‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 64 sur 245 · LE LIT DE JUSTICE DÉCLARÉ ILLÉGAL · texte numérisé non relu

LE LIT DE JUSTICE DÉCLARÉ ILLÉGAL

iDirchie« contre laquelle il follait réagir à tout prix.

Que Brieone ait cominis, ainsi qu'on Ta dit, une maladresse en présentant l'impôt du timbre avant celui de la subvention territoriale, dont le refus eût mis en lumière l'égoïsme des privilégiés, peu importe? Le résultat eût été le même. L'archevêque de Toulouse subissait la peine des mensonges accumulés par ses prédécesseurs et se trouvait plus entraîné par les événements que par son caractère à essayer de la force. Il n'y avait pas de moyen terme, il fallait vivre pour prouver la réalité des améliorations financières annoncées, il fallait vivre pour être en mesure d'affronter les investigations des États généraux, si toutefois, dans ces circonstances critiques, Brienne se résignait à mettre la .couronne aux prises avec la nation.

Une décision du Conseil cassa le 1 4 août les arrêtés Le ptriem du Parlement contre la subvention territoriale et i^ntl rimpôt du timbre. Profondément irrité de la conduite de cette cour souveraine qui déclarait illégale la promulgation d'édits créant des charges nouvelles et qui s'élevait contre la suppression de l'impôt des deux vingtièmes et des quatre sous pour livre, Louis XVI accusa les magistrats de vouloir rendre impossible Texécution de ses engagements. Stigmatisant la criminelle audace qu'ils avaient montrée par leur refus d'examiner la subvention territoriale, il rappela leurs attaques contre son autorité qui provoquaient une fermentation dangereuse et termina ses sévères reproches en ordonnant au Parlement de se transporter i Troyes où il continuerait à remplir ses fonctions judiciaires^

15 loùt 17

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rmenuuon Lc troublc jeté dans les esprits par de ënlTnuBoIrcs débats s'exhala en placards injurieux pc lîéhewiÔDs. affichés à l'intérieur du château de Ver les murs des édifices publics et jusque su des routes, placards respirant une telle le lieutenant-général de police signala a Breteuil comme une grave imprudence I de cette princesse à Paris en un pareil m< recherche de tous les moyens de rétablir de ramener la confiance parmi la popi ministres firent colporter avec une certaine la liste des réformes introduites dans la m\ et dans celle de la reine. La compagnie des i Porte, les gendarmes, les chevau-légers c étaient congédiés ainsi que. les équipi grande fauconnerie, de la fauconnerie < de la louveterie. On apprit le licenciemc sonnel attaché aux voitures de cérémonie par l'annonce du don fait au premier éci caresses devenus désormais inutiles. La s de la direction et intendance générale i sinécure qu'avait rétablie Marie-Antoinett du duc de Polignac, coïncida avec le r grand nombre de pages de la petite écu tinction de l'office désormais superflu de donnier. Énumérations puériles qui pr lumière à la fois sur les préoccupations très et sur celles d'un peuple disposé i avec une railleuse ironie cette sorte de d'une maison royale. « On assure, raco nouvellistes, que la réforme de la maison à force de soins, de recherches, de lésine

APPEL DE LOMËNlË A L'OPINION PUBUQUE. 235

i ufl iDiUioD. On ajoute que le même jour la reine a signé le projet d'une fête pour Fontainebleau qui coûtera peut-être autant que l'économie, et que Sa Majesté a dit ensuite en riant : mais il faut savoir si M. d'Éprémesnil nous en donnera la permission. » Tandis qu'on supprime des places d'un côté, de l'autre on en recrée, observe le même journal^ qui ne se doute pas qu'une demoiselle Noël vient d'être appelée à la fonction d'enfileuse des diamants de la reine avec un traitement de 1,200 livres. Soulevée contre un^mode de gouvernement que ^^«^nea

d'une

Voltaire avait qualifié a l'art de prendre le plus d'ar- société nov gent qu'on peut à une partie des citoyens pour le ~°*"^'"^ donner à une autre partie » , la nation française répudiait une organisation conquérante, permettant de s'emparer du fruit des labeurs de chacun pour le répartir au gré du plus fort. Dans cette transformation d'une société qui tendait à assurer désormais Testime et les profits à une existence consacrée au travail, as lieu de prodiguer à l'oisiveté des honoeurs et des privilèges pécuniaires, un accord tacite était intervenu entre une foule de preneurs favorisés et ceux qu'on spoliait. Plus d'un personnage, incapable de justifier son droit à une rémunération, s'unissait à des citoyens dont le rôle était de fournir de Kargent sans en jamais recevoir, pour s'indigner du bonheur de pensionnaires préférés dont il comparait la somme des avuitagea i celle qu'il avait obtenue. Les salariés de la Cour comine les fournisseurs des salaires formaient par le concert de leurs plaintes, une opinion publique qui discutaibles largesses des princes et se demandait pour quelle raison le grand écuyer de France, le

prince de Lambesc, devait avoir quatre-vingt-dix-sepi chevaux entretenus et trente et un serviteurs, pourquoi le roi qui lui allouait un traitement de cent soixante-trois mille livres, avait porté ce traitement à deux cent-cinquante mille livres, le jour où il lai avait retranché ses chevaux, ses serviteurs et les voitures et harnais qui correspondaient à une pareille écurie ?

