‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 47 sur 245 · PROTESTATION DES BUREAUX CONTRE GALONNE · texte numérisé non relu

PROTESTATION DES BUREAUX CONTRE GALONNE

« Lorsqu'on nous propose de la part du roi des ^ assemblées provinciales, dit- il, nous croyons défi voir représenter que la forme dans laquelle on c a voulu les établir est inconstitutionnelle et con- ( (raire à Tessence de la monarchie.

d Lorsqu*on nous propose une subvention territoc riale, nous devons dire que l'impôt en nature est î inexécutable, et qu'en argent, comme il est très « considérable et n'a point de terme, nous ne poua vous pas délibérer qu'au préalable la communica- ^ (ion que nous avons demandée ne nous ait été « donnée.

* Lorsqu'on parle de la libération des dettes du t clergé, ne devons-nous pas dire que cette libét ration, telle qu'elle est proposée, attaque les pro- <( priétés?

a Nous sommes bien d'accord avec le roi sur les 'i principes..., mais nous ne pouvons pas adopter <( les plans et projets que l'on fait envisager à Sa <( Majesté comme devant opérer un grand bien et « soulager les peuples..., lorsque nous voyons que 'i le peuple loin d'être soulagé sera surchargé... »

Le maréchal de Beauvau et le duc de La Rochefoucauld ouvrirent l'avis que les Bureaux devaient exiger une réparation publique, et le comte de Provence taxa de malhonnêtes et d'indécentes des affirmations qui leur faisaient dire ce qu'ils n'avaient pas dit.

Calonoe déconcerté de l'opposition qu'il rencontrait et qu'il n'avait pas prévue, cherchait tous les moyens de ramener à lui ces Notables, qui loin d*ètre entre ses mains un instrument passif» deve*

\n LIVRE PREMIER.

naient un danger pour ses projets. Mécontent des opinions émises dans le bureau du prince de Condé, par l'intendant de Bordeaux M.deNéville,ils*en plaignit au roi, espérant conjurer ces critiques grâce à rinfluence du garde des sceaux. « le suis persuadé, c( répondit Miromesnil à Louis XVI de ce ton à la (c fois paternel et respectueux qui caractérise sa cor- « respondance, je suis persuadé qu'il est bien inten- (( tionné, et que s'il élève des difficultés, il ne les (c expose que de bonne foi. J'ai balancé sur ce que <( je devais faire, si je devais l'avertir d'être très (( réservé dans les conférences du bureau, je ne (( pouvais pas lui dire que c'est de Votre Majesté (C que je tiens cet avis. Dans ce cas, il n'avait pas € d'autre parti à prendre que de garder le silence ou « de demander la permission de ne plus assister à a rassemblée des Notables. Ce silence affecté suret prendrait tout le monde, sa retraite aurait encore « de plus grands inconvénients. Si je lui donnais cet (C avertissement comme de moi-même, il penserait a qu'il a été desservi par quelqu'un du bureau, cela d jetterait dans le bureau un esprit de défiance qui (C pourrait se communiquer dans l'assemblée et pro- ^( duire un effet dangereux. . . Quel intérêt un magis- « trat de votre Conseil aurait-il de faire naître des dif- « ficultés contre sa conscience pour contredire les a vues de Votre Majesté . Je ferai observer à Votre (C Majesté que le plus grand nombre des difficultés (C qui ont été élevées, ont été à peu près les mêmes <r dans tous les bureaux, cependant les bureaux ont d tous travaillé séparément sans avoir pu se commuer nii^uer leorsobservâtionSv »

Mirabea revient (

RETOUR DE MIRABEAU A PARIS. i73

Les dëceptions de Galonné s'aggravèrent dans le même moment par la publication d'une terrible diatribe contre les agioteurs, qu'apportait Mirabeau au milieu des débats élevés sur les afTaires publiques.

Envoyé en Prusse, par suite de la sympathie du ministre des affaires étrangères qui partageait alors b^''^*"ses vues, et du désir de Montmorin d'épargner à Calonne la présence d'un censeur redouté, le comte y remplissait une mission qui tenait autant de l'espionnage que de la diplomatie, se livrant, d'après l'expression de sou père, à des travaux de tout genre et abordant les plus hauts personnages de Berlin, (c avec ce certain fond gaillard et ce terrible don de la familiarité qui lui faisait retourner les grands comme des fagots j», quand sur le bruit de la convocation des Notables, il résolut d^accourir à Paris, a L'homme est jugé, dit-il, en parlant du successeur de Frédéric ; ses entours sont jugés; le système est jugé... Que ferais-je donc ici désormais? Rien d'utile; or l'utilité... très immédiate» très prochaine, pourrait seule me faire dévorer rextrêmeindécence dont serait pour moi l'existence amphibie qu'on m'a conférée, si elle se prolongeait plus longtemps. j> Et il écrit à un ami : « Mon cœur n'a pas vieilli, et si mon enthousiasme est amorti, il n'est pas éteint... Je regarde comme un des plus beaux jours de ma vie celui où vous m'apprenez la convocation des Notables, qui, sans doute, précédera de peu celle de l'Assemblée nationale. J'y vois un nouvel ordre de chose qui peut régénérer la monarchie ; je me croirais mille fois honoré d'être le dernier secrétaire de cette assemblée dont j'ai eu le bonheur de donner ridée. »

