LES PAYSANS EN FRANCE
entre le pouvoir oriental du roi, le soin des ministres pour le conserver intact, les intrigues et la servilité d'une race de courtisans d'une part, et de l'autre la liberté générale de penser, de parler, d'écrire malgré les espions, la Bastille et les règlements sur la librairie. L'esprit d'opposition et de patriotisme répandu dans la première classe de la nation, y compris les serviteurs personnels du roi, mêlé à la crainte de perdre leurs places et leurs pensions; l'insolence moqueuse de la populace des villes, toujours prête, il est vrai, à se disperser devant un régiment des gardes, et les mécontentements plus sérieux des peuples des campagnes; tous ces ingrédients mêlés ensemble nous amèneront peu à peu à une représentation indépendante, et par conséquent à une diminution de l'autorité royale. y> Puis il ajoutait : tr C'est une affaire de temps et cela marchera d'autant plus lentement que les intérêts des hommes puissants mettront des bâtons dans les roues. y> Lafayette qui constate le mécontentement des cam- ^ v^ pagnes se préoccupe au fond plus des cités que des vil- de»paybaog. lages. Il parle de Tignorance des classes inférieures et ne se rend passuffisamment compte des terriblcsleçons que des siècles de misères, de soufTrances et de luttes ont propagées au loin dans les champs. Les populations des villes se sont éclairées et ont amélioré leur ntuation par des résistances heureuses. Si l'esprit de justice s'est imposé par la force au sein de populations agglomérées derrière des murailles, il est loin d'avoir triomphé au milieu des vastes territoires qui produisent le blé et toutce quiestindispensable à l'exis-
tence humaine, là se trouvent encore les Bagaa qui luttèrent contre les conquérants romains, Jacques qui au xiv' siècle envahirent les chfttea mettant tout à mort dans leur désespoir, les Bret que Louis XIV faisait égorger et piller par ses iroop Un siècle s'est à peine écoulé depuis que M** Sévigné écrivait à propos des malheureux paysans voltâs contre les exigences du fisc : a Nos pan? Bas-Bretons s'attroupent quarante, cinquante ] les champs, et lorsqu'ils voient les soldats, ils jettent à genoux et disent: meâ culpâ^ c'est le 'si mot français qu'ils sachent, comme nos Français ( disaient qu'en Allemagne le seul mot latin qu'on sait à la messe était le Kyrie eleison. On ne laîaae pas prendre ces pauvres IBteis-Bretons... on croit qu'i aura bien de la penderie, d Dans une autre tettrae disait en parlant des soldats qui parcouraient le pa; <c on gagnerait beaucoup si c'étaient des GordèUei ils s'amusent à voler les paysans, ils mirent Tautrejo un petit enfant à la broche, mais d'autres désorAn point de nouvelles. » A cette même époque La Brayé faisait ce portrait des agriculteurs français : c L'i voit certains animaux farouches, des mâles et i femelles répandus par la campagne, noirs, Imé et tous brûlés du soleil, attachés â la terre qa^ fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté! vincible : ils ont comme une voix articulée, et qui ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une II humaine, et en effet ils «ont des hommes. Ils se rc rent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pi noir^ d'eau, de racines; ils épargnent aux aatr hommes la peine de semer, de labourer et de mou6
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ottr vivre, et mëritent ainsi de ne pas manquer B pain qu'ils ont semé. y> 1 grande dame et le moraliste ne témoignent l'un aetre qu'une hautaine indifférence pour le sort *e8 descendants des vaincus de Rome, de ces mes partagés comme un troupeau de bétail entre multitnde de petits souverains lors de Tinvasion barbares. On peut encore appliquer à plus d'un MHr du jour la description qu'un jurisconsulte du iècle nous alaisséedesabusdont les manants étaient mes, quand il écrivait que leur maître les enfer- . c comme sous voûtes et gonds, que du ciel à lu B tout est à lui; forêts chenues, oiseau dans l'air, son dans l'eau, bête au buisson, l'onde qui coule, Dcbe dont le son au loin roule. j> La résistance des
8 a mis certaines bornes aux déprédations cxer-
9 4ies citadins enrichis ont acheté des fîefis comme lobles, il s'est créé ce que l'on appelle une classe enne, mais les habitants des champs n'ont parti- •quNmparfaitement à toutes ces conquêtes obteij^r la foroe^ et les propriétaires nouveaux comme iMieiiB continuent à exiger les vieux droits féodaax dette, d*étalage, d'afforage, de mort et vif, d'her- 5, de terrage, de pontonnage et autres dont les 18 aujourd'hui oubliés attestent la fécondité de irit Bsoal. Il existe toujours des droits de banaeonsistant à réserver au seigneur des clients r nses manufactures, des acheteurs pour ses rées, et à cette époque de notre histoire, une e d'habitants des campagnes n'avaient pas le it de moudre dans leurs moulins, de cuire dans % iburs, de fouler leurs draps a leurs usines,
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d'aiguiser leurs outils à leurs meules, de faire leur vin, leur huile, leur cidre à leur pressoir, d'avoir étalon pour leurs troupeaux, pigeons dans leur fuie, lapins dans leurs clapiers, et de vendre leurs denrées sur un marché public. La chasse sur leurs terres, la pêche dans leurs eaux leur étaient interdites. Écrasés de contributions de tous genres, contraries dans leurs travaux, incertains dans leurs droits de propriété, il semblait que la terre réservât Tefrclavage pour ceux qui la travaillaient comme elle distille les sucs dont se nourrissent les plantes. Cinq années avant le jour où la bourgeoisie de Paris accueillait avec enthousiasme les railleuses ironies du Figaro de Beaumarchais, on voyait dans la sénéchaussée d'Aix l'étrange spectacle d'un seigneur, celui de Pennes, contraignant trois cents cultivateurs à quitter leurs travaux pour venir à la suite de leur curé et de leurs consuls lui prêter hommage lige i genou, tête nue et les mains jointes.
Ces contrastes de nature à propager l'esprit insurrectionnel au milieu d'une société fatiguée de despotisme s'accentuaient dans les relations journalières par des dissentiments d'opinion entre des seigneurs d'origine différente, et il est facile de comprendre que certains possesseurs de fiefs comme le futur conventionnel Barrère, devaient plus d'une fois s'entre* tenir de légendes analogues à celles que nous trouvons dans les Mémoires secrets à la date du 22 juillet 1787.
a II y a quinze jours, qu'on vit la reine venir de Versailles se rendre dès le matin chez M"* la princesse de Lamballe avant neuf heures : on jugea