reine Êtourdic des critiques dont ses moindres actions

d^tmu. étaient l'objet, froissée dans ses habitudes d'esprit qui poétisaient la nature des princes en les prédestinant à l'affection et au dévouement désintéressés de leurs sujets, Marie-Antoinette ne savait que penser des conseils qu'elle avait reçus de son entourage, et moitié par suite de ses préjugés princiers, moitié par suite de son caractère affectueux, elle se plaignait à son frère

du manque de jugement qu'avaient montré les personnes composant sa société et des erreurs qu'elles lui avaient fait commettre, a Ce que vous me dites de M""' de Polignac et de ses amis, répondait Joseph, est parfaitement juste, mais je ne suis aussi bon (Hc) de croire qu'ils se sont trompés au sujet de Galonné. Au contraire, ils l'ont très bien jugé en arrachant de loi nombre de concessions et d'avantages personnels sous l'apparence de le soutenir, sachant que cet homme sacriBait tout à sa convenance. Vous souvenez-vous. •• de ce que la dernière fois que j'eus le plaisir de vou8 voir^ assise sur une pierre dans l'avenue deTrianon... je ne puis m'empêcher de vous dire que si vous vouKes vous assurer si ces bonnes gens vous sont atttcbéi vraiment ou s'ils ne s'aiment qu'eux-mêmes, que vous n'aviez qu'à leur refuser parfois leurs désirs,

LA PAlIlLLE tiOYALE ET SES PAVOtllà. 237

que vous verriez d'abord la valeur de leur attachement et distingueriez ceux qui, vraiment aiment votre honneur et réputation ou seulement leur avantage^ en mettant toutes les voiles au bon vent qui leur soufflait, incertains et peut-être même peu soigneux combien cela durerait, pourvu qu'ils accrochent pour eux, leurs parents, amis et protégés » tout ce qu'ils pouvaient. »

Cette prédiction ne se trouva que trop justifiée, quand Marie-Antoinette dut consentir à la suppression de la charge qu'elle avait ressuscitée pour le duc de Polignac. Le mari de sa prétendue amie lui infligea l'ennui d'une scène pénible avec l'archevêque de Toulouse, où après avoir soutenu la nécessité de la fonction d'intendant général des postes, il se tourna vers la reine en disant : a Madame, sans demander à Votre Majesté une décision qui ne peut être douteuse, il me suffit qu'elle me montre quelque désir que je remette une place que je tiens de ses bontés pour que je la lui rende, et voilà ma démission. y> La reine la prit, c en louant beaucoup sa noblesse et son honnêteté, ce qui ne le dédommagea pas tout à fait de cinquante mille livres de rentes qu'il perdait », ajoute Besenval, sans avoir l'air de comprendre l'absence complète de délicatesse et de dévouement que dénote une semblable altercation. Il rapporte ensuite que Louis XYI ne fut pas plus ménagé par le duc de Coigny, lorsqu'à la nouvelle de la suppression de la petite écurie, ce seigneur accourut plein d'irritation chez le roi qui à son tour entra dans une violente colère . Louis XVI, raconte Besenval, en parlant de la dispute qui avait eu lieu, a dit en ma présence : Nous nous

2SR LIVRE DGU»ÊIIE.

sommes véritablement fôchés, le dnc de Coigny et moi ; mais je crois qu*il m'aurait battu, que je le lui aurais passé s>. Puis Besenval continue : <k la reine voulut se plaindre à moi de Temportement du duc de Coigny. . . Madame, lui dis-je, il perd trop pour se contenter de compliments. Il est pourtant affreux, ajoutai-je, de \ivre dans un pays ou l'on n'est pas sûr de posséderle lendemain ce qu'on possédait la veille. Cela ne se voyait qu'en Turquie. > Leduc de Coigny recevait cependant une pension de cinquante mflle livres, dont vingt mille réversibles à son fils après sa mort. 11 touchait quatre cent mille livres par suite d'un brevet de retenue, et obtint le titre de pair de France, c On regarde cette faveur, remarque un journal à propos de cette dignité, comme un dédommagement de la place de premier écuyer supprimée... On n'est pas moins surpris de voir l'arrière-petit-fils d'un marchand de bœufs à la veillle de siéger au Parlement comme pair. t> Jugement ironique porté sur ce haut personnage dont Besenvat nous montre avec d'autant plus d'impartialité Tégoïsme et la nullité qu'il partage à la fois ses convoitises et son aveuglement. Que dire en efTet de la conversation de Besenval avec la reine au moment du renvoi de Calonne, quand en recon^ naissant la fôcheuse disposition des esprits^ les conséquences qu'elle pourrait entraîner, il exprime ses regrets de la chute de ce ministre et pousse sa souveraine à braver l'opinion publique par une résistance à outrance * ?