Prêt è se mêler «ux luttes qu*il pressentait. Mirabeau était plein de dédain pour les hommes qui dirigeaient le gouvernement de son pays, de mécontentement pour la position qu'il occupait, et pour le peu de considération et de profits accordés à ses travaux et à sa supériorité intellectuelle. Il sentait aux bouillonnements de son âme ardente que Tépoque des railleries fines était passé, que la colère remplaçait dans les cœurs le mépris et l'ironie, et que Toutrage direct et personnel répondait aux passions du jour. «dttkMi « J'étais à Berlin depuis une année, écrit-il

potage au * '

rfei^ en publiant sa Dénonciation de V agiotage ym Dot, iotabiea. lorsquc j*ai appris la convocation d'une assemblée de Notables. Aussitôt, je me suis dit: Dans cette occasion solennelle y tu paieras le tribut de ton faible talent à ton pays y à ton roi. Un coup d'œil rapide sur rétat des choses... m*a convaincu, qu'éclairer mes concitoyens sur les désordres de l'agiotage était le plus grand service qu'il fût en moi de leur rendre. Alors j'ai fait le serment de dire la vérité sans acception de personnes et de choses... 9 Cette entrée en matière précédait une dédicace au roi, dans laquelle Mirabeau annonçant que Tl^itat manquerait sous peu à ses engagements si Tagiotage n'était pas immédiatement détruit, interpellait Louis XVi en ces termes : a Sire, daignez vous rappelei cf cette prophétie quand on osera proposer à Voire < Majesté de signer une suspension de paiements. ce Depuis deux ans on prépare ce jour de déshonneur: « La France serait-elle destinée à donner encore i « rEuropelespectadeignominieuxdesseènesdecor (( ruption, de désordre, de rapacité, qui ont irrémsflî'

IfIRABEAy OBNONOE jL'AGIOTAGE. i75

c bletnent flétri les dernières années de Louis XIY et « les premières du règne de son successeur ?•• Cinq années sont bientôt révolues depuis la fin d'une guerre que nous appelons heureuse. Et combien les bénédictions de la paix ne sont-elles pas loin de nous? Continuellement travaillé par les besoins d'argent, le gouvernement a signalé chacune de ces années par de nouveaux emprunts... Les besoins du gouvernement exigent toujours des emprunts publics. Les conditions en sont de plus en plus onéreuses pour le fisc et désastreuses pour rindustrie... Des expédients sans nombre et sans choix pour attirer plus d'argent. . . remplissent l'intervalle qu'on est obligé de mettre entre ces emprunts... Si nous vantons notre exactitude à payer, c'est que les usuriers ne nous ont pas encore retiré leurs ruineux secours. • . â leur suite s'établissent. . . une foule d'agiqteurs par état^ qui font servir la cupidité excitée par les intérêts excessifs que le fisc, paye à l'entretien d'une guerre de ruse contre les fortunes des particuliers... Ils multiplient les

inventions pour se tromper réciproquement

Telle est la vraie cause de l'abondance du numéraire qu'on vante et qu'on voudrait nous donner comme un signe de prospérité nationale... J'ai déjà tenté de répandre l'instruction sur ces objets. J'étais « autorisé, j'étais même invité à le fairç. y> Mirabeau rappelait dans cette allusion l'arrêt du Conseil qui proscrivait un livre nécessaire et reprenant la question générale traitée dans son volume^ donnait la définition de l'agiotage toujours associé au monopole. < 11 faut le dire, s'écriait-il, les principaux a^urs

ff de Tagiotage sont Barroudy jadis notaire ; à^Eêfê- L c gnac, le prêtre, le chanoine, le grand vicaire, enfi» c Vahhé d*Espagnac, Seneff le Comte, Pyron^ Tint téressé dans les affaires du roi et de tarit d'autres; a Servat^ le prête-nom banal de ce je ne sais qud « Lalanne^ déjà célèbre dans la banque de Saint- « Charles, Saint-Didier, Duplain de Saint- Albine et c de tant d'autres agioteurs de la ville, de la Cour, c de tous les États, dont les uns font leurs fonds en a protection, les autres en industrie. j>

