‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 79 sur 245 · TROUBLES DE PARIS · texte numérisé non relu

TROUBLES DE PARIS

jouissances populaires, tumultueuses mais inofiensives, quand le 1*' octobre au soir une quantité d'agents subalternes attachés au Palais obligèrent les propriétaires de la place Dauphine à illuminer leurs maisons et construisirent un bûcher sous leurs fenêtres. Ils traînèrent à la suite de ces préparatifs un mannequin sur la poitrine et le dos duquel ils avaient inscrit le nom de Galonné, et en présence de cette image d'un ministre détesté, une voix s'éleva, proclamant que l'ancien contrôleur général était condamné <c par le

< tribunal de la nation à être brûlé et ses cendres

< jetées au vent :

« 1** Pour avoir mis le désordre dans les finances, ayant usé du Trésor royal comme du sien propre ; f 2"* Ayant dissipé les fonds dudit Trésor, soit en laissant voler ses subalternes, soit en prodiguant à ses amis des pensions et gratifications et surprenant la religion du roi*. . pour faire passer les fonds de la France à l'étranger, laissant la reine dans la persuasion qu'elle pourrait, sans nuire à son fils ni perdre l'amour de la nation , envoyer à son frère plus de cent millions en trois ans. Pour avoir été le principal moteur de l'agiotage..., pour avoir suborné les femmes de ceux qui sollicitaient des places. •«, pour avoir voulu mettre la mésintelligence dans les ordres de l'État... , pour avoir fait un traité de commerce avec les Anglais, de qui il a reçu de moitié, avec M. de Vergennes, 3,400,000 livres. t> Averti par le préfet de police, M. de Crosne, que les émeutiers après avoir brûlé les mannequins de Calonne^ de M. de Breteuil, après avoir jeté par les

LIVKK DEUXlËllb;.

fenêtres ceux de M"' de Polignac, de M°* Lebrun, devaient s'attaquer à la reine, le Parlement rendit un arrêt contre les attroupements. Cette décision épargna une injure à Marie-Antoinette, mais ne mit pas un terme à la propagation de calomnies que dément toute la correspondance de cette reine. Ses sentiments affectueux de famille et son inoffensive et impuissante approbation donnée aux vues ambitieuses d'un frère furent transformés par le public en actes coupables réellement accomplis, et les inventeurs de nouvelles, changeant de vagues soupçons en certitudes, racontèrent que le grand vizir s'était plaint à l'ambassadeur de France de la duplicité du cabinet de Versailles qui poussait les Turcs à la résistance et faisait passer de l'argent à leur ennemi Joseph II. Ineptes accusations qui allaient jusqu'à montrer la reine acceptant des présents pour les grâces accordées à ses courtisans, ineptes accusations qu'accréditaient aux yeux du vulgaire des caricatures semblables à celle qui représentait Marie- Antoinette assise à côté d'une table sur laquelle se trouvaient huit palettes de sang que Galonné venait de tirer à la France expirante. La reine tenait l'assiette pour recevoir la neuvième, quand le comte de Provence survenant avec une compresse bandait la plaie.

Ces attaques malveillantes qui, revêtant toutes sortes de formes et invoquant toutes sortes de prétextes, sont des indices aussi certains des préocupa* tions d'un peuple que la dépression du baromètre à •eptembro 1787. Tapprochc dcs tempétcs, rencontraient de nouveaux

aliments dans la défense faite aux magistrats de con-

CaloBoe

repousse

dans

Boe requête

au roi

les aocusaUoot

du Parlement,

itiOUÊTÉ OfE CALONNE AU BOL

pèàrsuites entamées contre Galonné et dans ibn d'un mémoifë justificatif adressé au roi itMleur général.

i^exagérés, d'injustes et sanii foAdeffiëtit l'incriminait le Parlement en matière d'acet d'échanges, Galonné vantéKt ton opéra* refonte des monnaies d'or; il prétendait esures dues à son initiative, loin de éOtie provocation à l'agiotage, àvaieiit pour Atien du crédit de rÉtat, et que l'extension X emprunts était une nécessité s'impô^nt • Galonné allait jusejti'à d'emporter contre ue de Toulouse, dont il signalait les visées is, et repoussant comme éhlmériques lés is relatives à la dilapidation des financés lait à son successeur d'avoir dénigré sôtl tion auprès des Notables dalâ^ un ébHt A se trouvaient n autant dé mérteôiiges îÉes, autant de perfidie que dei fïiisonne-^ iM de faits altérés que de faits dtéSy et pluâ Éè dans aucun des libelles qui aient jamais irauroi. »

^ à la publicité de cette requête^, rsifehe^ Kulouse ne fit rien potir 6û gëMt }k dis- Hl{ge décision, qui lui vàluf aussitôt tine Sfenseu^s officieux. Utt MéÉiéire, attribué Appela le procès intenté à Galonné par s'inonnaies au sujet de la i^éftinte des louis eèsayeur de la Motmaid de Strasbourg, |8è Tàbbé Terrai faisait chatottilter ie rétmt-^ire écorner légèrement Ibâ lotdâ, fité donné par Galonné aux directeurs

Réponses

faites

à la requête

de CiàluDae.

des Monnaies d'admettre tous les louis fabriqués depuis 1726 au taux de ceux altérés par Terrai, mesure qui avait fait subir au public une perte de 7 millions dont n'auraient profité en apparence que les directeurs. La question des échanges, soulevée à propos du comté de Çancerre, entraîna la publication d'un ouvrage en deux volumes sur les concussions de Galonné, accompagné d*une délibération que la petite ville de Saint-Mihiel avait adressée aux Notables à Tappui de la dénonciation de Lafayette. Enfin Carra se proclamant l'auteur du libelle que l'ancien contrôleur général des finances avait imputé à Loménie avec tant d'aigreur, prit soin de le faire réimprimer, révélant ainsi au public « des détails sur la manutention de ce ministère» et sur le gaspillage des finances, avec noms, surnoms, qualités, circonstances et dépendances » .

Il y eut à Paris une sorte d*attente pleine de curiosité et d'espoir à la nouvelle de l'arrivée de Mirabeau. Fier de sa force et irrité des persécutions qu'il avait endurées, il reparaissait dans la capitale presque sur l'invitation d'un gouvernement aux abois, a L'opposition , confiait-il à un de ses amis avant de quitter le lieu de son exil, crie aussi fortement en ma faveur qu'on puisse crier chez nous, c'est-à-dire assez bas, mais pas tellement que ces rumeurs combinées avec mon absence, qui effraie plus que ma présence, n'en imposent à la partie du gouvernement qui m'exècre, parce qu'elle n'a pas pu me corrompre, et déjà on fait des avances auprès de moi..., mais il faudrait savoir avant tout ce qu'on veut faire d. Sa première parole en apprenant ce qui se passe est un mot de décou-

Page 1