Le Parlement ayant reçu son ordre de départ le

« Archives nationales, X*^9Sô, RemoDlrancesda Parlement da 24 juillet 1787. — XIB8987. Proeès-Terbal do lit de Justice tenu à Vemillrt.

PARIS SE PQi^PARË A UiNfi SÉDITION. 230

15 aoû|j,i9iv 4p lit.proceNÎon du vœu de louis ^11» le peuple de Paris saisit avec un tact merveilleux Toecasion de cette coïncidence pour manifester ses sympathies en faveur des magistrats frappés. Lorsque les femmes de la halle apprirent qu'à la demande de la Ch^uidbre des Comptes des soldats devaient remplacer le Parlement dans le défilé où cette compagoie souveraine figurait à sa droite, elles coule 6 août 1787. - AD« 1079. Arrêt do Conseil d*État du 14 août 1787, ctiiaBt Ici MTéU da Parlement dei 7 et 13 août 1787, relatitement à la nkintîMi torriloriale et ai timbre. — X«*9081. Lettrée |>atentes tranaféraot à Troyet le aiège dn Parlement de Paris, 15 août 1787. — K 160. Ordre donné aux conseillers da Parlement de se rendre à Trojes, 15 août 1787. 0*243 : Snppresiion des foitores de cérémonies ; le ministre de la laison da roi «a comte de Teaaé, 18 août, 4 8ept« 17 sept., 4 nov., 21, n décembre 1787. Nomination de W^* Noël à la place d'enfilense de diaiiats de la reine, 19 juillet 1787. Traitement du prince de Lambesc, l leHeabro 1787. Penaton du duc de Goigny, 14 octobre 1787. O<4^0 : Le ministre de la maison du roi au baron d*Oigny, pour l'atertir de la nppreuion de la charge de directeur et d'intendant général des postes, rdais et measageriei, 10 août 1787. Le ministre de la maison du roi k M. da Boorgnon, 6 sept. 1787; au vicomte de Vergennes, au comte de Vtidrenil, ao comte d'Haussonville, au chetalier de Forget, 9 août 1787.— Mimoim hittoriquis et polUiqttes du régné de LmUs IVl, par SouliTie. In-8, l^Ql, tome VI, pages 236 à 256. ExtraiU des Mémoires se? crrtf do cardinal de Brienne, p. 240. — Mémoires secrets pour servir à ^"histoire de la réptiblique des lettres, tome XXXV, p. 281 et suit., 286 elioif., 294,295 et suif., 300 et soif., 303 et suif., 316, 323, 326, 328 et niT., 332, 335, 339 et suif., 340 et suif., 343, 348 et suif., 350 et suif., U et sniv., 359, 362, 364, 365, 367, 369 et suif., 371, 372, 373, U3, 459. — Introduction historique. Réimpression de Tancien JTont- ^, p. 241 et soif. — CorrespondcMce secrète, publiée par Lescure, tone n, p. 170 et suif. — Mémoires du baron de Besenval, tome II, P 256 et aoif ., 260 et soif. — Mémoires de Weber, tome I, p. 181 et suiv. ^Ànaales francises depuis le commencement du régne de Louis XVI i^aux États généraux^ par Guy-Marie Sallier, ancien conseiller du Pirlement de Paris, ln-8, 1813, p. 96 et suif. — Recueil des anciennes iott fnmçaisesy par Isambert. Tome XXVIII, p. 416 etsuiv., 419, 423 ei luif. — Œuvres complètes de Voltaire, tome XXVII, p. 11.— Jfamiminette, Joseph H anâ léopold IL In-8. Leipsig, 1866, p. 110 et

240 LiVRË DEUXlàM£.

vrirent de flears la route qu'auraient dû parcourir lei exilés.