Mirabeau accusait le gouvernement d'avoir favorisé ces coupables spéculateurs, il passait en revue Thistoire de Law, critiquait avec vivacité la direction imprimée à la Caisse d'escompte qui devait se consacrer au commerce et à l'industrie, ne craignant point d'avancer que (c si des administrations provinciales, tutrices de la prospérité intérieure du royaume, eussent averti que l'argent était rare dans les provinces et pourquoi il l'était, pourquoi tous les capitaux affluaient vers Paris ; pourquoi nos villes manufacturières étaient dégarnies de numéraire... •dans quel but, pour quels intérêts l'argent n'était pas à quatre pour cent. . . elles nous auraient sauvé. » 11 blâmait le rétablissement de la Compagnie des Indes, qui par son monopole accaparait le commerce de ce pays au détriment d'une foule de négociants français. « Écoutez l'Alsace, s'écriait l'ardent écrivain, écoutez les fabricants, écoutez les marchands de toileries parler de ces avides harpies infatigablement occupées à salir leurs mets. Pour^ suivis dans leurs achats aux compagnies étrangères, ils voient la nouvelle Compagnie des Indes faire elle-

MltUBEAU DÉNONCE L'AGIOTAGE. 177

kne des achats semblables. » Signalant le scandaleux ^ge qui s'était produit sur les actions de la Compaledes Eaux de Paris, Mirabeau continuait: <c Que coniroDS-nous de ^out ceci ? faut-il proscrire tout agiote et sévir contre des conventions libres? Non, pas ème quand ces conventions sont nuisibles aux conactants, car leur liberté est encore plus importante ne leurs richesses. Mais il faut appeler les lumières, s livres, la liberté de la presse, seuls remèdes infailiblesde ces funestes maux. Une faut pas de punition ^ale contre ceux qui s'abandonneraient à la passion m jeu ; il faut seulement conduire l'opinion publique

décerner contre eux la punition qui n'est jamais ravée, celle du mépris universeF. y>

Persuadé que dans une foule de cas le Gouvememïi prenait des décisions qui empiétaient sur le Irmt des citoyens, étouffant ainsi l'esprit d'initiative t surchargeant ses fonctionnaires d'un travail qu'ils lisaient mal, Mirabeau reprochait à l'administration 'oublier les vues d'ensemble qui auraient dû la préocuperet disait en reprenantla thèse de Turgot, souvent [i&ne jusqu'à ses phrases : a Vous écrasez par cette unière d'agir a l'habileté/ la science, la justice, les ègles, les principes, l'économie, les revenus ». Il éclamait une constitution, sorte de formule qui serrirait pour ainsi dire de règle de conduite aux indindus intéressés à juger des faits sur le lieu même où Isse seraient passés» sans que le Gouvernement eût i s'en inquiéter autrement que par la protection géoérale due à tous les Français, a Aussi longtemps, >8sorait-il, qu'une constitution régulière n'organisera pss le royaume, nous ne serons qu'une société com-

posée de différents ordres mal unis» d^uii peupl sans presque aucuns liens sociaux... Le monarqu d^un grand État doit gouverner comme Dieu pi des lois générales... Le roi ne le peut pas dan rétat actuel des choses... Nous ne sommes pas un nation, nous sommes une aggrégation de province réunies sous un même chef, mais presque entièretneA étrangères Tune à Tautre, si ce n'est ennemies. ^ IBn beau complétait ses critiques par un tableau de t situation du pays où chaque individu se considérai comme isolé de la société, où le gouvernement étii regardé comme l'ennemi de chacun, où une guârr sans trêve existait entre le roi et son peuple, gutfr fatale dans laquelle l'administration, pressée de be soins et livrée en aveugle à tous les expédients de usuriers, voyait son autorité constamment compro mise. L'organisation d'administrations provinciale est indispensable à la régénération de la France affirmait î'éminent écrivain en sollicitant la suppres sien des compagnies à privilèges exclusifs, une re nonciation aux grands emprunts, une diminution d la masse effrayante de papiers de spéculation quied combraient la bourse et dévoraient le pays, ce II fimt observait-il, ôter le sceptre du crédit aux agioteurs à leurs patrons, quels qu'ils soient... S'ils restaten ce qu'ils sont en effet, les maîtres du royaume, que aveûir oseraient donc envisager les bons citoyen dans la crise où nous sommes plongés? d Enfin, Mira beau adressait aux Notables cette adjuration : «Yops qiie le père de la patrie convoque pour délibérer su la chose publique.^, ne traitez pas de craintes chliti^ riques mes prévisions terribles! Osez montrer n

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