‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 6 sur 245 · MADEMOISELLE D'OLIVA · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE D'OLIVA

sa conductrice lui donna une rose et une lettre avec cette unique explication : c Vous les remettrez a un très grand seigneur que vous allez rencontrer, vous direz seulement : Vous savez ce que cela veut dire i» , et les deux dames se dirigèrent yers les jardins du château. La Heine, dit M"® de Lamotte à sa complice en arrivant sous les ombrages des arbres, sera présente pour entendre ce qui se passera dans l'enlre\iie ; elle vous parlera, elle est là. M**° d'Oliva troublée à la pensée de se trouver sous les yeux de sa souveraine, tenait sa fleur, quand après Téloignement de M"* de Lamotte, déboucha derrière une charmille le grand seigneur annoncé. D'Oliva présenta la rose en prononçant, assure- t-elle, les mots qui lui avaient été appris. M. de Rohan. déclare dans son interrogatoire qu'elle leva sa coiffe avec son éventail en affirmant qu'il pouvait espérer l'oubli du passé, lorsqu'au moment où il sMnclinait avec respect, une personne placée auprès de celle qu'il prenait pour la reine, annonça la venue de M"° de Provence et de M™* la comtesse d'Artois; le cardinal s'éloigna précipitamment, et M"* de Lamotte partit de son côté, ramenant M"* d'Oliva à l'hôtel, d'où elles regagnèrent Paris cette nuit même dans une voiture de la cour. Ce soir-là, Beugnot longeant les boulevards; atteignait la rue Saint-Gilles vers les dix heures et allait presque machinalement frapper à l'hôtel de la comtesse qu'il n'avait pas vue depuis longtemps. Une demoiselle Colson, parente deM"* de Lamotte et devenue, écrit-il, sa dame de compagnie, le reçut. Raillant le luxe extravagant des maîtres de la maison, avec leurs deux secrétaires Retaux de

n LIVUK PREMItU.

Yillette et le religieux minime Loth, mademoiselle Colson dit avec gaieté : « Je crois, leurs altesses occu- « pées de quelque grand projet, on passe la vie à ce des conseils secrets où le premier secrétaire est seul ce admis. Sa Révérence, le second secrétaire en est ré- « duit à écouter aux portes, et il fait trois voyages por a jour rue Vieille-du-Temple sans deviner un traître « mot des messages qu'on lui confie. Le frocard s'en a désole, car il est curieux comme une vieille dévote. » Beugnot s'était attardé à causer avec sa spirituelle interlocutrice , « quand entre minuit et une heure « nous entendons, dit-il, le bruit d'une voiture d'où « sortent M. et M"' de Lamotte, Villette et une « femme de vingt-cinq à trente ans, blonde, fort belle <r et remarquablement bien faite. Les deux femmes (( étaient mises avec élégance, mais avec simplicité ; « les deux hommes en frac ; de sorte qu'on avait l'air a de revenir d'une partie de campagne. On com- <( mença par des plaisanteries obligées sur mon tete-

(( ù-tête avec M"** Colson On déraisonnait, on

« riait, on fredonnait, on ne tenait plus sur ses jambes. « L'inconnue partageait Tallégresse commune , mais « elle gardaitdela mesure etde la timidité. Onsemet i( à table, la joie continue, elle s'exalte, elle devient « bruyante; nous gardions M"' Colson et moi l'air « étonné et chagrin qu'on prend nécessairement au « milieu de gens très gais lorsqu'on ne saurait parce tager leur joie dont on ignore la cause. Cependant, et la bande livrée à cet excès d'hilarité, était gênée € de notre présence, parce qu'elle l'empêchait de ce parler à cœur ouvert du sujet de sa joie et d'en ce savourer toutes les circonstances. M. de Lamotte

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