l'ich'aœbre ^ ^^^^ désapprobatiou tacite succéda le surlmi* I Comptes demain une manifestation bruyante, quand les deus des Aide8, frères du roi vinrent faire enregistrer les dédsion du lit de justice à la Chambre des Comptes et i la Cour des Aides. Des applaudissements accueillirent Monsieur, que Ton croyait hostile à une transcription forcée, et des sifflets et des huées punireni le comte d'Artois de son adhésion à une semblable mesure. Quelques jours après, le peuple aigri, comme le constatent les journaux de l'époque, menaçait la vie de la comtesse de Tessé prise pour M"' de Polignac, délivrait avec violence des personnes arrêtées à cause des propos séditieux qu'elles avaient tenues, et les poissardes de Paris refusaient de porter le bouquet traditionnel qu'on offrait au roi à Tocc^sion de sa fête. •meiite La Chambre des Comptes et la Cour des Aides décla-

koût 1787. rèrent nulle et illégale la transcription faite d'office sur leurs registres. La première se plaignit qu'on n'eût donné connaissance <k à la Chambre ni du montant du déficit ni de celui des bonifications, en soutenant, suivant les formes constitutives de la monarchie, qu'une nouvelle nature de subside exigeait le consentement de la nation d. La seconde, après avoir réclamé les États généraux, constata que l'exil du Parlement était <k une peine infligée à de malheureux justiciables à la veille d'un jugement qui devait décider de leur sort. »

Les assemblées provinciales établies dès le mois de juin dans les pays où il n'existait point d'États, ne satisfaisaient pas l'opinion publique comme on l'avait

LOMfiNie NOMMÉ PREMIER MINISTRE.

é. Plusieurs Parlements critiquant la loi qui it la composition de ces assemblées refusèrent de ^gistrer et celui de Bordeaux ne craignit point iclarer illicite la convocation des États provinde la Guyenne à Limoges. Relégué à Liboume cet acte d'opposition, il rappela en Texaltant sa jite dans la question des alluvions, et signalant *chie qui envahissait le pays, demanda la réunion îtats généraux au moment même ou partait de 9B une vive attaque du Parlement de Paris contre inistère. En dépit de l'exil qui l'avait éloignée capitale, cette compagnie souveraine assura la n, dans un arrêté pris le 27 août, que ses malts ne cesseraient jamais de « réclamer auprès A les maximes nécessaires au soutien de la mo-* lie ; de lui représenter que les États généraux aient seuls sonder et guérir les plaies de l'Ëtat... a monarchie française serait réduite à l'état de itiame, s'il était vrai que les ministres... pussent ser des personnes par des lettres de cachet, des riétés par des lits de justice, des afTaires civiles iminelles par des évocations ou cassations, et ^ndre le cours des lois par des exils particuou des translations arbitraires... d peine cet arrêté était-il imprimé et répandu rtu des ordres de la Cour, que les Parlements mnes, de Grenoble, de Rouen, de Besançon, de }nse, de Pau, que la Chambre des comptes de pellier, que les officiers de la sénéchaussée de , que ceux des Eaux et forêts adhéraient aux proclamés et demandaient le rappel du de Paris. Au milieu de ce désarroi, le

Arièté

du Parlement

de Paris

Biégetnt

à Troyes,

S7 août 1787.

L'archevêque

de

Toulouse

nommé

premier minifti

18 août 1787.

ni.

242 LIVRE DEUXIËNB.

bruit courut que le roi allait nommer un premier ministre. L'archevêque de Toulouse fut effectivement élevé à cette haute situation qui permettait d'espérer que cette concentration de pouvoir dans une même main en augmenterait la force, mais ce calcul ne tarda pas à être déjoué par suite des convoitises et des vanités de ses collègues. Les deux maréchaux de Castries et de Ségur s'insurgèrent i la pensée qu'ils ne continueraient pas l'un à diriger la marine, l'autre l'administration de la guerre à leur guise et sans contrôle. Lis donnèrent leur démission, et Montmorin sollicita le titre de duc héréditaire comme compensation du tort moral que lui causait la suprématie attribuée à Brienne. Aucun de ces personnages ne semble du reste comprendre la portée de la crise qui les domine. Lorsque dans uu Conseil il est question de conduire le roi en poste à Rambouillet par motif d'économie, Ségur s'écrie avec dédain : sûrement à franc étrier. Peu de jours après, son fils interrogé à l'Opéra sur les projets de démission du ministre de la guerre^ répond à haute voix en accentuant le langage de son père : « Je n'en sais rien, mais cela n'aurait rien d'étonnant, le roi se dispose bien à donner la sienne. » M. de Castries n'est pas plus clairvoyant. Dans une discussion avec les États de Bretagne qui entendaient choisir eux-mêmes les députés qu'ils étaient chargés d'élire, le ministre de la marine conteste cette prérogative, sous l'étrange prétexte que si les États se permettaient de ne pas accepter les per* sonnes désignées à l'avance par le souverain, on accoutumerait c les corps du royaume à plus obte* uir par la force de leurs instances que par l'attache-

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