‹ La France, tableau géographiqueChapitre 155 sur 275 · RÉGULARITÉ DU PAYSAGE ROURGUIGNON · texte numérisé non relu

RÉGULARITÉ DU PAYSAGE ROURGUIGNON

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villages. 4° Terrasse de la Saône, où s'alignent bourgs et villages, à Vabr

des inondations. (Fig. 157.)

cinpiTiin pnKMinn Lfi Bourgofjnc.

qui bordent la Saône à distance, à lo ou 20 mètres au-dessus de son lit, que se sont groupes, mais en moindre nombre quau pied des Côtes, les établissements humains.

Cette zone de forêts et de prairies sujettes à l'inondation a été comme une limite entre la Bourgogne et la Bresse. Le parcours de la voie romaine de Chalon à Besançon souligne une séparation naturelle et historique. Au Sud du Doubs, et sur la rive gauche de la Saône, s'étend sur un lit imjjermcable la nappe de limon qui constitue la Bresse. Ce lit marneux, d'origine lacustre, arrête les eaux, entretient l'humidité, alimente le lacis compliqué des rivières. Autour de la Côtière de Dombes, sous l'amas de débris glaciaires qui forme un dos de pays, c'est lui qui fait sourdre les eaux et épaissit la ceinture d'arbres qui vers Trévoux contribue à l'agréable paysage des bords de la Saône. Ces mamelons bressans avec les champs cultivés qui en occupent le haut, la maison à mi-côte, les haies d'arbres et le Ijiiisson vers le bas, près des prairies, des ruisseaux et des étangs, forment un ensemble très coupé, sous un ciel souvent orageux, capable de changer pour quelques heures les sentiers en torrents. En contraste avec la Bourgogne, les habitations y sont dispersées : les pierres manquent ; les villes ont un cachet rural. Toutefois la maison, avec ses greniers ouverts 011 pendent des épis de maïs, a un air d'abondance rustique, auquel répond l'humeur des habitants. C'est bien encore une de ces contrées de vieille France auxquelles la variété des produits permettait presque de se suffire. C'est un pays, au sens propre du mot. On y eût vécu très retiré, si par l'échancrure qui s'ouvre entre le Revermont et la Dombes, par Bourg et Ambérieux, la Bresse n'avait ménagé à la Savoie un passage détourné vers la vallée de la Saône.

La Bourgogne est, au contraire, au plus haut degré une LA BOURGOGNE ^^^^^^^ politiquc, placée sur les routes de l'Europe. Les posi- CONTRÉE tions de villes, de centres féodaux, tiennent aux passages si POLITIQUE nombreux que nous avons décrits.

La réapparition même des roches granitiques dans le Morvan et le Charolais n'interrompt guère Acrs l'Ouest la liberté des communications. Car toute cette extrémité septentrionale du Massif central a été étonnamment morcelée. Au cœur du Morvan, un ancien bassin permien, dont les schistes offraient aux eaux moins de résistance, subsiste: c'est le bassin d'Autun, centre de voies romaines. Entre l'Autunois et le Charolais, une dépression allongée, que signalent les plus anciennes cartes de France', partage ses eaux entre la Loire et la Saône. Entre le Charolais et le Maçonnais, des accidents géologiques ont, par effondrement, produit une sorte de golfe de

1. Geografia di Francesco Berlinghieri, Fiorentino, in terza rima (Florence, vers li-S, in-fol.), cart. 6.

Entre les Alpes et l'Océan.

t.IVRE II, I

plaine que sillonne la Grosne et où s'est placé Cluny. Au point où la rivière quitte les terrains primitifs et débouche parmi les calcaires, dans un horizon de prairies et de forets, la célèbre abbaye dresse ses blanches tours romanes. Avantageusement placé pour influer à la fois sur la Loire et sur la Saône, Cluny est néanmoins tout bourguignon, par le site et par les hommes. On laisse derrière soi les vieux pays retirés, les landes de genêts et bruyères où de vieilles femmes filent leur quenouille au bord des haies. Les sommets des montagnes, uses parla culture, deviennent gris et chauves ; mais sur leurs pentes s'étale, entre des murs dejnerre sèche, la grande rangée de vignobles, parsemés de fermes riantes et ouvertes, de villages, de châteaux, qui descend sans interruption jusqu'à la plaine aux hauts peupliers, dont Mâcon tient l'entrée.

En face de ces ouvertures multiples, le Jura tourne vers la Saône sa belle vallée du Doubs, ses riants bassins ou reculées taillées par les eaux dans la bordure marneuse qui longe les calcaires. A Salins, siège d'un comté puissant, s'amorce la route qui, par Pontarlier, coupe le Jura. Les grandes diagonales européennes, du Pas de Calais aux passages principaux des AljJcs, traversent la vallée de la Saône.

Ainsi s'ouvre en directions diflerentes, largement associée à ce qui l'entoure, la Bourgogne. La Méditerranée et les Pays-Bas, les pays rhénans et la France du Nord y ont mêlé leurs influences de civilisation et d'art. Les monastères bourguignons, Cluny et Cîteaux, pépinières de fondations lointaines, centres d'organisation et de gouvernement, furent de vraies capitales de la Chrétienté. La i-ivière n'a créé sur ses bords que des villes de batellerie et d'entrepôt ; c'est surtout au pied des montagnes que se sont, de part et d'autre, fixés les sièges d'influence politique.

Il en est résulté un duahsmc qui date de loin : il se montre dans la domination rivale des Edues et des Séquanes, qui se disputaient les péages de la Saône ; puis dans la juxtaposition des diocèses ecclésiastiques de Langres et de Besançon, dans celle enfin de la France et de l'Empire. Trop envahie par les forêts et par les eaux, la vallée n'a pas l'ampleur et la force nécessaires pour fixer un centre de gravité politique. Il manqua toujours à la Bourgogne une base territoriale en rapport avec l'étendue des relations qui s'y croisent. La position est propre à inspirer des tentations illimitées d'accroissement et de grandeur ; on s'exjilique le rêve de Charles le Téméraire. Mais il y a dans la structure géographique un principe de faiblesse interne pour les dominations qui essayèrent d'y prendre leur point d'appui.

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