‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 91 sur 245 · LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LE DUC D'ORLÉANS

brtunc au milieu de sa vie excentrique et dissipée ichaienttrop avec l'habitude de tant de princes qui ient leur gloire à dépenser sans compter et sans quiéter de la source de leurs revenus, pour ne pas lire descendre de l'espèce d'Olympe où vivaient ses 5îls, au niveau des autres humains. Les Parisiens naicnt sa conduite à l'égard d'une épouse respece et respectée, ses procès avec les propriétaires des sons avoisinant le Palais-Royal; ils le traitaient /are, et malgré leurs critiques lui savaient gré de lager leurs habitudes d'esprit. Aussi lorsque le duc rléans en faisant acte d'opposition montra qu'il était ^mmunion d'idées avec la nation, il conquit imliatement la popularité. Dire à ce propos que ce ice vu de loin s'était grandi, contrairement aux les de l'optique, c'est exprimer avec justesse la pension qu'ont souvent les peuples à s'incarner scertainspersonnages.Cette tendance révélée plus né fois par l'histoire apparaît avec une remarquable cisîon en ce qui concerne le duc d'Orléans. Lartle nous le représente entraîné dans les troubles se préparaient plus par humeur que par ambition, ant des largesses pour être élu aux États généraux, Is refusant de se montrer dans les moments solen- I où le peuple portait son buste en triomphe, écri- A'sous la pression de ses amis une lettre au roi qu'il ttëntait le lendemain par une lettre au ministre Brc- IL Lafayetle nous montre les agents du duc d'Or- DS essayant de le sonder avec d'adroits ménagesis sur la question de la royauté, et recevant pour Àè Iréponse que la liberté était sa seule affaire^ et 5, puisqu'on voulait avec raison conserver un roi^ h

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titulaire actuel paraissait meilleur que tout autre. Le / Duc lui-même, ajoute Lafayette, abordant timidement p ce sujet, fit quelques ouvertures au général qui fei- 1 gnit de ne pas comprendre, de même que Bailly, i, lequel consulté confidentiellement^ garda le silence, y

Que conclure de cette attitude, de ces hésitations, si .^ ce n'est que le duc d'Orléans, voyant i^n bien de famille jj prêt à disparaître par suite de l'opposition du roi aux ^ volontés de la nation, aurait voulu s'assurer les bénér ^ fices d'une loi d'hérédité en cas de malheur. L'afliee- ^ tionde ce prince pour ses enfants est parfaitement coii^ f nue, et les immoralités de sa vie privée ne prouvent ^r nullement qu'il n'ait pas éprouvé un réel attachement ^^ pour la duchesse. La grande Marie-Thérèse, expi^ ^ niant sa vive tendresse pour son époux et rappelant | son adorable maître^ nous initie à la tolérance que ,| l'usage impose même encore aujourd'hui aux prin- ^ cesses, lorsqu'elle écrivait au sujet de Louis XVI: ,^ <iL Si jamais on découvraitdesinfâmes qui cherchassent i^ d'entraîner le roi dans des intrigues galantes, il serait ^ trop juste de les châtier..., mais je ne voudrais pas i que ma fille y fût trop mêlée et compromise... Selon ^ mes principes, la femme n'a rien d'autre à faire que |. de supporter avec patience les écarts de son maii) ^ point de droit de s'en formaliser. s> ,

Garât, dans une note écrite en 1797, à un moment t où il était encore dans la ferveur de sa foi républicaioe, , juge comme Lafayette le prince dont il fut lei collègue, (c De tous les côtés depuis cinq ou six ans on parle de la conspiration d'Orléans..., toutes les pièces d'une vaste monarchie sont dans ce complot; on dirait qu'il n'y a plus qu'à écarter un léger voile

