‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 69 sur 245 · COUP DE CANON TIRÉ SUR LESCAUT · texte numérisé non relu

COUP DE CANON TIRÉ SUR LESCAUT

ntretint Marie-Antoinette des satisfactions que pournit exiger un prince fier de sa force ainsi déçu dans MMi orgueil. Mais l'intermédiaire sur lequel il croyait {loairoir s'appuyer était impuissant, et une lettre kwt rhistoire doit tenir compte nous apprend tout I la fois le peu de fondement de bien des accusatkms portées contre la reine de France, et le peu de valeur réelle qu'a souvent une personnalité royale lins le gouvernement d*un grand pays, a Je ne vous contredirai point, répondit Marie-Antoinette à son frère, sur le défaut de notre ministère. •• J'en ai parlé plusieurs fois au roi, mais il faudrait le bien connaître pour juger du peu de ressources et de moyens que me fournissent son caractère et ses préjugés. Il est de son naturel très peu parlant («te), et il lui arrive souvent de ne me parier des grandes affaires, lors même qu'il n'a pas envie de me les cacher. Il me répond quand je lui en parle, mais il ne m'en prévient guère, et quand j'apprends le quart d'une affaire, j'ai besoin d'adresse pour me faire dire le reste par les ministres, en leur laissant croire que le roi m'a tout dit. Quand je reproche au roi de ne m'avoir pas parlé de certaines affaires^ il ne se fôche pas, il a Tair un peu embarrassé, et quelquefois il me répond naturellement qu'il n'y a pas pensé. Je vous avouerai bien que les affaires politiques sont celles, sur lesquelles j'ai le moins de prise. La méfiance naturelle du roi a été fortifiée, d'abord par son gouverneur. M. de La Vauguyon Tavait effrayé sur l'empire que sa femme voudrait prendre sur lui... M. de Maurepas... a cru utile pour son crédit d'entretenir le roi dans les mêmes

€ idées. M. de Vergennes suit le même plan, et peut- « être se sert-il de sa correspondance des affaires « étrangères pour employer la fausseté et le mcn- « songe. J'en ai parlé clairement au roi et plus d'une / « fois. Il m'a quelquefois répondu avec humeur d i (c comme il est incapable de discussion, je n*ai po i, « lui persuader que son ministre était trompé on t « le trompait... Sans ostentation, ni mensonge, je ^ € laisse croire au public que j'ai plus de crédit que i) a je n'en ai véritablement, parce que si on ne m'en ^ « croyait pas, j'en aurais encore moins. » %

Conseils Heureusement pour la France, Louis XVI avait un i

au roi mmistre, nous dirons presque un tuteur dont la pru- ^ uMe'wnon dences'étaitdévcloppéc par unelonguecxpériencedes j nbrl^w. affaires diplomatiques, a Ce n'est pas, dit Vergennes ^ dans cette occasion solennelle, le cas de discuter j la justice de la cause qui provoque l'orage... La que»- , tion importante à examiner et à décider, est : si la j France peut et doit voir impassiblement la république , des Provinces-Unies livrée à la discrétion de l'Empereur... Quand la Republique tiendrait encore au système d'opposition qu'elle a si persévéraihment suivi plus d'un siècle contre la France ; l'intérêt de celle-ci, sa dignité, ne lui permettraient pas de la voir froidement menacée de son entière subversion... Aujourd hui que la République désabusée de ses longues erreurs cherche à se rapprocher de la France, . . la ques tion n'est plus si on doit la secourir, mais de quelle manière le roi peut lui êtnesecourable. j> Puisénumérani les dangers d'une guerre, les réflexions que Toi

.onln!T' '"'"' ^' '"^'^ ^^"^ ^«^"^'«^ nécessité, i conseillait a son souverain d'entrer en eorrespondana

RÉVEIL DE LA QUESTION DE BAVIÈRE. 25 i

irecte avec l'Empereur pour conjurer une semblable ilamké. Louis XVI offrit sa médiation entre la Holnde et rAutnche, mais la tâche n'était pas facile. M. de Mercy, écrivait Vergennes, voudrait faire pas- T pour une agression le parti que les Hollandais ont Î8 d'ouvrir* leurs digues et d'inonder une grande endue de pays d. Il est nécessaire, ajoutait*il quelles jours après, « que la République des Provincesnies trouve dans le langage de Votre Majesté à In »ur de Vienne Taperçu d'une protection qui fixe sn infianceet la préserve du désespoir... Votre Majesté ignore pas ce qui se fait pour détourner la Républi* 16 de son alliance avec la France. Si ce point était obmi , toutes les difficultés qui semblent compromettre sûreté de la Hollande s'aplaniraient bien vite ». La défiance qu'inspiraient à Vergennes les visées Joseph n nbitieuses de Joseph II ne tarda pas à se justi- de u BaTièrc it. Essayant d'utiliser rinfiuence qu'il exerçait sur ario-Ântoinette, TEmpereur s'empressa de recour à ceUe princesse pour contrecarrer le ministre ni lavait deviné : (c Je veux bien vous confier, la chère sœur, lui mandait-il, pour preuve bien Mivaîncante que je suis fort éloigné de toute vue 'agrandissement du côté des Pays-Bas, que me rapelant il y a quelque temps, que M. l'Ëleoteor de iavière avait témoigné en plusieurs occasions beauoup de penchant à donner les mains à l'ancienne idée e l'échange de la Bavière, j'ai cru pouvoir lui denader, s'il était encore toujours dans les mêmes ispofiitions à cet égard, et comme il a témoigné periater à l'être, je lui «ai fait exposer les bases sur quelles je croyais que pouvait et devait être ap-

