sœur, et Ton apprit dans la petite ville de Bar-sur- Aube que deux princesses fugitives, écritle comte Beugnot, sont tombées à l'auberge de la Tcte-Rouge. . . , la plus misérable des auberges dans une ville où il n'y en a pas une de passable... Les nuages répandus sur ces dames s'étant éclaircis le lendemain, on apprend qu'elles se sont échappées du couvent et qu'elles se sont dirigées sur cette ville comme sur un point central où elles vont réunir leurs efforts pour rentrer dans des biens consivlérables qui forment l'antique patrimoine de leur maison... L'une porte le nom de mademoiselle de Valois, l'autre celui de mademoiselle de Saint-Rémi ». Une dame de Surmont, subissant comme madame de Boulainvilliers l'influence qu'exerçait alors une extraction royale, qu'elle fût légitime ou non, vint les visiter à l'auberge. Elle trouva dans l'aînée des jeunes filles, mademoiselle de Valois, une personne « d'une laillc médiocre, mais svelte et bien prise, qui avait des yeux bleus pleins d'expression sous des sourcils noirs bien arqués, le visage un peu allongé, la bouche grande, mais admirablement garnie, et ce qui est le plus

* Le comte Beugnot donne la date de 1782, qui n'est pas exacte.. Madi'nciselie de Valois épousa le comte de Lamolte en juin 1780, et accoucha un mois après son mariage de deux garçons qui ne vécurent pas.

ropre de ce genre, son sourire était enchanteur. » SeugDot ajoute après quelques détails de nature à prouver qu'il Ta parfaitement connue, qu'elle était dénuée de toute espèce d'instruction, mais qu'elle 4 avait beaucoup d'esprit, l'œil vif et pénétrant, et «ju'en lutte depuis sa naissance avec l'ordre social, elle en bravait les lois et ne respectait pas plus celles de la morale. y> Contrainte à mettre d'accord sa fuite avec la reconnaissance due aux soins qu'elle avait reçus, mademoiselle de Valois accusa la supérieure de Longchamps d'avoir voulu étouffer ses réclamations en l'obligeant à prendre le voile. Madame le Surmont, séduite par l'esprit de la jeune fille, )(rrit d'échanger l'auberge avec sa maison, et les leux fugitives étaient installées chez elle quand y irriva son neveu. Lamotte qui appartenait au corps le la gendarmerie, corps privilégié dont tous les oldats avaient alors le grade d'officier, ne tarda las à nouer des intrigues avec la protégée de sa an le, et le 6 juin 1780 mademoiselle de Valois levint comtesse de Lamotte. Au moment de ce maiage nécessaire avec un officier criblé de dettes, elle ivait vingt-trois ans.

La situation des deux époux ne s'améliora guère Kntrefue

, 1 T i 1 j t '1 « de la comtes

m le passage de Lamotte du corps de la gendarme- de LamotK rie dans celui des gardes du comte d'Artois^ et la ""'^jÙId^itm H)aitesse de Lamotte, accablée de dettes contractées, comme elle le dit plus tard, pour soutenir son iM)Df), son mari et ses affaires, vint, au mois de i«in 1782, rappeler au cardinal de Rohan les pronoesses qu'il avait bien voulu faire à madame de Boulainvilliers en sa faveur. Le comte Bcugnot

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présentait à Strasbourg Tune de ces descendantes bâtardes des Valois qu'elle avait fait pensionner par le roi quatre années auparavant et sollicitait pour elle sa protection. Placée successivement dans divers couvents, cette sorte de favorite de M*""" deBoulainvilliers était en dernier lieu à l'abbaye de Longchamps, quand ft un beau jour, verslafinde 1778 ', elle s'enfuit avec sa sœur, et l'on apprit dans la petite ville de Bar-sur- Aube que deuxprincesses fugitives, écritlecomtcBeugnot, sont tombées à l'auberge de la Tcte-Rouge. . . , la plus misérable des auberges dans une ville où il n'y en a pas une de passable... Les nuages répandus sur ces dames s'étant éclaircis le lendemain, on apprend qu'elles se sont échappées du couvent et qu'elles se sont dirigées sur cette ville comme sur un point central où elles vont réunir leurs efforts pour rentrer dans des biens consivlérables qui forment l'antique patrimoine de leur maison... L'une porte le nom de mademoiselle de Valois, l'autre celui de mademoiselle de Saint-Rémi ». Une dame de Surmonl, subissant comme madame de Boulainvilliers l'influence qu'exerçait alors une extraction royale, qu'elle fût légitime ou non, vint les visiter à l'auberge. Elle trouva dans l'aînée des jeunes filles, mademoiselle de Valois, une personne « d'une taille médiocre, mais svelte et bien prise, qui avait des yeux bleus pleins d'expression sous des sourcils noirs bien arqués, le visage un peu allongé, la bouche grande, mais admirablement garnie, et ce qui est le plus

♦ Le comte Bcugnol donne la date de 1782, (|ui n'est pas exacte.. Madi'noisellc de Valois épousa le comte de Lamotte en juin 1780, et accoucha un mois après son mariage de deux garçons qui ne vécurent pas.