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et que la dynastie d'Orléans va paraître sur le trône relevé de la France. Je ne doute nullement qu'il n'y lit une conspiration très réelle indiquée par ces discours, qui paraissent en ce moment le cri d*alarme de la France... A coup sûr il y a bien plus d'échos que de voix. Les échos sont partout et les voix où sont-elles?... D'Orléans, baptisé Égalité par cette indigne Commune de Paris, est mort sur un cchafaud. . . D'Orléans ne dit point au tribunal révolutionnaire : Laissez-moi vivre ! il lui dit : Faites-moi mourir âe suite!... On lui accorda celte grâce et on n'en parla plus. C'est dans les circonstances de la vie révolutionnaire de d'Orléans qu'il faut chercher quelques lumières. » Garât montre que Tinsurrection qui éclata le 14 juillet au Palais-Royal pouvait se produire partout de la même manière ; que le prince agit comme tous les révolutionnaires ; que s'il répandit de l'argent, tout le inonde fit de même, (c Le denier même du pauvre fat donné au pauvre pour le mettre en mouvement, et j'ai connu un homme de lettres (Chamfort), qui n'a jamais rien été dans la révolution que révolutionnaire et qui alors ouvrit sa bourse de cuir pour en tirer trois mille écus, c'est-à-dire les économies les plus sévères de vingt ans de privations et de travaux... C'était un combat à mort engage entre le parti du roi et les représentants populaires du peuple. La nature elle-même entra dans le combat. .. Le mouvement avait pour guide, pour chef, en quelque sorte, des principes et non pas des hommes, d Garât, retraçant rapidement les événements auxquels le duc d'Orléans fut mêlé, rappelle ce qui se passa en Angleterre lors de la fuite de Jacques II, et ajoute :

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a Les nations et les événements s'imitent eomme les hommes ; les Français et d'Orléans pouvaient être entraînes par cet esprit d'imitation à répéter l'événement qui mit Guillaume III sur le trône des Anglais. Des conditions qui paraissent inacceptables à un roi héréditaire auraient paru très bonnes encore à un loi révolutionnaire. j> Cette réflexion explique les fureurs insensées, les injures, les romans ridicules qu*a faii naître le nom d'Orléans. L'espèce d'exaltation di conseiller Sallier, qui ne peut concilier le royalisme du Parlement avec les outrages adressés ai roi par ses collègues, l'incapacité du duc d'Orléaa avec le rôle de grand désorganisateur qu'il lui attribue, trahit la passion qui vicie son jugement, ûm rinjurieuse appréciation de ce prince, dont il résuBM la valeur intellectuelle et morale en ces termes : ce Sapi la moindre instruction, fuyant toutes les occupatiopi sérieuses, avare, sans courage, sans aucune idà grandeou généreuse, c'était un être vil et digne de tou! les mépris. . , un tel homme, loin d'être en état de con quérir une couronne , l'eût facilement perdue si sa nais sance la 1 ui eu t donnée. » Moins prolixe dans le dévelo(] pement de ses accusations, le marquis de Bouille es un homme de parti aussi violent que le magistrat. Ëçri vant comme lui, après l'événement sanglant qui ren versa le trône, sous l'impression de la mort d'un K à laquelle contribua un parent qu'avaient outre les in suites et les outrages des courtisans de Versailles' il accepte sans examen les inepties de l'auteur d

* Ceux qui voudront connaître ce qui se passa dans ces cireonsiaic n*ont qu'à lire les Mémoires de Bertrand de Molleville, le ministre de marine, qui était à Versailles ce jour-là. In>8". Paris, 1826, tome pages l?5et suiv.

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-k emjuratim de Louiê-Philippe-Joseph d'Orléans^ mnummé Égalité ^ dont les étranges assertions sem- Ment un de ces mots d'ordre destinés à fausser Thistoire et à faire oublier l'explication écrite à Londres par le duc d'Orléans sur son attitude pendant la révolution de France*, a J'ai toujours cru, dit alors le duc d'Orléans, et je crois encore que Ba conduite dans la révolution présente a été aussi simple et naturelle que mes motifs étaient raisonnables et justes. . . Les démocrates outrés ont pensé que je voulais faire de la France une république..., les méchants m'ont prêté les projets les plus criminels..., les patriotes les plus zélés ont eu aussi leur erreur... En observant mieux, ils auraient bientôt reconnu que mon caractère, mes opinions, mes goûts étaient tels que mon bonheur personnel et particulier se trouvait nécessairement lié au bonheur public, en ce qu'il ne pouvait venir que de la même source, je veux dire de la liberté... J'ai lu quelque part... que chaque homme naît avec un goût dominant... Ce goût dominant a de tout temps été chez moi le goût de la liberté... Mon goût pour la liberté m'avait depuis longtemps engagé à me ré-

