‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 83 sur 245 · LETTRE DE MIRABEAU A MONTMORIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE MIRABEAU A MONTMORIN

à Sa Majesté du bien public en lui proposant do réaliser rinfame vœu de Galigula. Car, n'est-ce pas tuer deux cent mille citoyens d'un seul coup, que de les réduire, par le même arrêt à l'exécrable alternative de mourir de faim ou de vivre de crimes... ? Laisser ses sujets mourir de faim ou les y forcer..., c'est avouer qu'on n'est pas capable de les gouverner. . . Que deviendraient alors tant de malheureux aiguillonnés par le besoin irrésistible de leur conservation. . . , quelle terreur n'inspirerait pas ce peuple d'infortunés auxquels tous ceux qui n'ont rien à perdre courraient se Joindre? Pourraient-ils ne pas être les ennemis incendiaires de l'Etat et surtout du roi? Le fanatisme de la propriété ou celui de la misère sont-ils moins ardents que celui de la religion?... Le fantôme eflrayant de la banqueroute ne doit jamais apparaître que précédé de l'inexorable nécessité. Il faudrait prouver que nous manquons de ressources pour le présent et l'avenir... i toutes choses si éloignées de la vérité qu'il serait ridicule d'en faire un objet de discussion. . . Le forfait qui se prépare, et qui achèverait de nous perdre de considération en Europe, où l'on ne regarderait plus nn pays sans armée, sans finances, sans honneur que comme la proie du premier occupant, le forfait qui se prépare n'est pas seulement absurde, il est heureusement inexécutable... Il est évident que les parlements qui ont à se reprocher l'enregistrement de tant d'impôts, voudraient expier leurs fautes passées... Que faut-il donc faire? Annoncer en termes précis et solennels pour 1789, les États généraux dont on

« ne peut plus se passer... Par un ajournement quela a force des choses ferait bientôt rétracter..., on ne <c ferait que perdre le fruit d'une proclamation aussi « auguste... A ce seul mot, les Êlats généraux en « 1789, on verra renaître le crédit... Voilà les deux a partis entre lesquels le Conseil aura bientôt à d choisir..., ou un coup d'État criminel et îniiniment 9 périlleux, ou un acte de bienfaisance indispensa- « blement nécessaire... Je jure, M. le comte, devant ce ma conscience et à la face du ciel, que voilà ce que «c l'on peut dire de plus calme^ de plus modéré, de <t plus éteint sur Tétat des choses où l'inconcevable a impéritie du ministre principal nous a conduits. « Voilà ce qu'on peut pronostiquer au roi de moins a sinistre. Déshonorés au dehors, furieux au dedans, c( en dérision aux autres^ en horreur à nous-mêmes, fc dangereux seulement à nos chefs, tels nous allons <c être, si le roi montre seulement l'intention de (c manquer à ses engagements..., qui osera répondre (c des suites pour la sûreté personnelle de tout ce « qui entoure le trône et du roi lui-même?... dites c( cela et nos intrépides Ërostrates frapperont bientôt « la terre de leur front pâle et livide, et vous, non (C seulement votre dette sera acquittée, mais votre (C considération sera centuplée. . . Le temps n'est plus a où la faveur d'un roi suffisait à faire le renom d'un « ministre, sa disgrâce ou l'anéantir... C'est la naa lion désormais^ c'est la nation qui fera seule les Cl fortunes politiques... Prenez un parti dans votre a conscience, plus encore que dans vitre sagesse. « 11 est des moments où le courage est prudence, ôff' a les ménagements sont un crime, où le silence est

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