SITUATION DES JUIFS EN FRANCE
de janvier 1784, qui décidait Tabolition des tarifs de sitoaiion péage assimilant un juif à une tête de bétail. Les en- eeqa'îi fants d'Israël n'avaient point à se préoccuper des kui^ToM dispositions réglant leurs mariages que le dédain méprisant dont leur race était l'objet protégeait plus que l'esprit d'équité ; mais le droit de posséder, le libre exercice du commerce accordé aux Français de toutes croyances, devaient d'autant plus leur profiler que ce droit était sans cesse contesté avant cette législation nouvelle, ainsi que nous le montrent une infinité d'exemples analogues à celui de Jossada Crémieu, né à Carpentras et habitant Arles depuis quarantecinq ans. Ce juif avait obtenu en 1771 un brevet d'épicier qui lui fut retiré lors de la résurrection des Jurandes, et en 1784 implorait vainement la grâce de reprendre son ancienne profession. Désirant vers celte époque assurer l'avenir de sa famille en immobilisant une partie de la fortune qu'il avait acquise par son travail, il parvint à se faire délivrer des lettres patentes qui furent précédées d'une minutieuse enquête sur ses mœurs, sur ses procédés commerciaux, lettres dont la conclusion favorable à Crémieu révèle en ces termes la dureté des lois et les extorsions qu'elles toléraient.
Considérant « qu'il se trouve possesseur d'une fortune assez considérable dont il voudrait employer une partie à l'acquisition de biens-fonds..., mais que ses enfants à qui il désire en assurer la jouissance s'en trouveraient privés après sa mort, si nous ne daignons lever en leur faveur les prohibitions portées à cet égard par les lois...; ledit exposant nous a supplié de lui accorder nos lettres, sur ce nécessaires, sur
l*o(Trc qu'il a faite de donner une somme de 3,000 livres pour en être fait tel emploi qu'il nous plairait ordonner. » Le juif Goldsmith fui moins heureux ou moins généreux. Il croyait avoir obtenu à titre de faveur exceptionnelle la permission de tester, lorsque le ministre de la maison du roi se ravisant lui conseilla de placer ses biens sur la tête de ses neveux et nièces. On pourrait encore citer en 1788 un tailleur d'habits, Isaac Monte! I, auquel la communauté des tailleurs de Nîmes refusait la maîtrise. Le ministre de la maison du roi ayant à statuer sur des démêlés analogues, informe Tintendant du Languedoc Balainvilliers (c que deux juifs à Paris ont demandé leur admission dans le corps des marchands, et qu'il a été décidé que, conformément à Tarticic 37 de F'édit du mois de novembre 1787, les juifs doivent se soumettre aux lois particulières sous lesquelles il leur est permis de vivre en France, » c'est- à-dirc que la loi consacrant leurs droits était en réalité annihilée avec l'approbation du ministre qui aurait dû exiger son respect *. Ainsi la jurisprudenceallaitpoursatisfairedesintérêts égoïstes favoriser le monopole et détruire en partie les principes d'une loi raisonnable, admise du reste avec tant de répugnance par le Parlement, qu'il en diiïéra pendant plus d'un mois l'homologation *•
< L^article 37 de l'édit de novembre 1787 est ainsi conçu : «N'entendons au surplus déroger par noire présent Ëdit, aux concessions par nous fiiites ou les rois nos prédécesseurs, aux luthériens établis en Alsaec, non plus qu'à celles faites à nos autres sujets, auxquels Tcxereica d'un« religion diiïérente de la religion catholique a pu être permis dans quelques provinces ou villes de notre royaume, à l'égard desquels les règlements eontinueront k être exécutés, n
2 Archivet nationales, K IGO, Discours prononcé k Versailles par Karcbevéque de Narbonne à la clôture de l'assemblée du clergé, la 27 jnil-
LE PARTI OORLËANS.