* Montjoie aecose notamment le duc d'Orlôana d'avoir acheté la plus gnade pirtîe des graioi de France pour les transporter en Angleterre et affirme ^a'an moment où Louis XVI prévoyant les désastres qu'allait causer la iamiMt fit négocier l'acquisition de grains dans la Grande-Bretagne, Piit a*y oppaaa pour complaire au duc d*Orléans. a Ainsi, dit-il, l'Angleterfe, gargée de nos grains, refusa impitoyablement au malheureux Loals XVI une légère portion de la subsistance qu'on avait volé à son peuple. » Neea nous contenterons de cette citation, qui suffît pour juger l'oatre. (Htstotredela conjuraiioiide Louit-Philippe-Joseph d'Orléans, par raetcnr de la Conjuration de Maximilien Robespierre. In-S^. Paris, 1790, t. ni, p. 25 et suiv.)

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pandre à Paris dans les différentes classes de la société... Le même motif m'avait porté à voyager chez * les nations voisines. . . J'avais été plusieurs fois en An- ^ gleterre, cette terre nationale de la liberté..., et mon ^ goût dominant s*était fortifié de tout ce que j*avais ^ acquis d'expérience. . . » ^

L'instinct public l'avait deviné; pour les Français ^ qui tenaient à conserver leur roi, ce prince était ^ l'usurpateur désigné du souverain qu'ils chérissaient ^ et encourait par ce fait même leurs haines les plus ar- ■ dentés, pour ceux au contraire qui rêvaient un gou- ' vernement à Tanglaise et désespéraient de Tobtenir P avec LouisXVI , il représentait un membre de la famille ^ royale appelé à rétablir dans des circonstances qu'on ■ pouvait prévoir la loi monarchique de l'hérédité, joi- * gnant à cette condition précieuse pour eux un carac- ^-^ tère que sa molle ambition et presque son indiiïé- ^ rence rendaient étranger à l'âpre soif de domination ^ qui détruit chez un chef le respect d'un ordre légal ■ et la sécurité des peuples *. ■

* Mémoiret et correspondances delafayetle. In-8,1838. tome If, p. 355 et «ujv. — Mémoires du comte A lexandre de Tilly, tome Uf , p. 323 ; iU reproduisent récrit (le Garât de 1797, sur la conspiration d'Orléans.— Xima/ei françaises, parGny-Marie Salller, ancien conseinerau Parlement de Paris. In-8, 1813. page* 34 et suiv., 38 et suit., 78, 81. 88, 90. Mémoires seerett pour servir à t'histoire de la république des lettres, tomet VII, p. 13,79; XIV, p. 32; XIX, p. 283; XX, p. 27; XXI!. p. 41, 148.304; XXV, p. 201; XXVI, p. 78, 2 19; XXXIV, p. 90; XXXV, p. 15, 90; XXXVï, p. 219.248. — Mémoires du marquis de Bouille, Collection BerT4Ue et Btrnire. fn-8, 1821, p. 102. — Histoire de la conjuration de Louig- Philippe' Joseph d'Orléans surnommé Égalité, par Fauteur de VBistoir^ de l« con- ^juralion de Maximilien Robespierre. Trois volumes in-So. Pirl»^ 1790. ^ Mémoires du marquis de Ferrières. Collection Benrille et Barrière. • Tome I, p. 479. Exposé de la conduite de M. le duo d'Orléaat dans larétoc lutién; rédigé par lui-même, à Londres. — Correspondance tU Marie- Thérèse et du comte de Mercy, tome II, p. 329; lomein,p. 334.

AVEUGLEMENT DES DbUX ADVEKSAmES. 337

mr tout esprit impartial, le mérite du duc d'Or- L'oriètnitiM avoir loyalement partage 1 opmion de ses ladétigoMion itoyens et compris les aspirations de son temps. opioioo"^tiqi égué à sa patrie dans la personne de son fils le «p^"»»*'^en d'opérer la transition d'une royauté absolue à république en remplaçant le droit divin par le ; populaire. Ce fils groupant autour de lui la elienbonorable et puissante que dirigeait une pensée nune plutôt que son attache à une famille, dédaii'affermir son pouvoir personnel par un plébisprocédé employé en Suisse et aux États-Unis pour robation de quelques lois générales et constitulelles, mais appliqué plusieurs fois en France la forme de lacté odieux d'un brigand exit d'un voyageur blessé et désarmé son consentet à TeiTet de s'emparer du reste de ses dépouilles. Is n'a pas froissé les croyances de son pays en •sant un catéchisme uniforme à tous les diocèses rance pour y insérer un chapitre érigeant en le de foi la soumission du peuple à l'empereur »)éon et aux membres de sa famille ' .

