‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 98 sur 245 · MIRABEAU DÉFEND LA LIBERTÉ DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

MIRABEAU DÉFEND LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

lôme dans l'état où nous sommes ne pouvons-nous irvenir au bien que par la connaissance du mal : car omment choisirait-on la sagesse? Gomment Tinnoence pourra-t-elle se préserver des atteintes du vice i elle n'en a pasquelqueidée?.. Puisqu'il fautdémêjr Terreur pour arriver à la vérité, est- il une mébode moins dangereuse de parvenir à ce but que celle 'écouter et de lire toutes sortes de traités et de raionnements?. . Craindrait-on que cette liberté indéfiiienefamiliarisâtavecrerreur?Maisilfaudraitanéanir toutes les connaissances humaines, car Terreur est )artout et même dans les pères de l'église, jusque ians les livres sacrés. . . Personne n'ignore que c'est à zause de toutes ces raisons que les papistes ont mis la bible au premier rang des livres prohibés, et, s'il faut oUraire et choisir» qui extraira, qui choisira? Où trouver des censeurs incorruptibles, d'infaillibles censeurs?.. . Le grand art de gouverner consiste à savoir les choses que Ton doit prohiber, celles qu'on doit punir, [telles où ilnefautemployer quela persuasion... C'est 1 une liberté complète de la presse que l'Angleterre loit cette prospérité qui étonne, cette richesse qu'on

»IVÎ6... »

< O vous, dit Mirabeau en terminant, qui bientôt reirésenterez les Français, vous qu'on n'aurait jamais «emblé, si dansia main des hommes le malheur de se* nef le désordre et la ruine, et de rester sans pouvoir, lesaivait pas inévitablement le pouvoir de tout faire; roosqu'on assemble pour tout régénérer, parce ques'i I "este encore quelque chose à détruire, il ne reste plus iliommes crédules à tromper; vous qui répondrez, ion pas à la France seule, mais à Thumanité entière,

374 UVRB DKUXiÊMB.

de tout le bien que voua n'aurez pas procuré i la patrie. «., que la première de vos lois consacre à jamaii la liberté de la presse.. m 1^ liberté sans laquelle les autres ne seraient jamais conquises, parce que c'est par elle seule que les peuples et les rois peuveat connaître leur droit de Tobtenir, leur intérêt de Tac* corder. »

L'instant approchait où la banqueroute prophétisée par Mirabeau depuis le 20 novembre 1787, allait se réaliser sans avoir été préméditée, par suite d'une étrange légèreté et d'une incroyable imprévoyance, si nous nous reportons au texte même des mémoires de Brienne : « Au commencement d'août 1788, écrit-il, M. Gojard vint médire que le Trésor royal était vide; mais dès le mois de janvier je Tavais prévenu d'y prendre garde pour cette époque ; j'en avais prévmu M. Lambert^ contrôleur général, qui ne medonnait aucune ressource ; MM. Lenormand et de la Balue (ban* quiers) étaient à bout de voie. Peut-être était-cede leur part et de celle de M. Gojard une sorte de trahison que de m'avertir si tard. . . On me demandera peut-être, comme a fait cet étourdi de conseiller au Parlement qui m*a dénoncé : pourquoi dans mon compte, j'aviii annoncé un excédent de recette sur la dépense, et qu'au contraire je me suis trouvé au-dessous dès le mois d'août? La réponse est facile. La recette était bioa calculée ainsi que la dépense ; mais la recelte est supposée réelle, et pour qu'elle le fût, il fallait 240 millions d'anticipations pour les services... Il fallait donc trouver dans le crédit des banquiers et faiseurs de sai^ vices ces 240 millions,.. Us manquèrent à leurs eor gagements... Telle fut la cause de la pénurie du mois

BANQUEROUTE DE L'ÉTAT. 3îîî

d'août. Les calculs étaient justes, mais les revenus étaient mangés et le supplément ne se fournissait plus... Il n*y avait d'autre moyen qu'un emprunt; mais rétat du crédit, la mauvaise volonté in public qui Be plaisait à ac croître les gênes du gouvernement pour en être le maître... rendaient impossible un emprunt volontaire. . . Je sentais donc qu'il fallait avoir recours i an emprunt forcé, et c'est ce qu'opérait le paiement d'une partie de la dépense en billets. Si cette mesure eât été séparée de la convocation des États généraux, elle n'eut pas été proposée, puisque ces billets n'auraient pas eu l'assurance d'être retirés; mais les États devant être assemblés, leur remboursement était immanquable... Ce moyen avait l'avantage de fournir le Trésor toutel'année pendant laquelleles États devaient être tenus. . . J'avais demandé des éclaircissements sur la manière dont ils devaient être convoqués. »

L'annonce, faite le 8 août 1788, de la convoca- contoctuo tien des États généraux pour le T' mai 1789 exerça »« i^œw i' aussi peu d'impression sur le public que la nouvelle du retard apporté à l'établissement de la Cour plénière. Les fonds de l'État haussèrent à peine de trois pour cent, hausse passagère trop faible pour donner aux banquiers le pouvoir d'empêcher un déficit que l'archevêque de Toulouse tenta de conjurer par une mesure dont il donne l'explication en ces termes:

c Le roi a fait connaître àl'Assemblée des notables. . . Eopront k l'état et l'embarras de ses finances..., malgré ces em- lo i« août 17 barras, de grandes économies, de sévères réductions, p"'"^'* l'extinction progressive des charges et des renies viagères présentaient des ressources que des emprunts

376 LIVRE DEUXIËMB.

successifs devaient donnerle temps d'attendre . . . Mais, par des circonstances dont Sa Majesté se plait à écarter le souvenir, la con6anee publique a été altérifepar ceux mêmes qui auraient dû conspirer à la soutenir; les emprunts publics ont été contrariés comme s'ils n'eussent pas été nécessaires..., l'intempérie des saisons... a encore accru l'inquiétude..., et comme il arrive presque toujours dans les terreurs populaires, rembarras s'est trouvé extrême, par l'empressement même que chacun a mis à s'y soustraire. . . Au milieu de ces difficultés Sa Majesté n'a pas désespéré de la fortune publique ; elle a considéré que si la détresse était grande, les ressources l'étaient encore davantage.. . , que la crise devait d'autant moins effrayer que l'époque des États généraux étant prochaine, il ne s'agissait qued'arrangements provisoires. . . , tels que jusqu'à l'époque des États généraux et même pendant Tannée 1789, tous les paiements soient assurés... C'est ce qui serait résulté d'un emprunt. . . , mais puisque tout fait craindre qu'un emprunt offert dans ce mo* ment.. . ne fût tenté sans succès, il devient nécessaire d'y suppléer... C'est à quoi Sa Majesté a voulu parvenir en ordonnant qu'une partie des paiements qui se font dans les caisses royales s*effectue, non par du papier-monnaie..., mais par des billets du Trésor royal. . . Ces billets du Trésor porteront intérêt à cinq pour cent, et lorsque les circonstances permettront à Sa Majesté d'ouvrir un emprunt, ils y seront reçus comme argent comptant. » Ces effets publics ne de^ valent point servir au paiement de la solde de l'armée^ de la tfiarine, ni être délivrés aux pensionnaires qui avaient subi une réduction, aux possesseurs de rent!?s

Page 1