ropre de ce genre, son sourire était enchanteur. » eugnot ajoute après quelques détails de nature à rouver qu'il Ta parfaitement connuOi qu'elle était mée de toute espèce d'instruction, mais qu'elle avait beaucoup d'esprit, l'œil vif et pénétrant, et j'en lutte depuis sa naissance avec l'ordre social, elle 1 bravait les lois et ne respectait pas plus celles de morale. » Contrainte à mettre d'accord sa fuite ec la reconnaissance due aux soins qu'elle avait içus, mademoiselle de Valois accusa la supérieure î Longchamps d'avoir voulu étouffer ses réclaations en Tobligeant à prendre le voile. Madame j Surmont, séduite par l'esprit de la jeune fille, rrit d'échanger l'auberge avec sa maison, et les ux fugitives étaient installées chez elle quand y riva son neveu. Lamotte qui appartenait au corps ! la gendarmerie, corps privilégié dont tous les Idats avaient alors le grade d'officier, ne tarda s à nouer des intrigues avec la protégée de sa Ile, et le 6 juin 1780 mademoiselle de Valois vint comtesse de Lamotte. Au moment de ce mage nécessaire avec un officier criblé de dettes, elle ait vingt-trois ans.

La situation des deux époux ne s'améliora guère KntreTue

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i'i UVR£ PREMIER.

continuant, par d'autres motifs que son père, l'œuvre entreprise sur les sollicitations du curé de Fontette en faveur des pau\Tes enfants de Valois, avait souvent aidé la comtesse de sa bourse. Rédacteur de plus d'un des placets présentés par elle, au courant de ses démarches, il l'accompagna jusqu'à la porte de Thôlel de Soubise le jour où le cardinal la manda par un billet écrit a en un stvle afTectueux mais sans oubli de la dignité, d Peu de jours après, stupéfait d'apprendre que la comtesse allait à Versailles, Beugnot récapitule dans son esprit Tétat de gêne qui devait rendre impossible la réalisation d'un pareil projet, et s'écrie comme se parlant à lui-même: a Comment s'était-elle procuré de l'argent? le dernier prêt de M. de Crozat remontait à six semaines, dès longtemps elle ne me demandait rien. Je découvris par hasard qu'elle avait reçu de la grande aumônerie un secours de 2,400 livres \ »

Madame de Lamotte, exaltée par l'accueil du cardinal et par une audience obtenue du maréchal de Richelieu, remercia Beugnot des consultations qu'il avait commencées à écrire pour la faire rentrer dans les anciens domaines de sa famille, lui disant qu'il fallait des avis d'un autre genre, qu'il fallait aborder la reine, lè contrôleur général. Elle lui annonça (|u'elle s'établissait à Versailles <i pour saisir tous lès moyens d'arriver et surtout d'intéresser Marie-Antoinette à sa personne. C'était, ajoute Beugnot, la première fois qu'en ma présence elle prononçait le nom de sa souveraine. »

* Roban, dam son interrogatoire, parle de 4 à 5 louii à plusieurs reprises, et, en une seule fois seulement, de 25.

A portée du palais où se nouaient tantd'intrigues et Escroquerie oà s'allumaient tant de convoitises, elle connut bien cn^aervai vite la réussite d'un certain nombre d'escroqueries, o/u wL eomme le prétendu emprunt réalisé en 1777 par la femme d'un trésorier de France, Cahouet de Villers, au moven de fausses lettres de la reine ' , comme le vol plus récent de quatre cent mille livres consommé au préjudice du fermier général Béranger. Une dame de la Cour, que les mémoires de Beugnot désignent sous Tinitiale V*\ se présenta au nom de la reine et sur la demande d'une preuve de sa mission, se récria si fort, que le fmancier craignant à la fois de perdre une occasion d'être agréable et de blesser une vertueuse susceptibilité, finit par se contenter d'un signe de tête approbatif que ferait sa souveraine. La convention arrêtée, l'audacieuse intrigante profita de son service auprès de Marie- Antoinette pour l'entretenir du projet qu'avaient formé quelques élégantes de porter des coiffures de leur invention à la première messe delà Cour, et après l'avoir un instant ^yée de ses propos, se rendit auprès de comparses involontaires pour les prier d'arranger leurs cheveux comme elle l'avait imaginé, sous prétexte d'une mode que la reine désirait faire adopter. Béranger conduit parremprunteuse à la travée de la galerie où devaient se placer les dames qui s'étaient conformées aux prétendus ordres de la reine, vit cette princesse sourire et prit pour lui le signé de tête adressé à sa conductrice. I/argent passait le soir môme en Angleterre, et le public riant de la crédulité du financier, admira

• Voir la frai. :ç loiis louis XV \ . !\':cker et la guerre d'Ami'rique, ;i 77 cl Miiv.

