‹ La France, tableau géographiqueChapitre 205 sur 275 · DU MASSIF DE L'OUEST · texte numérisé non relu

DU MASSIF DE L'OUEST

I. LE POITOU CALCAIRE. Il n. RÉAPPARITION DES ROCHES ANCIE?iNES. || III. BOCAGE VEJiDÉEX.

E POITOU forme la transition vers l'Ouest. Il représente entre le Massif primaire de l'Ouest et le Massif central POITOU un seuil déprimé qui fut un détroit à l'époque oîi les mers CALCAIRE Je l'époque jurassique vinrent à interrompre leur continuité primitive. Lorsque, dans l'époque suivante, il eut émergé, les mers du Bassin parisien et de celui d'Aquitaine s'avancèrent à la rencontre les unes des autres, sans parvenir pourtant à se rejoindre. Ainsi le seuil est resté pendant une énorme période exposé à l'érosion. Cependant elle n'a pas réussi à enlever de la surface les couches sédimentaires déjrosées par les anciennes invasions marines. On voit, à une vingtaine de kilomètres au Nord de Poitiers, l'horizon barré par une ligne de coteaux uniformes; c'est le talus des grès et sables dits cénomaniens qui terminent le pays verdoyant de Châtellerault et forment la transition entre Touraine et Poitou. Dès lors, les secs et durs calcaires de la plaine poitevine prennent possession de la surface. Ils la couvrent d'une couche en réalité très mince, car çà et là dans le lit des vallées des pointements de roches traliissent le voisinage du substratum archéen. Mais c'est assez pour imprimer au sol et aux habitants une physionomie autre que dans les massifs anciens, et pour ouvrir à la circulation générale des passages dont nous avons déjà montré l'importance.

A quelques lieues des reliefs mouvementés du Limousin, on voit s'étaler entre le Clain et la Charente une plate-forme calcaire que traversent en ligne droite chemin de fer et routes. La roche se décompose en une mince couche de terre rousse appelée groie, empâtant d'innombrables plaquettes d'un calcaire légèrement marneux. Ces pierres assemblées en tas forment

L'Ouest. LIVRE m, I

des durons, ou sont disposées en murs de clôture autour des champs. Sur les parties plus renflées de la surface, la groie devient plus argileuse et plus chargée de silex; mais entre ces chailles, la terre, disent les paysans, est « douce comme de la soie ». C'est la terre légère, mais tout imprégnée de phosphore et de chaux, qu'il suffit de gratter avec l'araire primitif ou de remuer à la bâche pour obtenir les récoltes de blé et de noix qui suffisaient jadis h l'existence des habitants.

L'eau est rare ; à défaut de puits, qui doivent descendre pai'fois jusqu'à 5o mètres, c'était jadis fort loin aux rivières et aux sources qu'il fallait recourir. Mais rares aussi sont les vallées. Souvent leur fond est à sec. Il y a des pertes de rivières, des cirques où l'eau disparaît, mais parfois aussi, comme le veut la nature perméable et fissurée de ces roches, des cavernes engendrant de belles sources, des clives aux eaux claires. Seules, quelques grandes rivières ont pu creuser, à travers ces roches dures et cimentées de silex, des vallées profondes aux flancs garnis de sources ; mais le bas est souvent trop marécageux ; la roucJie s'y substitue aux prairies. Sur leurs bords escarpés, sur leurs promontoires en saillie, sur leurs rampes éclatantes et rocailleuses, d'anciens oppida, plus lard devenus des châteaux forts ou des villes, Poitiers, Lusignan, se sont installés. Celles-ci garnissent les corniches, elles s'inscrivent dans les courbes des rivières, elles s'étagent comme Poitiers entre la rivière lente et herbeuse et une ligne de marais. Dans l'intervalle des vallées, la population, d'ailleurs rare, est plutôt disséminée en hameaux que groupée en gros villages.

Ce pays, où de toutes parts les lignes horizontales obsèdent les yeux, n'est pourtant pas une surface dépouillée après la moisson, un vaste champ de labour triste et sans arbres. Si l'on parvient à l'embrasser d'un point élevé, il paraît garni d'arbres. C'est que la plaine poitevine est parsemée de terrains de transport arrachés par d'anciens ruissellements au Limousin ou à la Gâtine. Ces sols quartzeux, qui ont perdu par lavage la potasse dont ils étaient imprégnés, introduisent sur le plateau poitevin un élément exotique, quelque chose comme l'apparition subite d'un autre pays. Dès que s'élève à un certain niveau la convexité du plateau calcaire, on voit s'étendre des plaques argileuses et blanchâtres, dont jusqu'à ces derniers temps la culture n'avait pu faire la conquête. D'assez grandes forêts y subsistent : au Nord de Poitiers celle de Moulière, où les loups sont encore nombreux ; ou, aux abords du Limousin, celle de Charroux, d'où les charbonniers acheminent par baudets leur denrée vers Niort et les ports du Marais. Mais en général ce qui caractérise ces sols lourds et infertiles, c'est la brande, c'est-à-dire la lande semée d'étangs, fourrée d'ajoncs et de genêts à taille d'homme.

Cet ensemble complexe compose une contrée qui rappelle encore d'assez près un type ancien d'établissement de peuple. Entre les marches forestières et sauvages qui l'entourent, il y avait assez de terre fertile pour qu'avec l'outillage médiocre et les récoltes de faible rendement dont se contentait une population peu dense, un noyau politique pût se former. Il n'y manquait ni

Page 1