‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 80 sur 245 · LETTRE DE MIRABEAU A SOUFFLOT · texte numérisé non relu

LETTRE DE MIRABEAU A SOUFFLOT

ement : a Je suis rendu, exténué de mon voyage, je trouve pour confortatif toutes les horreurs de )probre et de la démence, conspirant pour enutir mon pays. Il est impossible à un homme qui ise et qui sent^ de n'être pas consterné, et il n'est \ donné à la sagesse humaine de deviner le terme s'arrêtera tout c^ci. »

L'archevêque de Toulouse, tout en appréciant à r valeur les conseils d'un homme qui exerçait une laute influence sur l'opinion publique, craignait nlrer en relation avec lui de peur de tomber sous domination, car Mirabeau ne pouvait jouer le e d'un simple donneur d'avis ; il ne pouvait ser- , comme il l'écrivait à Montmorin, qu'un ministre ihant ce se l'approprier par la communauté des Dcipes et le lien des bienfaits, i> en eiïet, ajout-il, « jusqu'au moment où le sort disposera de m père, mon existence et ma fortune ne peuvent e l'ouvrage que de moi seul ou du gouvernement, d premier ministre, d'un caractère doux et conciit, redoutait une nature ardente que le moindre »iccord dans l'appréciation des événements en prédation risquait de jeter dans le camp de ses adverres et de ses ennemis. Il eut voulu voir Mirabeau, 18 se lier par une démarche, comme un homme monde que l'on rencontre dans un salon ; mais rabeau, depuis son retour à Paris, se gardait de lir à Versailles, ce Que voulez-vous que j'aille y re^ mandait-il à M. Soufflet, l'un des familiers de rchevêque de Toulouse, moi, fier de mes services, mes forces, de mes fautes, peut être, puisque folies d'une bouillante jeunesse ont été le premier

Lettre

de Mirabeau

à Soufflot

sur les

affaires

politiques,

4 octobre 1787.

2^2 LIVUE DEUXIËMIÎ.

aiguillon qui m'a pressé de payer à mon pays un tribut noble et généreux? Que voulez-vous que j'aille faire dans un lieu où Ton croit avoir tout dit sur moi en s'écriant : Il a un grand talent, quel dommage !... où je suis décrié par cela même qui m^honore, redouté par mes services, desservi par mon talent; où j'ai été désobligé non seulement en faits, mais en paroles,... par votre ministre... qui ne peut pas ignorer qu'on n'asseoit une grande réputation que sur de grandes calomnies. Et qu'avait-il à me reprocher, lui? d'avoir contribué à détrôner l'homme (Galonné) sur les ruines duquel il s'est élevé à la puissance suprême? d'avoir professé des principes qu'il veut, dit-il, mettre en loi..., d'avoir démontré que l'implacable ennemi de toute autorité, de tout crédit, de toute place, qui ne sont pas siens (Necker), n'avait de grand que son charlatanisme et son ambition... Je ne me cache pas d'être attiré, d'être séduit par les circonstances qui promettent un beau jour à ma patrie, • . • mais loin de moi la pensée de m'oCfrir i qui n'a pas de desseins de moi connus, de moi avoués ; loin de moi l'imprudence de demander de la confiance à qui n'a pas encore la mienne... Laissez-moi à mon obscurité, parce que mon dessein est d'y rester invariablement, jusqu'à ce qu'il sorte un ordre de choses régulier du tumulte où nous sommes, et que qne^ue grande révolution, soit en bien, soit en mal, ordonne à un bon citoyen d'élever sa voix. Cette révolution ne saurait tarder. Le détroit où se trouve engagé le

vaisseau public est également court et difficile Je

ne vois qu'impéritie et fluctuation au contrôle général, inquiétude et pénurie au Trésor, méfiance et

PÉNURIK DU TRÉSOR. 283

discrédit dans le public, au sujet de l'emprunt sans lequel vous ne pouvez cependant ni vivre ni à peine finir Tannée... * »

Peu de jours après l'envoi de cette lettre où Mira- Emprunt beau déclarait, dans ses conseils, que (cla manière doute nâinoi de placer un emprunt et la manière d'en diriger " ^^^^^ *^ la distribution importait plus à son succès que ses conditions mêmes, » Tarchevêque de Toulouse autorisait la ville de Paris à s'endetter de douze millions remboursables en un an par voie de loterie. Les nouveaux hôpitaux à construire en sont le prétexte, dit un journal; cela ne donne pas a une grande idée des ressources en finances du ministre principal. » Réflexion grave qui montre ce qu'était devenue la confiance, cette force irrésistible et insaisissable qui défend, quand elle existe, les administrations

* Archives nationales, 0*483, Lettre du ministre de la maison du roi à M. de Ballalnvilliert, sur la disette des soies et les souffrances des onrriert de Nîmes, 12 août 1787. 0*498, Lettre du ministre de la maison du roi an prévôt des marchands de Paris sur les souffrances de la fabrique de Lyon, 9 décembre 1787. AD* 1080, Édit prolongeant le second yingtième pendant les années 1791 et 1792, octobre 1787. X*b8989, Enquête sur les blés fliite par le Parlement le 13 décembre 1788, signalant que quinze mille ouvriers d'AbbeyiUe sont sans ouvrage par suite du traité de commerce. — Mi-' moires de Mirabeau écrits par hU-même, par son père^ son onde et son fils adopîif, tomes IV, p. 440, 449 et suit. ; V, p. 20 et suiv., 27. — De la monarchie prussienne sous Frédéric-le-Grand, par le comte de Mirabeao, iii-8, Londrea, 1788, tome I, dédicace, préface. — Mémoires tecreis pour, servir à l'histoire de la république des lettres, tomes XXXV, p. 435 et suiT., 448, 449, 450; XXXVI, p. 22, 25, 26, 27,28 et suiv., 31, 34, 39, 53, 59 et suiv., 60, 75, 78 et suiv., 80, 82 et suiv., 103, 118, 125 etsniv., 127, 130, 144, 154, 166, 205, 217 et suiv., 241, 258 et suiv. — The Joumatand correspondance of WUliam lord Auhland^ 1. 1, p. 277, 428, 432, 435. — Annales françaises, par Guy-Marie Sallier, p. 102 et suiv. — Recueil des anciennes lois françaises, par Jourdan et Isambert, tome XXVHI, p. 432, 434. — Correspondance secrète inédite, publiée par Lcseore, tome II, p. 183, 218.

