CHAPITRE II ' La vie maritime du Sud-Oiiesl
marins ne fussent requis. Au x\i' siècle, là fut la pépinière des plus entreprenants découvreurs de terres nouvelles.
11 est impossible, en rappelant ces souvenirs, d'échapper à une impression de regret. Cette vie maritime a décliné depuis le xvi° siècle. Au sud de la Gironde, la nature paraît rcsj)onsable de ce déclin ; la longue barrière de dunes par laquelle la mer et la terre semblent scnfermer chacune dans leur domaine, en excluant riiomme, frappe de stérilité une grande partie du littoral. Cependant, même en dehors de cette section inhospitalière, la période florissante du xvin" siècle n'a pas été suivie de progrès tel qu'on eût pu l'attendre. Bordeaux n'a pas complètement recouvré les prolits du « commerce des îles » ; La Rochelle n'a pas remplacé ses relations avec l'Amérique. Pendant ce temps, l'Ouest de l'Ecosse et de l'Angleterre, Glasgow, Liverpool grandissaient dans des proportions inouïes. La géographie n'a rien à alléguer pour l'explication de tels faits ; elle ne peut que céder la parole à l'histoire.
Le Midi français a été uni par des ressemblances de civi- VEN^EMBLE li^alion, mais n'a jamais formé un tout politique. Cette infir- DU MIDI DANS mité est un fait historique, auquel la géographie ne paraîte L'HISTOIRE pas étrangère. Entre le Midi méditerranéen et le Midi océanique les relations divergent; mais il semble que les plaines de la Garonne, du moins, pouvaient devenir un domaine d'unité politique. Cela même n'a jamais paru en voie de se réaliser.
En fait, nous avons pu constater que les analogies bien des fois alléguées entre le Bassin parisien et ce qu'on a appelé le Bassin d'Aquitaine, sont plus apparentes que réelles. La région du Midi aquitain est sous la dépendance étroite dune zone où les plissements ont été énergiques, les destructions énormes et répétées. Les sols qui constituent la surface sont en majeure partie formés d'éléments détritiques d'âges divers, provenant soit du Massif central, soit surtout des Pyrénées. Par la rapidité de leurs pentes, l'inégalité de leur régime, la masse de matériaux dont elles sont chargées, les riA"ières restent l'expression fidèle d'une contrée éprouvée par des accidents de date récente. L'évolution du réseau fluvial se monti'e peu avancée, surtout en Gascogne. Entre la Garonne et les Pyrénées s'étale un grand plateau de débris sur lequel un réseau d'afiluents et sousaflluents n'a pas eu le temps de se combiner. Les rivières, indépendantes les unes des autres, s'y encaissent entre des coteaux rectilignes, qui opposent aux communications transversales une série sans cesse renaissante de rampes à gravir. Point d'afiluents qui les relient; et pendant longtemps point de routes qui établissent à travers ces plateaux découpés une circulation toujours assurée. A l'exception de la grande voie directrice qui, de la Méditerranée, gagne par un seuil bas la moyenne Garonne et suit dès lors les anciennes terrasses fluviatiles, il n'existe pas de liaison dont la continuité ne rencontre des obstacles. En dehors de la grande surface qu'elle possède en propre, la
Le Midi. livre iv, m
nature de landes revient çà et là, au nord du lleuve comme au pied des Pyrénées, sablonneuse, presque solitaire, vêtue d'ajoncs et de bois.
On s'explique que, malgré les dons variés qui font de cette contrée un des domaines les plus heureux pour l'homme, un de ceux où l'existence est abondante et facile, elle n'ait pas trouvé en elle-même les moyens de constituer une unité pohtique. 11 y manque ce que les physiologistes appellent un point d'ossification ; en d'autres termes, un centre commun autour duquel les parties se coordonnent. Les attractions se divisent en foyers distincts. Quoique situées sur le même fleuve, Toulouse et Bordeaux ont vécu à part, chacune avec sa sphère d'action. Leur rôle a été aussi différent que l'est leur aspect. L'absence d'une vie commune se manifeste aussi, par exemple, dans les effets de la Réforme, très forts dans certaines parties du Midi aquitain, à peu près nuls en Gascogne.
Dans un espace bien plus restreint que celui qu'embrasse la France du Nord, le Midi présente des divisions plus tenaces. Des divisions, telles que Neustric et Austrasie, ne sont pas, comme l'indiquent leurs nombreuses variations, profondément imprimées dans la nature; elles ne tiennent guère devant les courants généraux. Au contraire, les noms de Gascogne, Guyenne, Provence, répondent, surtout le premier, à des divisions invétérées et persistantes. La riche et plantureuse plaine du Sud-Ouest a certainement contribué à mêler les hommes, sans qu'on puisse dire cependant que les divers éléments qui composent le fond ethnique se soient entièrement confondus. Le Gascon, au sud de la Garonne, traduit encore par le nom de Gavaches des différences qui ne sont pas entièrement effacées.