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CHAMPAGNE

I T E NOM de Champagne n'éveille généralement l'idée que

RÈGioy B 1 d'une vaste plaine de craie. Il y a pourtant, entre cette

ARGILEUSE plaine et les plateaux calcaires que nous venons de traverser,

une Champagne humide, mais si coupée d'étangs, de ruisseaux

et de forêts qu'elle n'a jamais eu de nom générique. Les argiles ferrugi-

I. La toponymie est caractéristique à cet égard. Voir (feuille de la carte d'Etatmajor au 80 000« : n° 83, Chaumont) le trajet de la Biaise à travers le calcaire corallien. En moins de 30 kilomètres se succèdent Illatsy (à la source), Juzennecourt, La ChAçelle-en-Blaisy, La Moiheen-Blaisy, Biaise et Guindrecourt-s«r-fi/(ii5e.

cHAPiii\i: m. Le Bassin Parisien en Anxonl de Paris.

neuses, sables et grès qui précèdent dans l'ordre chronologique la craie proprement dite, se déroulent en arc de cercle de la Puisaye à l'Argonne. Sur ce sol imperméable les eaux vagabondent, elles forment des étangs, d'innombrables noues ; elles envahissent des forets basses et fangeuses, salissent de leurs troubles les rivières que les calcaires jurassiques avaient maintenues si pures. Aux reliefs réguliers succède une topographie qui se perd dans la multiplicité menue des accidents de terrain ; aux pierrailles et aux vignes, une zone d'humidité verdoyante et bocagère ; aux chênes, les bouleaux ; à la fine végétation de lianes, une végétation filamenteuse de genêts et de bruyères. Les fruitiers se dispersent dans les champs ; des lambeaux de forêts traînent un {jeu partout ; et les maisons en torchis, en bois, ou en briques, brillent disséminées dans les arbres.

On ne se doute pas de l'aspect du pays, quand on le traverse suivant les vallées des principales rivières ; on ne voit alors que des alluvions étalées en vastes nappes, à peine assombries au loin par des lignes de forêts. Le peu de consistance du sol, incapable d'offrir une grande résistance aux eaux, donne une grande ampleur aux vallées. Celle de la Seine en amont de Troyes, de l'Aube à Brienne, et surtout celle de la Marne entre Saint-Dizier et \itry, sont de véritables campagnes enrichies par les dépôts limoneux enlevés aux plateaux calcaires. Là s'établirent les centres précoces de richesse agricole. Les parties argileuses de la zone champenoise n'étaient encore que des fondrières fangeuses dont seulement au xn" siècle les Cisterciens et les Templiers tentèrent le défrichement, tandis que depuis des siècles des populations étaient établies et concentrées dans ces plaines. Celle du Perthois, que traverse la Marne, est, sous ce nom anciennement connu, la première plaine fertile d'ample dimension que l'on rencontre entre le Rhin et Paris. Dans la A'allée de la Seine, ïroyes est la première grande ville que baigne le fleuve : bien située au contact de régions agricoles et forestières, voisine de la forêt d'Othe qui lui a fourni non seulement les charpentes de ses vieilles maisons, mais de précieux germes d'industrie, elle domine la batellerie supérieure de la Seine. Ces plaines d'alluvions furent les passages par lesquels la Champagne se relie à la Bourgogne et à la Lorraine. La circulation était difficile à travers les fondrières des forêts plates d'Aumont, d'Orient, du Der, du Val, etc., autant qu'à travers celle de l'Argonne.

Celle-ci est un pays de même nature. Si, au lieu d'être

,„^„,„.,. déprimé, il s'élève en saillie, c'est qu'un mélançre de silice a

rendu 1 argile dont u est constitue assez résistante pour tor-

mer, sous le nom de rjaize, une sorte de banc glaiseux et

compact. A l'Est, les dômes qui surmontent la petite ville de Clermont,

ont, par exception, des silhouettes assez vives; le modelé est en général

informe. Les versants, boisés comme les sommets, s'élèvent d'un jet. Les

eaux ont isolé ce pâté d'argile, en ont pétri les contours, mais n'ont pas

La France du Nord. livre premier, n

réussi à entamer l'intérieur. Rares sont les brèches qui le traversent. Le défilé des Islettes coupe un long couloir, qu'aucune autre ouverture, pendant cinq lieues, ne dégage. On y chemine entre un double rideau de forêts sur des sentiers gluants et blanchâtres. Des maisons en torchis et poutres croisées, dont les toits en forte saillie ne sont que trop justifiées par le ciel pluvieux, font penser aux loges qu'élevaient les « compagnons de bois » : charbonniers, tourneurs, forgerons, briquetiers, potiers. On s'imagine volontiers ces figures hirsutes à physionomies un peu narquoises, un peu étranges, telles que Lenain, dans la Forge, les représente, si difTérentes de ses paysans. Il y avait en effet entre ces hôtes de l'Argonne et les paysans voisins une vieille antipathie nourrie de méfiance. Encore aujourd'hui l'habitant de l'Argonne a conservé l'humeur vagabonde, errante : il circule, émigré en été, exerce des métiers roulants, va louer ses bras au dehors.

m Au sortir de l'Argonne, des mamelons écrasés, de laides

CHAMPAGNE succcssious de guérets annoncent la Champagne crayeuse. CRAYEUSE Cependant une ligne de sources, correspondant à l'afÊleurement de la craie marneuse de l'étage turonien, fait naître à la lisière des deux régions une rangée de villages, dont l'un est Valmy. Mais ensuite l'eau disparaît sous l'immense filtre de la craie blanche. La contrée change encore une fois d'aspect. Dans l'encadrement des prairies et des rideaux de peupliers, les principales rivières lèchent de larges vallées effacées. Mais dans l'intervalle qui les sépare, rien que des plaines ondulées, dont le petit cailloutis blanchâtre du tuf crayeux forme le sol. Un pli de terrain suffit pour masquer l'horizon ; et quand, par hasard, on peut embrasser de grandes étendues, on éprouve un sentiment de vide, car les hommes ont l'air de manquer, comme les eaux.

Que sont donc devenus les ruisseaux et les rigoles si nombreux dans la zone d'amont? Une partie s'est infiltrée avec les eaux de pluies sous les argiles à travers les sables, et a pénétré par des fissures dans le massif de la craie champenoise. Sur toute l'étendue du talus bordier, toute circulation de surface semble confisquée en dehors des grandes rivières. Celles-ci continuent à se grossir des eaux de source qui affleurent dans leur thalweg; elles augmentent et deviennent navigables. Mais les affluents manquent. C'est seulement après 3o ou Ao kilomètres, vers Somme-Suippe, quand la plaine dans son inclinaison graduelle retrouve le niveau de i5o à 160 mètres, que l'eau revient au jour ramenée en vertu de sa pression. Une ligne de sommes ou fortes sources correspond au niveau que la force hydrostatique assigne à la réapparition des eaux. Ces jej^a- de la Champagne ramènent la population et la vie. Une ligne presque ininterrompue de villages et de villes commence dès l'apparition de la source. La plupart des villages s'étendent en longueur, parallèlement à la rivière. Leurs maisons, rapprochées mais non contiguës, s'égrènent en chapelets, de telle façon qu'on passe parfois sans s'en apercevoir d'un village à

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