284 LlYIlli; DEUXIÈME.

les plus vicieuses. La nation ressemblait à une armée dont les soldats n'attaquent pas encore leurs officiers, mais n'exécutent aucun de leurs commandements. Il était sinon impossible, du moins fort diflicile, dans l'état de fermentation des esprits, de rétablir ces bons rapports réciproques qui, en temps ordinaire forment un lien entre les citoyens et créent une succession de prêts et de remboursements journaliers aussi importante à la vie d'une société que les pulsations du pouls à l'existence d'un individu.

La question fmancière dominait toutes les autres, parce qu'avec des linances détruites la paralysie s'étendait partout et les ressorts de l'administration se brisaient dans les localités les plus petites comme dans les villes les plus importantes. Il était clairement démontré par la logique des faits que dans la lutte engagée entre les ministres et les Parlements le pouvoir resterait à celui des deux rivaux qui réussirait à mettre la main sur les revenus fournis par les impôts.

Persuadé qu'au moyen de la magistrature il obtiendrait ce que le bon sens populaire a appelé h nerf de la guerre, Loménie laissait percer en toutes circonstances son désir de s'entendre avec elle. À un compliment du conseiller d'Éprémesnil, le félicitant d'avoir rétabli par le retour du Parlement à Paris l'union entre l'autorité suprême et l'ordre judiciaire, le premier ministre répondait : a Ce n'est pas une union passagère, c'est un véritable mariage. > Ce furent des avances de ce genre qui, suivant toute probabilité, furent le point de départ d'une conversation

D*ÉPREHESNIL CHEZ LAMOIGNON. 2S5

importante entre d'Éprémesnil et Lamoignon que le conseiller au Parlement, Sallier, prétend reproduire en ces termes :

ce Les États généraux sont devenus nécessaires et peut-être inévitables. Il ne faut pas se le dissimuler, s*i]s présentent de grandes espérances, ils pourraient aussi, si on n'usait d'aucune précaution» devenir une source de trouble. Convoqués dans un moment où les esprits sont encore agités, ils... augmenteraient le désordre. Le Parlement, par ce motif, est disposé à s'abstenir, quant à présent, de toute instance pour leur convocation. Que le roi annonce les États généraux pour une époque éloignée, un délai de deux à trois ans. . . Pendant ce temps, les besoins de l'État nécessiteraient encore des emprunts. Si on les présente d'année en année, il est à craindre qu'ils ne deviennent l'occasion de discussions fâcheuses... Que le gouvernement présente un plan de finances pour les deux ou trois années qui s'écouleront jusqu'à la tenue des États généraux, qu'il demande d'avance des emprunts pour chacune de ces années, le Parlement les accordera... Il secondera de toute son influence les soins du gouvernement pour affermir et assurer la tranquillité publique. De son côté, la Cour... pourra disposer les esprits, diriger utilement le choix des députés, et préparer ainsi dans les États généraux des délibérations calmes... }o

Sallier assure que Lamoignon donnant de grands éloges aux excellentes vues qui lui étaient soumises lesadopta sans réserve. Il va jusqu'à écrire : a d'Éprcmesnii m'a dit que le garde des sceaux joua la comédie jusqu'à pleurer pendant cet entretien, »

puis» continuant sa narration, ajoute (ce qu'il ne pouvait savoir) : a qu'aussitôt d'Éprémesnil retiré, Lamoignon courut chez Loménie lui faire part de ce qui venait de se passer, et rire avec lui de la simplicité d'un magistrat leur offrant plus qu'ils n'eussent osé demander. :» Entremêlant son récit de réflexions sur les craintes ombrageuses qu'inspirèrent toujours à la magistrature les relations de ses membres avec les ministres, Sallier soutient que Lamoignon et Loménie affectèrent de divulguer la visite qu'ils avaient reçue, et les accuse d'avoir répandu le bruit d'une nomination prochaine du conseiller d'Ëprémesnil à un poste de maître des requêtes et à une intendance; prélude perfide de la guerre à mort méditée contre le Parlement, observe-t-il dans sa conclusion.

Cette narration porte trop l'empreinte d'un de ces récits de convention imaginés dans les mélodrames pour être vraie; elle n'offre aucun caractère sérieux, et d'Éprémesnil avait causé des embarras trop graves pour que des ministres se fussent permis un acte qu'on pourrait qualifier de véritable espièglerie, s'il se fût passé réellement. L'archevêque de Toulouse, dans le fragment de ses mémoires secrets révélés par Soulavie, déclare que le Parlement exigeait, comme prix de son appui, par l'intermédiaire du comte d'Artois, la restitution de ses anciens privilèges. Entre Sallier cherchant à amoindrir la responsabilité encourue par les magistrats dans les événements qui vont se précipiter, et Loménie qui soupire après un moment de répit et espère l'obtenir, se place heureusement pour l'histoire une lettre du comte de Mirabeau, propre à nous initier aux ardeurs de l'opinion publique

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