L'impuissance à laquelle le Parlement condamnait le ministère, en repoussant à la fois les impôts qu'il proposait et en lui contestant le droit d'augmenter, proportionnellement aux revenus des particuliers, le chiffre de ceux qui existaient, conduisait à une de ces situations violentes et illogiques, qu'un appel à la force pouvait seul dénouer. Chacun des deux antagonistes oubliant sa part de responsabilité dans l'ex-
Ift 1788, impHméde iv pages in-8. K 161, Édit concernant l'état civil de ee«x qai ne profeisenl pas la religion catholique, novembre 1787. 0' 1^5, Êdîl exemptant les juifs des droits de péage corporel, janvier 1784. 0* 157, Lettres patentes permettant au sieur Crémieu, juif, de posséder des biensfonds dins le royaume, février 1785. 0*4^5, Le ministre de la maison du roi à Galonné sur le péage corporel des juifii, 9 avril 1784. 0*479, Le ministre de la maiiton du roi.au comte de Vergenncs, 2 août, 12 septembre 1783; à M.'de La Tour. 3 décembre 1783. O<480, Le ministre de la maison da roi à M. de Cypierre, à M. de Saint-Priest, à l'évéque de Valence, an garde des sceaux, à M. deNéville, au comte de Monteynard, au comte de Périgord, 22 janvier, 3 mars. 4 et 11 a^^nt, 16 décembre 1784. 0*481, Le ministre de la maison du roi au garde des sceaux sur la demande du juif Crémieu, 24 mars, 4 avril 1785. 0<482, Le ministre de la maisen du roi an comie de Périgord, 30 juin 1786. 0*483, Le ministre de la maison du roi au comte de Torington, à M. de Balainvilliers, 25 mars, 3 août, G octobre 1787. 0*484, Le ministre de la maison du roi à M. de BalainTilliers, 4 octobre; à M. de Chevilly, 29 mai, 12 octobre, 22 décembre; au garde des sceaux, 3 et 20 avril, 12 mai 1788. 0*485. Le miaisire de la maison du roi au garde des sceaux; à M. de Chevilly; au comte de Périgord; k Pévèque d'Uzès; à l'évéque de Ntmes; à Tévéque de Nayon, 7 janvier, 5 et 29 man, 7, 16 et 20 mai, 13 juin 1789; sur les mariages mixtes; sur les cimetièrei»; sur réieclion des protestants comme consuls; sur les maîtres d'école protestants. 0*495. Le ministre de la maison du roi à M. Lenoir, 5 janvier 1784, sur le juif Goldsmitb. X*" 8987, Réponse du roi au Parlement au sujet de Tétat civil des non catholiques. ^Œuvres complètes de Voltaire^ XLVll, p. 124 et suiv. — Mémuircj di la haronnê d*Oherkirch, tome II, p. 382. — Mémoires secrets pour servir à Vkiêioire de la République des lettres, tomes VI, p. 50, 62, 79, 80. 168, 172 et suiv.; XXXIV, p. 118, 206, 208; XXXVI, p. 153, 177, 183, 191 et suiv., 196, 200, 221, 235, 230. — Correspondance secrète, pibhèe fMr Lescnre, tome II, p. 15i, 207, 211, 224, 2>7. — RecueU des anciennes lois françaises^ par Jourdan Isambert, tome XXVllI, p. 472 et suiv. — Annalss politiques et ciriles, de Linguet, tomes V, p 70; X'V, p. 44 et suiv
loventiun du parti dit d'Orléaoi
3?8 MVRK DKUXIEME.
plosioli d'une crise quMl redoutait essaya de la rejeter sur son adversaire et, ne pouvant échapper aux conséquences de ses actes, créa, par une sorte de connivence tacite et involontaire, un bouc émissaire chargé, comme le raconte Thisloire du peuple d'Israël, de porter au désert les malédictions méritées par ses fautes. C*est ainsi que des magistrats, troublés à la vue des résultats qu'allaient entraîner leurs résolutions, en rendirent responsable un coupable imaginaire, c'est ainsi qu'une société inquiète de l'avenir, acceptant une de ces conceptions bizarres qui hantent parfois l'esprit humain, attribua quelque pouvoir à cer taine combinaison de chiffres ou de mots, ou à la manière d'exécuter certains actes. Les agriculteurs, soldats et ouvriers romains quittant le mont Âventin pour reprendre le joug qu'ils avaient secoué, dans la crainte de ne pouvoir former une nation sans la connaissance des rites et des prières des ancêtres possédée par les seuls patriciens, trouvèrent des imitateurs chez des Français convaincus de l'absolue nécessité pour un peuple d'avoir un chef appartenant à une famille spéciale et y occupant un certain rang *. Une foule de citoyens qu'unissaient à leur insu des opinions communes, poussés par une défiance instinctive et craignant qu'un jour ou l'autre le roi ne vînt à disparaître et ne les privât de l'amulette nécessaire selon eux à la tranquillité de leur pays,se mirent à chercher le successeurlégal du prince qui pouvait leur manquer et pensèrent au duc d'Orléans. Autour de ces citoyens désintéressés se groupèrent ceux qui espéraieut tirer
* Voir dins la Cité Antique, par Fustel de Coulanges, în-l?, Paris, 1$70, page 3i7 et auiv., l'exposé de la lutte de la plèbe contre te pttrieiat.