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CHAPITRE TROISIÈME

LE PAYS MEUSIEN

I. LA MEUSE. Il II. ANCIENNES ROUTES ET ASPECT HISTORIQUE DU PAYSAGE. Il III. LA MEUSE DANS LE PLATEAU CALCAIRE. || IV. ROLE HISTORIQUE DE LA

VALLÉE DE LA MEUSE. ALSACE. I. ENTRÉE DE l'aLSACE. || II. FORÊTS DE PLAINE. ||

m. TERRASSES DILUVIALES. || IV. MARAIS DE PLAINE. || V. COMMUNICATIONS. || VI. CLIMAT. Il VII. LE LŒSS ALSACIEN, jj VIII. STRASBOURG.

ENTRE le Plateau de Lorraine et le Bassin de Paris s'introduit le Pays meusien. Si l'on peut dire de la Lorraine qu'elle est combattue entre attractions contraires, que dire de ce pays.** Qu'il soit partie intégrante du Bassin parisien : cela n'est pas douteux. La Meuse même reste associée par sa source, et longtemps par sa direction, au faisceau des affluents de la Seine. Pourtant ce pays a dans sa nature et son aspect une originalité qui ne se laisse pasoublier. Ilaeu longtemps des destinées propres, explicables parles obstacles sérieux qui le séparent delà Champagne. La zone d'étangs et de forets qui va des environs de ïroyes à l'extrémité de l'Argonne rendait les communications difficiles par terre ; et elles n'étaient pas plus faciles par eau, puisque la navigabilité des rivières champenoises ne dépassait pas Troyes et Saint-Dizier.

Ce pays tient de la Lorraine par le sol, par l'horizon forestier qui l'enveloppe, par le fond môme de la race. Ses roches pétries de coraux, riches en belles pierres, qui l'encadrent vers l'Est, de Neufchâteau à Stenay, sont un récif-bordure du Massif vosgien. Ce sont des eaux vosgiennes qui ont raviné le seuil entre Toul et Commercy. Le pays argileux qui, sous le nom de Woëvre, s'étend au pied des Côtes de Meuse, est le résultat d'une formation qui, presque insignifiante en Bourgogne, ne prend de développement qu'en Lorraine. Les populations sont de même souche sur les bords de la Meuse que sur ceux de la Moselle, mais la teinte germanique s'eCFace : c'est une Lorraine au parler plus doux, moins guttural et moins aspiré ; avec plus de gaité, et peut-être plus d'ouverture de cœur. Tout le vocabulaire géographique y est imprégné de ces vieux noms gaulois d'eaux ou de hauteurs, deue, liant, couse, dan, qu'on retrouve presque d'un bout à l'autre de la France'.

1. Ex.: Diet/e, Sommedieue, au sud de Verdun; Nant-le-Grant, Nant-le-Petit, Nantais dans le Barrois; Cousance, rivière entre la Meuse et l'Argonne, Cousance-aux-Bois près de Commercy; Dun-sur-Meuse, etc.

Ln France du Nord. livre premier, m

, La Meuse mêle profondément la Lorraine à la vie fran-

LA çaise. C'est une médiatrice. Cette longue rivière qui, presque

MEUSE privée d'affluents, rappelle sur la carte la silhouette des minces peupliers qui bordent ses rives, n'en est pas moins le lien qui rapproche la Saône et l'Escaut, la Bourgogne et les Flandres, le Rhin et la Seine. Elle a beau suivre, à travers l'Ardenne, une pente qui finira par la conduire parmi d'autres contrées et d'autres hommes. Elle garde obstinément l'empreinte française. Elle soutient avec une remarquable persistance la même unité ethnique. Elle ne cesse d'être lorraine que pour devenir ■wallonne. Après Liège seulement le germanisme l'emporte ; là expire « la petite France de la Meuse ».

Lorsque, à quatre ou cinq lieues de Langres, la Meuse sort de la fontaine qui lui donne naissance, le pays n'a pas changé, bien que dirigeant ses eaux vers une autre mer. Entre la plaine de Chalindrey, que domine la vieille cité gauloise, et celle du Bassigny, où la Meuse borde les hauteurs de Clefmont, Bourmont, etc., même aspect de la vallée, mêmes lignes de relief, même structure particulièrement expressive de la contrée. Nulle part le type de coteaux et de terrasses ne se déroule avec plus de régularité et de netteté. Au-dessus des riches prairies de la vallée, les côtes calcaires du système oolithique se découpent en angles saillants, s'évasent en forme de cirques, s'étagent en gradins successifs et comme tirés au cordeau, d'après une architecture naturelle qui emprunte la noblesse de ses lignes à la conformation des matériaux sur lesquels elle s'exerce. Ce modelé se grave dans les yeux. Tout y est précis et arrêté. La plupart de ces coteaux découpés ont leur nom. Souvent, sur les promontoires ou les monticules isolés, des bourgs endormis maintenant, jadis guerriers, souvent hostiles entre eux, se regardent. Quelques-uns ont eu une histoire tragique ; tel, au bord du Mouzon, ce plateau de la Mothe qui fut une ville dont il ne reste pas pierre sur pierre. D'éternels souvenirs de guerre planent sur ces frontières entre Lorraine, Bourgogne et Champagne. Ce fut longtemps une contrée de passage, hérissée de bourgs fortifiés, sillonnée dévoies romaines; une des attaches intérieures par lesquelles se lient les rapports entre une grande partie du sol français.

I, Cette partie supérieure de la vallée en est, en effet, la plus

ANCIENNES ouverte. Entre Neufchâteau et Domrémy la rivière a fini de se

ROUTES constituer. Quoique déjà blessée au contact des calcaires fissurés

ET ASPECT jy bathonien (perte de Bazoilles), elle se maintient, grâce aux

J,f^S'!,?~^r, affluents qu'elle continue à recruter sur sa droite dans les argiles

DU PAYSAGE ,,. ^ , , , i-i< >^^•■

du bas ; et pendant plus de 200 kilomètres, c est-a-dire jusqu'au moment on elle vient toucher le pied de l'Ardenne, son régime et ses crues resteront réglés par les pluies de ce bassin supérieur. Ici la vallée est ample. Les terrains imperméables, sur lesquels le ruissellement a eu prise, ne manquent pas; et à droite et à gauche autour de Neufchâteau des déblaie-

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