ise romaine et le Premier Empire, par le comte d'Haussoni-8»P«Hi, 1868, tome II, p. 262 et auiv., et le Catéchisme Impérial. itâtioD de cet ouvrage, qui montre le but poursuivi par le restauet rËglise eo France, nous croyons devoir ajouter quelques eitraits tt adressées à Gouverneur Morris, envoyé des États-Unis en France, rdet imis de Morris, soit par le duc d*Orléans, qui fut le roi Louis- •y et des passages des mémoires de Lucien Bonaparte sur son frère, m mettent à même d'apprécier, à une date fort rapprochée, les cat et les sentiments de deux jeunes gens, séparés seulement par qualéet d*àge, qui occupèrent le trdne de France. fince Lucien Bonaparte, parlant de son frère, écrit, en se repor- 1793 : « Quant au capitaine Napoléon, alors bien éloigné de rêver Mbilité de devenir le puissant empereur qu'il est aujourd'hui, il aitifa'à ane augmentation de grade en quelque armée que ce fût. )>

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génèriux.

L'implacable division qui avait creusé un abime entre le Parlement et le ministère ne peut en toute justice être attribuée qu'à Taveuglemenl des deux partis. Terrifié à la vue du gouffre béant en face duquel le combat est engagé, chacun des adversaires cherche à se concilier la foule qui les environne. Lomcnie, après avoir promulgué une loi en faveur des protestants, obtint de Louis XVI la suppression de cent soixante-dix charges de gentilshommes servants, de portiers, de hàteurs, de maitres-queux tant dans sa maison que dans celle de la reine. 11 fit décider la vente des châteaux de la Muette, de Madrid, de Vincennes, de Blois, montrant la fermeté desa résolution par l'annonce que, faute d'acquéreurs pour

Puis il raconte, en rapportant une conversation de famille : « Aa denerl, on commença i reparler de la situation où noua plaçaient lea projets di Paoli,de la préférence qu'il avait toi^jouré donnée à l'Angleterre sur loaici les autres nations, et nn.ileroent de la prépondérance de cette puissance daM l'Inde. . . Je n*ai jamais oublié qu'il dit que c'était là un pays à faire kh tune, et que» s'il n'était pas promu ainai qu'on le lui avait fait esfiérer,! ne serait pas éloigné à y prendre du service. Voilà ce qui m'a fait doittf qu'au fond il fut dans le temps aussi attaché à la France. . . qu'il se l'cit montré depuis... Maman dit qu'elle était fâchée que Napoléon parlât ii vivement de ce peuple de l'Inde, parce qu'il était capable de l'exécuter daai un moment d'humeur contre le gouvernement si on ne l'avanç-ait pas bieatôt en grade... » Quatoize années après ces révélations qui déooteat une absence complète de patriotisme dans le cœur du chef accepté par la France au sein de sa détresse, nous trouvons les sentiments de fanilte chez Napoléon aussi affaiblis que ceux du citoyen : il menace son frère de le faire pourrir dans une prison s'il ne consent pas à divorcer afK Alexandrine de Bleschamp, ce qui provoque Lucien à s'écrier : u Ohlmei enfants, oui, vous serez dignes de moi, de votre mère, lorsque parfenoià l'âge et à la raison d'hommes heureux et libres citoyens américains aoeoitumés à juger et à mépriser les tyrans. . . , vous jugerez comme moiqat rorgucilleux despote de la France avilie au milieu des lauriers militatro de son empereur par l'esclavage où il la retient, n'insistait sur la condition de vous légitimer dynastiquement... que parce qu'il savait que Lueiea n'y souscrirait jamais. » (Lucien Bonaparte et ses mémoires iTafrii (es papiers déposés aux Archives étrangères, in-8) Paris, 1883, lome Ui

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