CHAPITRE 111 Les Alpes Françaises
A la région des plateaux succède à l'Est celle des vallées. VALLÉES Ces coupures transversales, une des originalités les plus remar- TRANS\'ERSALi:s quablcs du système alpin, sont des cluses pratiquées, comme DES ALPES dans le Jura, perpendiculairement à la direction des plis ; mais tandis que dans le Jura elles ne coupent que des chaînons, elles tranchent les Alpes presque de part en part. Reliées, communiquant entre elles, elles ouvrent des avenues jusqu'au cœur de la chaîne. Elles correspondent à des cassures, qu'ont élargies les glaciers et les torrents. Rien ne ressemble moins à un sillon régulier. La même rivière traverse tour à tour des brèches abruptes, de longs couloirs, d'anciens bassins lacustres. Ainsi ces bassins, que relient ensemble les (lots de l'Arve, de l'Isère, de l'Arc, ne constituent pas une seule vallée, mais une série de compartiments qui vivent chacun sous leurs noms distinctii's. Ici la vallée de Chamonix, puis le bassin de Sallanches. Là, entre les glaciers d'où sort l'Isère, le val de Tignes ; puis la riante Tarantaise ; puis l'étincelant Graisivaudan. L'Arc relie par de sombres couloirs la haute et la basse Maurienne. Autant de pays divers, quoique unis par la même rivière. Leur niveau, raboté par les glaciers qui, dans les parties étroites et encombrées, ont exercé une corrosion intense, puis creusé par des rivières de pente énorme, s'abaisse rapidement. Celui de l'Isère tombe à moins de Aoo mètres à Moutiers, h 3oo au connuent de l'Arc, et ne tarde pas à se déprimer jusqu'à un point extraordinaire (208 mètres devant Grenoble). Ce sont alors des plaines qui s'insinuent dans les replis des montagnes.
Ainsi des contrastes de relief, de formes, de végétation se ramassent sans cesse sous les yeux. Au-dessus de Gex, du Chablais, du Faucigny, les grands patriarches blancs que domine à peine le dôme culminant de l'Europe ; audessus de Grenoble, les dentelures neigeuses de Belledonne ; puis, le peuple des massifs calcaires, monde de créneaux et de corniches, d'où surgissent par moments des pics aigus auxquels le Jura ne nous a pas habitués : Tournette, Parmelan, Grand Som, Chamechaude : les calcaires éclatants et marmoréens, de structure corallienne, enfermant dans leurs enceintes d'étroites et longues vallées, celles d'Entrcmont, des Bauges. Et partout ailleurs, enveloppant tout, rayonne une nature luxuriante où une chose surtout frappe, l'abondance des arbres : forcis de cerisiers à Évian, Saint-Gingolph ; châtaigniers du Chablais ; lisière de châtaigneraies entre les prairies et les sapins dans la vallée d'Albertville ; forets de noyers dans la vallée de Saint-Marcellin. Arbres au feuillage clair et large, qui préludent déjà à la nature de la Méditerranée. Le soleil, qui fait épanouir leur feuillage, mûrit la vigne jusqu'à 800 mètres dans la Maurienne, tapisse de bois les parois calcaires. Des pluies, croissant de l'hiver à l'automne, dépassant un taux annuel d'un mètre, réparties, en Savoie, sur plus de cent cinquante jours, contribuent, avec la nature du sol, à entretenir une humidité verdoyante. Paysage unique dans l'Europe occidentale, qui fait pendant à la Brianza milanaise ; verger magnifique qu'on ne trouve plus vers le Sud au climat plus sec, au delà du
Entre les Alpes et l'Océan. livre ii,
Lans, du Vercors, du Devoluy, du Lautaret. Cette nature parle à l'imagination et à la pensée ; elle a inspiré Jean-Jacques, elle a nourri ses souvenirs et son génie.
Le Graisivaudan en est, sinon le type le plus achevé, du moins l'expression la plus ample et, pour l'histoire des hommes, la plus importante. On voit, en amont de Grenoble, s'étendre au-dessous des cimes de Belledone les larges terrasses marneuses du lias, ferrugineuses et noirâtres, aux dépens desquelles la rivière a pu largement creuser sa vallée. Jusqu'à 900 mètres les hameaux et les villes s'y étagent. Ils occupent les pentes de talus, les cônes de déjection, les anciennes terrasses fluviatiles. Au milieu coule le torrent gris et sauvage, aujourd'hui endigué. Des hanches, des oseraies, des halliers marécageux rappellent encore çà et là l'état primitif. Mais partout ailleurs, sous les vignes courant en feston entre les arbres huiliers, se succèdent de petits carrés de luzerne, blé, chanvre, maïs : une merveille de petite culture.
La vallée transversale a attiré ainsi la population jusqu'au cœur des Alpes. Des groupes ont pu se constituer, qui ont gardé le caractère montagnard, non sans jouir des avantages de la plaine, recevant des contrastes qui les entourent des impulsions diverses. Ils ont occupé de bonne heure, entre les torrents qui sont sur leur tète et celui qui coule à leur pied, les parties les moins exposées. C'est de là qu'ensuite ils ont entrepris la conquête de la vallée. Ils l'ont colmatée, assaiaie, endiguée, changée en jardin. On trouve des peuples très anciens établis jusqu'aux abords immédiats des cols, étapes nécessaires où il fallait s'outiller pour le passage. A mesure que croît l'importance des passages alpestres, croit aussi l'innjorlance politique de la contrée. Qui possède le burg de Charbonnières à l'entrée de la Maurienne, qui domine le seuil de Chambéry, vrai détroit entre le Rhône et l'Isère, ou qui du haut du promontoire d'Albon surveille les anciennes voies romaines se dirigeant vers Vienne, qui surtout chspose des ressources du Graisivaudan, devient un personnage avec lequel l'empereur d'Allemagne, le roi de France, la république de Lyon doivent compter, comme jadis l'empereur Auguste avec le roi Cottius. Ainsi des noms d'Etats politiques, tels que Savoie et Dauphiné, se sont superposés aux noms de pays, petites unités naturelles qui persistent dans le langage et le souvenir.
jy Les vallées transversales insinuent la plaine dans la mon-
PASSAGEs tagne. Elles lui servent de prolongement. Avec elles s'intro- HisTORiQUEs duiscnt le monde extérieur et la vie urbaine. Elles conduisent vers les jjassages historiques oii, dès les premiers âges de l'Europe, Celtes, Germains, peuples méditerranéens se sont rencontrés. Le Brenner, le Grand Saint-Bernard, le Mont Genèvre furent, avant le Cenis, le Saint-Gothard et le Spliigen, des carrefours par où a passé la civilisation européenne. Une trauiée de villes, de monuments et d'influences
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la llrôme I tarte dét.-maj..
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des marnes ricocomiennes du crétacé inférieur. Mais, jo et là percent les calcc
ires du jurassique supérieur.
qui se dessinent génwétriquenwnt sous forme de cornicha on de barres.
ri.ot. .le M. Kilian (Fig. 170).