MADEMOISELLE D'OLIVA
€ consultait Villette pour savoir s'il y avait tant de c danger à parler. Villette répondit qu'il ne tenait pas c pour vrai Tadage qu'on n'était trahi queparlessiens, « qu'on rétait par tout le monde et qu'en vérité la disc crétion... Il en était là quand M""* de Lamotte, à c côté de laquelle il était à table, lui porta vivement c la main à la bouche et lui dit du ton le plus impéc ratif : Taisez-vous, M. Beugnot est trop honnête c homme pour nos confidences. Je rends ces termes, c ajoute le narrateur, sans y changer une syllabe. Le c compliment eût été flatteur si dans le langage ordic naire M""* de Lamotte ne se fût pas indifféremment c servie des mots honnête homme et bête comme synoc nymes. i» Beugnot nous apprend qu'il ramena en voiture la belle inconnue dont le visage le préoccupait comme celui d'une personne qu'il avait déjà vue. c L'inquiétude que m'avait causée sa figure, pourc siiit-il en achevant, était sa parfaite ressemblance ff avec la reine, car la dame n'était rien moins que « M"^ d'Oliva, et la joie qui agitait les convives était c occasionnée par le succès complet de la fourberie « que l'on venait déjouer dans les bosquets de Ver-
< sailles... Je n'eus pas alors le mot de l'énigme; c mais quand l'affaire éclata, il me fut promptement
< donné ; je perdis dès lors le droit d'avoir un doute c sur les vrais coupables, d
Pendant que le nom de personnes royales mêlé Emprani de a des combinaisons mystérieuses était jeté en pâture ^"mlin^os! ^ ià cette classe infime de la société où se trament tous les crimes, le ministre Galonné compromettait au grand jour le chef de l'État par ses folles et coupables prodigalités. La promesse de ne recourir au crédit
décembre 1784
34 LIVRE PREMIEFi.
que dans un avenir lointain datait à peine d'une année, qu'il faJsaiir appel âti public pour une somme de
:'cent'vlngt-eîiiq mitlronS. "
• Cet emprunt que Mirabeau recommandait comme un placement avantageux, était en réalité conclu au
• taux de huit pour cent ; le contrôleur général le pré- •'«entait aux prêteurs sous forme de billets de mille 'livres, qui obtenaient un bénéfice croissant avec le '■délai fixé ^ pour leur remboursement. Les porteurs
des quinze mille premiers billets désignés par le sort \ pout* être retirés de la circulation touchaient cinq - pour cent de leur capital, ceux des quinze mille billets
• remboursés dans les trois années suivantes gagnaient vingt pour cent, puis de trois ans en trois ans les prêteurs réalisaient des bénéfices montant à 25, 30, •35 et 40 pour cent, jusqu'au jour où les possesseurs tles cinq mille derniers billets doublaient leur capital «n touchant une somme de dix millions.
Calonne invoquait toujours la nécessité d'acquitter les dettes de la dernière guerre. Il s'appuyait pour re-
• courir au crédit sûr la quantité de numéraire en circulation, a Quelque satisfaisants que soient pour nous les témoignages éclatants d'une juste confiance, disait-îl; nous sommes bien éloignés de vouloir en faire un usage indiscret, et nous ne regardons le bon état du crédit* que comme un acheminement aux opérations essentielles et salutaires que nous avons en vue. Elles seraient impraticables sans lui, » et il dévoilait son chimérique espoir de satisfaire à la fois ses goûts fastueux et la tendance des populations à améliorer leur situation en faisant tenir au roi ce langage : « C'est en fécondant toutes les sources de la
,^ EMPRUNTS EN 4784 ET 1785. '.' i.* 3R
richesse de TËtat, c'est en augmentant nos revenus par la diminution des frais de recouvrement^ c'est en soulageant nos peuples par une distribution plus égale du fardeau qu'ils supportent que nous assurerons de plus en plus la solidité des créances publiques. y>
Le Parlement, à Tannonce de cette charge nou- Bnregittremei velle, rédigea à la hâte les plus énergiques repré- ^^^e^ sentations contre Tincessante augmentation de la i^Sïi'ïtés dette nationale qui, bien loin de diminuer sous le jod^breWa règne actuel, malgré la bonne volonté du roi et son économie personnelle, s'était élevée suivant le calcul leplusmodéréjusqu'au chiffre de douzecentsmillions. Il signalai t le préambule du ministre des finances, prodigue de promesses en désaccord avec sa conduite, et montrait Calonne consentant d'une part à de légères suppressions, et d'autre part faisant peser sur rÉIat des charges énormes par l'émission d'emprunts conclus à des taux sans exemple aux époques des crises les plus difficiles. Abordant l'emploi de cet argent demandé au public, il laissait entendre qu'il servait à payer les dettes des princes frères du ror,à acheter des châteaux de plaisance, des forêts de chasse, comme Saint-Gloud et Rambouillet, et non i solder ks dettes de la guerre.
Louis XVI ayant formellement déclaré <r qtie le produit du dernier emprunt avait été employé en totalité à l'acquittement des dettes delà guerre, et que ces dettes seraient complètement liquidées en 1786 », leParlement enregistra l'édHpour ce ne point augmenter, disent les Mémoires seerets^y les calamités de l'État par un discrédit national et étranger, le plus grand malheur pour une administration, j» Puis il prit
Emprunt
des États
de hangoedoc;
emprant
sut banques
de Gènes;
emprunt
en rentes
liérédiuircs,
Janvier, mant,
décembre 1785.
36 LIVRE PREMIHiR.
lin second arrêté chargeant le premier président de représenter au roi que l'ordre et l'économie sont les seules bases d'une bonne administration et autres ^ lieux communs de cette espèce déjà répétés cent fois inutilement, écrit le même journaliste qui ajoute en < se faisant l'écho du découragement et de la défiance générale, a Messieurs conviennent eux-mêmes que ' ce n'est qu'un arrêté de forme; ils ne doutent pas ' qu'au lieu d'en parler au roi, le premier président « ne le laisse dans son portefeuille pour aller à la ^ chasse. »
Les craintes du public furent vite justifiées par i l'emprunt de quinze millions négocié auprès des ^ États de Languedoc pour le compte du Trésor, par i celui de cinq millions demandés aux banquiers de ■% Gênes, qui devaient être remboursés d'année en 'i année à partir du V janvier 1792. Au mois de ? décembre 1785, une année juste après femprunt î| de cent vingt-cinq millions, le minisire offrait aux j| spéculateurs quatre millions de rentes héréditaires i^ à cinq pour cent, avec des primes, remboursa- < blés en dix ans. Galonné, par la bouche du roi ex- r| posait la nécessité de s'adresser de nouveau au crédit ^ en alléguant l'intempérie des saisons, les calamités qui ^ avaient affligé plusieurs provinces, a Quoique nosre- ., venus, disait-il, en aient soufl'ert de la diminution et „ nos recouvrements du retard, les payements relatifs ^ aux difTérents services n'en ont pas été un seul instant . moins exacts; tous nos engagements ont été acquittés... les arrérages des rentes ont été payés plus promptementqu'ilsnel'avaientjamaisété; jamais autant de fonds n'ont été employés en amortissements,