AUDACE DE GALONNE
attribué sinon à sa plume» du moins à son inspiration, c L'assemblée des Notables du royaume qui n'avaient pas été convoqués depuis un siècle et demi sera un événement bien intéressant pour la France : ce n'est pas pour en obtenir des secours ni pu argent, ni en impôts, que le roi vient de les mander pour le 29 de ce mois ; c'est au contraire un père bienfaisant qui veut consulter la nation sur un plan vaste et sage qui doit faire le bonheur général. j> Puis le contrôleur général parlait de la suppression de plusde cinquante millions de contributions qui atteignaient la classe pauvre, de l'égalité à établir dans la répartition des charges publiques, de diminution dans les frais de perception des impôts, de réduction des gabelles, ^c II résultera aussi de cette assemblée, continuait-il, une sanction nationale de la dette publique. Le tableau consolant qui en sera présenté offrira une égalité parfaite entre la recette et la dépense, quoique dans cette dernière soient portés environ soixante millions de remboursements annuels qui
dans vingt-cinq ans ne subsisteront plus Cet
événement sera par conséquent un des plus beaux du règne de notre monarque ; il fera connaître sa sagesse et la supériorité de son ministre des finances. »
Une nouvelle communication adressée aux journaux ne tarda pas à compléter ces perspectives d'amélioration en laissant entrevoir une prochaine réforme delà Justice criminelle et civile, la création d'un impôt territorial frappant indistinctement toutes les propriétés, l'abolition des barrières qui entravaient les routesetles rivières, la destruction de toutes lesmaipmortes, la constitution d'assemblées provinciales
dans tout le royaume, et après avoir mentionné rétablissement d'une caisse d'emprunt perpétuel, les nouvellistes assuraient qu'une loi accorderait un, étal civil aux protestants.
Dans son désir d'entraîner la nation à sa suite, Galonné appelle même la poésie à son secours, et c'est dans ce style imagé qu'il écrit à Lebrun à propos d'une ode destinée à célébrer les bienfaits de son administration : a Tu dois chanter les utiles vertus d'un roi bienfaisant..., trop longtemps les lauriers ont été usurpés par les fléaux de l'humanité... Louis s'élève au-dessus des vaines terreurs qui depuis un siècle et demi avaient rompu l'antique rapport des Français avec leur souverain... Que tu parais grand, majestueux Gharlemagne, lorsqu'au Champ de Mars, environné de ton clergé, de tes barons, d'un peuple entier... lu rédigeais ces sages capitulaires qui furent le berceau de nos lois ! Mais ces institutions dégénérèrent promptement..., une foule de petits tyrans naquit au sein de l'anarchie..., l'excès du désordre produisit le remède et les états généraux reproduisirent la nation. Je vois paraître des assemblées d'un autre genre formées par un choix plus éclairé... Je vois le souverain appeler auprès de lui des personnes notables... Je vois ces conseils faire éclore les plus utiles résolutions... Tu feras voir à l'Europe étonnée ce que peut un gouvernement paternel qnand il est mis en valeur dans une nation sensible... Quels cœurs ne s'ouvriraient pas à la plus tendre émotion... lorsqu'on voit luire l'aurore de la plus heureuse révolution...! Et Ton pourrait douter des efTets d'une pareille convocation? Et l'on pourrait craindre qu'au-
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cune opposition, aucun effort de l'intérêt particulier en fissent perdre le fruit? Notables, qui allez vous occuper des plus grands intérêts de la nation, . .voudriezvous risquer de briser à jamais ces nœuds sacrés. •• qui vont unir de plus en plus les Français à leur roi?. . . Vous n'aurez à examiner que des vues de bienfaisance. . . Quel avenir s'ouvre à mes yeux mouillés des larmes de Tadmiration et de la joie. .. Je vois Todieux empire de l'arbitraire anéanti; je vois le fardeau public allégé par une meilleure répartition... Je vois l'agriculture ranimée, le commerce s'étendre... Je vois disparaître... ces droits cruels qui livraient à une cherté excessive la denrée la plus nécessaire à la vie... :»
Les Notables convoqués par le roi étaient au nombre de cent quarante-six, parmi lesquels figuraient sept princes du sang, sept archevêques, sept évêques, douze ducs, huit maréchaux, six marquis, neuf comtes, un baron, huit conseillers d'État, quatre intendants, dix-sept premiers présidents de cours souveraines, dix-sept procureurs généraux, douze députés des pays d'État et vingt-cinq officiers municipaux. La lettre de convocation portait que le roi jugeait utile pour le bien de ses affaires et de son service de communiquer à une assemblée de personnes de diverses conditions et des plus qualifiées de son État les projets qu'il avait formés pour le soulagement de son peuple, le rétablissement de l'ordre dans ses finances et la réforme de plusieurs abus.
Inquiet au dernier point de la gravité des débals auquel il assistait, et surpris du peu de précision que montrait Galonné en développant ses vues,
Miromesnil résolut d'éclairer le roi sur la portée des mesures soumises à son approbation. La veille du jour où le public allait devenir le confident et par conséquent le juge du chef de l'État, le prudent conseiller, décidé à remplir son devoir jusqu'au bout, résuma les objections qu'il n'avait pas eu le temps de produire dans la lettre suivante adressée à Louis XVL
<r Je soumets à la sagesse de Votre Majesté quela ques observations que je m'étais proposé de lui faire « hier. Je me proposais de supplier Votre Majesté de « Sjôjdéterminer sur le caractère qu'elle est dans l'ina Hfintion de donner à l'assemblée qu'elle se propose « de convoquer. Si elle ne veut la convoquer que ce ()jQur lui communiquer ses volontés sans permettre a 9i]^)unes représentations, ou si elle est résolue de la « PQnsulter, et par conséquent de trouver bon qu'elle ç hii fasse de très humbles représentations sur les € différents objets que vous lui ferez présenter. Dans « je premier cas l'utilité de l'assemblée ne sera pas (n grande. Dans le second, il est nécessaire de prévoir <c les objections respectueuses qui pourraient être ce faites, afin de se préparer d'avance à les combattre <c et à résoudre les difficultés. Si l'intention de Votre <K Majesté est telle, il est nécessaire qu'elle ait sous les <t yeux, avant l'ouverture de rassemblée, le plan ence tier de l'opération que votre sagesse médite. La (c méthode à employer pour la levée de l'imposition « territoriale, les difficultés qu'elle pourra éprouver € dans l'exécution j> en Bretagne, en Languedoc, attendu les abonnements que vous venez d'accorder .à ces deux provipqes, en Provence, a qui a son régime « particulier, en Flandre, en Artois, en Cambresis,