piiyé un arrangement équitable sur ce sujet... Si vous voulez en savoir quelques détails... le comte de Mercy pourra vous les communiquer. »

Ce projet^ qui n'était qu'une sorte de résurrection de celui repoussé par le traité de Teschen, ne pouvait obtenir la sanction des ministres français. Il n'y eût qu'une voix dans le Conseil pour exiger qu'un pareil échange n'eût lieu qu'avec l'agrément du roi de Prusse. <c Quoique dans le chagrin et ragitation que me donne l'état des affaires, je ne suis guère en état d'écrire... je veux vous dire un mot de ce que je vois, répondit la reine à son frère... J'étais enchantée de votre dernière lettre, je l'avais lue au roi qui en avait été touché. Il est vrai que M. de Vergennes, à qui je l'avais lue aussi, m*y avait paru froid et indifférent, et avait probablement déjà pris son = parti. Sa conduite est un tissu de fausseté, de faiblesse et de crainte des propos de ce pays-ci. » ?

Obligé de ménager une opinion publique devenue chaque jour de plus en plus exigeante, aussi soucieuse de réformes de tout genre que de l'honneur national, aussi portée à sympathiser aux souffrances des peuples étrangers qu'à celles de son propre pays, Vergennes ne pouvait répondre que par le silence aux vivacités d'une princesse plus habituée à suivre l'impulsion irréfléchie de son cœur que les froids calculs de la raison.

M écrits Linguet, panégyriste paradoxal de faits contra-

» Mini^u dictoires, venait à peine de défendre l'acte oppressif pdecLioa d® l'Empereur qu'il trouvait conforme au droit na- TEscaut. turel, qu'à son tour le comte de Mirabeau examinait cet événement au point de vue des intérêts del)

MIRABEAU ET LE CâSAR DE VIENNE. 253

republique de Hollande, et projelail à celte oecaBion la lumière sur toutes les questions qui agitaient les esprits de son temps, oc Parmi les Français qui liront oe livre, écrivait-il dès les premières lignes, il en est qui» remarquant mon nom dans le titre, diront... Le voîlà cet homme incendiaire, qui n'aime ni le despolisme^ ni les lettres de cachet, ni les prisons d'État, ni le patriciat, ni les décorations, ni les traités de parlige. . . I II conseille. . • la révolte et le carnage x^ . Après cette exclamation Mirabeau entrait ainsi en matière. L'Empereur veut rendre à ses sujets Brabançons la liberté de l'Escaut. . . Les Hollandais sentent qu'il s'agit de conserver ou de perdre leur prospérité et même que leur existence est compromise. Ils paraissent résolus à repousser les prétentions de l'Empereur. . . Seront-ils secourus delà France ? Ils s'en flattent... On ne peut que gémir en pensant que nous sommes au moment de voir toute l'Europe en feu pour empêcher les marchands d'Anvers d'expédier leurs propres navires, chargés dans leur port, et de les y recevoir venant des autres parties du monde... Les événements nous entraînent et dans la circonstance ils doivent nous entraîner... L'intérêt des peuples est rarement de changer de maîtres, ou du moins d'en recevoir des mains de la victoire. S'il est des révolutions utiles, ceeont les secousses intérieures qui forment des honmies, qui les mettent à leur place, qui... instruisent les nations... qui rarement^ mais quelquefois écrasent le despotisme ou du moins le rendent circonspect. Voilà les révolutions utiles et non pas les conquêtes, et les traités de partage

a qui lèguent des peuplades entières comme de vils <

« t roupeaux à d*impitoyables bouchers Ceux i)ui ;

« conseillent à la France d'abandonner Ift Hollande... i

a Ont-ils pensé à cette coalition du César de Vienne £

« ctdelaZénobiedePétersbourg,commeditM.Lia- i

a f(oet....? L'Empereur passe pour un homme ar- ^

a dent sans suite: agité d'idées et de turbulence, i

a sans système et sans ordre, et dont ractivité res- i

a semble souvent au délire. On dit que sesgrapillagci k

« ne sont pas des épargnes; que ses Étals sont in w

a camp, et ne sont pas un royaume ; qu'il connait i

« Tagiotage et n'a point de fînances; qu'il fait Texer- i

a cice et ne sait pas la guerre... Semblable à cet ;

«( enfant qui voyait la lune au fond d'un puits et qui i

« disait... J^v^ux /a 2ttM... L'Empereur dit :j«Mtu i

/i du commerce sans savoir ni comment ni pqr où... j

a II veut le commerce et il est ennemi de la liberté...