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plutôt Tadroile voleuse qu'il ne plaignit sa victime. IUUT88 Madame de Lamotte en quête des moyei-s d'aumou^ border la famille royale, feignit un jour de tomber sT^Sm' en défaillance dans le salon de service de la comtesse ?eroyiie. ^^ Provencc. Uu compère, nous apprend lîeugnot, avertit la princesse qu'une femme de (jualitc était mour; nte de fa'm dans ses antichambres. Madame dans ! premier émoi envoya ses fen -nés au secours, fit pn idre le piacel qu'on voulait présenter et remettre une aumône de quelciues louis. Madame de Lamelle voulut réitérer ses demandes, mais ne fut plus accueillie. Elle échoua dans une tentative faite auprès de la comtesse d'Artois et résolut sans doute, à partir de ce moment, de chercher la fortune d'une autre façon.

Le comte Beugnot, qui a eu sous les yeux des lettres du cardinalàmadame de Lamotte, dit: a Elles étaient toutes de feu : le choc ou pluli t le mouvement des deux passions était effrayant ; il est heureux pour la mémoire du prince qu'elles aient été brûlées. » Nous ne pensons pas que la passion qui unissait ces deux personnages fût aussi grande que le prétend le spirituel écrivain. Les images erotiques qui hantent de loin le cerveau d'un débauché ont évidemment causé son erreur. Si le cardinal eût été aussi épris de la comtesse que le croit M. Beugnot, il eût désiré s'en rappr(»'her plus souvent et même d'une manière permanente ; il eût prodigué l'or comme il le faisait pour lamoindi t fantaisie, et madame de Lamotte no serait pas de\onuc faussaire pour s'en procurer. M. Tîeugnot se rapprocha* plus de la vérité quand il affi. ne que, « malgré 1( s invraisemblances les plus

LA COMTESSE bK I \ MOTTE.

f^TùssièTeSy les déceptions les plus bratales^ M. de Boban croira tout, qu'il n'est plus capable déjuger; » puis rappelant sa description de Tesprit pénétrant de nadame de Lamotte, cet écrivain fait remarquer c qu'on semble s'être donné le mot pour ne représenter madame de Lamotte que comme une aventurière des plus communes qui, un jour, s'avise (-'un Tol qu'elle commet le lendemain, d et il s^joute en complétant sa pensée ! « L*affaii a du collier est deve lue une énigme dont chacun cherche le mot sur la voie de les passions et de ses commentaires > r^ ou faux. » L'affaire du collier ne fut qu'une escroquerie vulgaire, aussi brutalement conduite que celle de madame de Tillers. L'énigme qui en dénature la portée réside ans la passion latente d'une nation irritée contre des diefs qui ont perpétuellement trompé son attente et méprisé ses volontés .

Ce fut au mois de mars 1784 que M"* de Lamotte vint remercier le cardinal de toutes les bontés qu'il avait eues por" elle et lui apprendre que la reine avait bien vouTu compatir à ses malheurs. Elle se targua des libéralirés obtenues de cette princesse et montra des lettres où Marie- Antoinette déclarait revenir des préventions qu'elle avait conçues contre le grand aumônier. Une fois ce thème de conversations et de correspondances arrêté dans son esprit, M"* de Lamotte s'y complut, racontant à chaque entrevue toutes les occasions qu'elle avait saisies de ^nter son bienfaiteur et l'accueil fait par la reine à ses éloges. Rohan comparant l'attitude froide de rti souveraine en présence de la Cour avec le bien u'elle semblait penser de lui, avait c-tésa^si parfo . d'un

EnircToe

do madame

de Lamotte

ot do cardinal

de Rohan,

mare 1784.

30 LIVRE PREMIKR.

accès de bon sens et de clairvoyance, réprimé aussitôt par les verbeuses assurances de la comtesse et le prestige d*une lettre royale, lorsqu'au bout de quelques mois M"' de Lamotte jugea nécessaire d'appuyer sa correspondance fictive d'un acte décisif. Elle prévint le cardinal que la reine lui accorderait une audience sous prétexte de lui signifier un ordre, et qu'à ce moment elle proclamerait la fm de sa disgrâce. Rohan joyeux de cette perspective, vécut quelque temps dans cette espérance ; mais il était prêt à douter de nouveau, si dans le mois de juin la comtesse ne lui eût annoncé que la reine elle-même devait confirmer la vérité de son assertion.

La rencontre par le comte de Lamotte d'une femme galante qui ressemblait à Marie-Antoinette, avait inspiré la pensée de mettre en scène une sorte de sosie de cette princesse et de reproduire ce qui s'était passé dans l'affaire du fermier général Béranger. Parlant à la femme dont elle voulait faire sa complice, des bontés de la reine avec laquelle, disait-elle, elle était a comme les deux doigts de la main, j> la comtesse de Lamotte prétendit que Marie- Antoinette l'avait chargée ce de lui Irouver une personne pouvant faire quelque chose, qu'on lui expliquerait lorsqu'il serait temps, en lui promettant quinze mille livres pour la peine. »

Mademoiselle M"* d'OHva ayant accepté la proposition, fut con- ^à vSSidiSiJ* duite à Versailles Tun des derniers jours de juillet jQineti784. n^i^ Revêtue par M'"^ de Lamotte d'une robe blanche de linon moucheté, avec une coiffe en demibonnet, elle attendit à l'hôtel où elle était descendue Je moment critique, quand vers dix heures du soir

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