(( On ne trouverait pas dans le code de l'Inquisition

c( une loi plus terrible que son édit contre la liberté

« de la presse. Les Anglais ont appelé cet édit la

ff boutade d'un despote irrité de la contradiction,

c L'Empereur veut le commerce et il défend sow les

« peines les plus dures à ses sujets de quitter le 8ol

« que déshonorent leur misère et leur esclavage...

ce L'Empereur est riche en phrases, et il fait beaucoup

(c de mal . Il écrit des maximes et il coDEimet beaucoup

(c de violences... Applaudissons-nous de ce que le

(( ministère français protège encore la liberté.. •

<( Demandons-nous si cette liberté sainte compte

a déjà trop d'asiles sur notre globe, et si Feu p^ut

(î sans crime ftiire des vœux pour qu'elle soit expul-

(c sée 4'u>n des trois cantons de l'Europe oà il en

ARROGANCE PI»(SS9TANTK W JOSEPH 11. 2o5

<( existe encore quelque^ paroellea?.,. L'interdicc iion de TEscaut a eu dans rorigine des causes s étrangères aux intérêts de la Hollande... Ce n'est ( point, comme on. l'a tant dit, de jalousies de com- ( merce, de rivalités de marchands dont il s'agit entre t l'Empereur et les Hollandais. Il s'agit du salut réel, c de Feiistence physique, comme de la liberté et de I l'indépendance des Provinces-Unies. »

Plus Louis XVI insistait pour obtenir de son beau* frère le maintien de la paix, plus Joseph II devemit arrogant dans ses prétentions et ses convoitises. Joseph U esûgeait Maastricht avec une telle ténacité que le roi de France placé entre l'Autriche prête i entror en campagne, et lea Hollandais décidés à ne pu céder finit par écrire à Vienne : « Cette forteresse [nraÎBsant aussi indifférente pour Votre Majesté que oéo^ssaire aux Hollandais, la république pourrait & wgfi^er à vous remettre la ville, les forts et le territoire. Par une stipulation. Votre Majesté promettrait de les tetrooé^ aux Hollandais à des conditions pé* caniaires arrêtées à l'avance et dont je garantirais l'exécution^ «'il le fallait. Cette ouverture ferait cesser le motif d'une guerre qui répugne à rhum.anité. »

La proposition de réparer une injure plutôt fietive.que réelle par le paiement d'une sorte d'amende rendit iounédiatement à l'Empereur l'espoir de ressusdter ses anciennes visées d'annexions, a Cette prétention sur Maestricht, répondit*il, se fonde sur an titre dea plus positifs, savoir les propres mots èi traité de t» Haye, 1673. Vous sentez... que Targent comftant ne peut être mis en balance avec de sembblilee dn^» et qu'il ne ferait j^irais un

Efforu

etsaeriflcM

de 11 France

pour obteoir

le mtiDtien

de U ptiz.

objet de sitisfaction convenable de ma dignité. Pour vous témoigner néanmoins la plus grande déférence possible Je veux bien, mais uniquement si réchange peut avoir lieu en même temps, me prêter pour lors à adopter votre proposition à l'égard de : Maestricht , puisque mon intérêt pour oette ville ; cesserait. » Le désir de Joseph II était d*obtenir ta ratification de l'échange par la France sans que le roi de Prusse fut consulté. « Toutes les volonté i réunir, écrivait-il à Versailles, se réduisent seul»* ment à trois personnes , savoir : TÉlecteur Palatin, le Duc des Deux-Ponts et son frère, le prince Manmilien Le consentement de l'Empire y est d'autant moins nécessaire, que il n'y aura par là aucun changement quoique Ton ne puisse prévoir

ce que le roi de Prusse en pensera , néanmoins (I y a bien de la probabilité quMl ne tenterait rien d*ho§* tile, dès qu'il saura positivement que vous approv* vez ridée. )» Mais une pareille conduite à l'égard d'une puissance qu'il importait de ménager pe poovait convenir à la France, et Yergennes faisant entrevoir la rancune qui naîtrait d'un semblable procédé, rappela oc combien le royaume avait perdu de sa considération par le partage de la Pologne dont on ne lui avait pas donné connaissance, y^ A dater de ce jour les négociations se prolongèrent sur un ton de mauvaise humeur et de chicane bien propres à faire éclater des hostilités, contre lesquelles se prémunissait mollement le cabinet de Versailles en che^ chant, par l'organe du maréchal de Castries, le général qu'il serait utile d'envoyer aux Rottandais. Las de ces fastidieuses discussions, Vergennes con-

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