‹ La France transatlantique [microforme]Chapitre 10 sur 24 · AL · texte numérisé non relu

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A MONTRI

En

PALAIS DE GLACI

Autant Québec a frappé le touriste par sa physionomie quelque peu archaïque, par sa tranquille et solennelle vétusté, autant Montréal l’étonnera par son activité et sa splendeur toute moderne. Le fait est qu’on pourrait difficilement rencontrer dans un même pays deux villes plus dissemblables. L’une tâtonne, hésite, ne se meut qu'avec la plus grande circonspection; l’autre court, vole à son but, possède le coup d’œil et la süreté de main des hardis et des jeunes. Une bravura bien américaine, en un mot.

Un exemple fera mieux ici saisir cette différence.

Une fois l’an, vers la même époque, Québec passe par quelques jours de noire colère. C'est en septembre, au moment de la grande Exposition provinciale annuelle des produits de l’agriculture et de l’industrie. La vieille ville s’évertue alors à crier à tue-tête qu’il lui faut coûte que coûte cette Exposition; que l’on a déjà depuis trop longtemps oublié ses titres impres-

‘criptibles à se mettre en avant, et qué, si l’on

continue quand même à lui refuser justice, il y aura certes péril en la demeure. Les ministres sourient à la douairière, l’apaisent, la flhttent, lui promettent monts et merveilles. Aussitôt, Québec rentre ses ongles, et, croyant déjà tenir son Exposition, nomme l’inévitable comité général, lui-même flanqué de plusieurs sous-comités, puis les séances sont ouvertes, et les discussions commencent. Hélas! peines perdues! Une première commission d’enquête, chargée du soin d’un local, n’a pas encore présenté son rapport, et les sous-commissions ne se sont même pas encore mises en branle, que déjà Montréal, plus pratique, bien que moins savant, en est à mettre la dernière main à la toiture de son Palais d'industrie, lance de tous côtés ses invitations et organise les trains d’excursion qui devront faire affluer dans ses murs l'or du pays. Le tour est joué, et Québec, après un gros soubresaut d’indignation, en prend paisiblement son parti, quitte à donner vent l’année suivante à une nouvelle explosion de colère.

Montréal renferme à cette heure 200,000 ha-

bitants, et Québec 80,000, et quand plus tard, sans doute, cette dernière ville aura à peine 100,000 âmes, sa rivale ne sera pas loin des 500,000, et continuera encore de plus belle sa marche en avant.

L’admirable situation de Montréal la destinait du reste depuis longtemps à devenir par excellence le centre de production du Canada. Tout près, l'Ottawa, autre fleuve géant, vient se jeter dans le Saint-Laurent, offrant ainsi un moyen de communication sûr et rapide avec une immense et riche région encore bien peu exploitée aujourd’hui. Puis les Grands-Lacs sont là, à une journée de route à peine de la ville par le Saint-Laurent, les Grands-Lacs qui ouvrent la voie de cet énorme grenier d’abondance, appelé « l’Ouest-Amérique », dont les millions d’hectolitres de blé prendront sans doute avant peu le chemin de la métropole canadienne, pour de là se diriger vers l'Océan et l’Europe.

L'industrie et l'esprit d'entreprise des habitan(s de Montréal ont fait partout des prodiges.

De tous les points des États-Unis et du Canada, des chemins de fer, des canaux rayonnent vers leur cité, et à l'heure qu'il est on met tout en Jeu pour obtenir que le tracé de la voie ferrée du grand Transcontinental Canadien — qui bientôt traversera de part en part, de l’Atlantique au Pacifique, l'immense territoire de l'Amérique britannique — soit tel que Montréal surtout puisse en retirer à l'avenir les plus grands avantages.

La ville est superbement bâtie, en belle pierre grise tirée des carrières de la montagne à laquelle elle est adossée, et l’on pourrait presque, en parcourant ses rues, se croire dans une capitale de l'Europe. Les églises y sont nombreuses et d’une rare somptuosité, entre autres Notre-Dame, qui rappelle d'assez près la basilique du même nom à Paris, et qui peut contenir dix mille personnes ; puis la cathédrale anglicane de Saint-Georges, l’un des plus purs monuments d'architecture gothique qui se puissent voir. Viennent ensuite quelques établissements d'éducation, le Grand Sémi-

naire, le Collége des Jésuites, l'Université Mac Gill, le Collége de médecine Victoria.

Beaucoup d’autres édifices sont aussi trèsremarquables : le Palais de justice, aux belles lignes graves et sévères; l'hôtel Windsor, immense et majestueux caravansérail qui peut supporter la comparaison avec tout ce que l’on trouve de mieux en ce genre tant en Europe qu'en Amérique ; l'hôtel des Postes, le Grand Hôpital, l'Hôtel de ville, etc.

Montréal est aussi réputé pour la grande richesse de ses établissements de finance et de haut commerce. Quelques Banques sont de véritables monuments publics, et certains de ses grands magasins, vrais temples érigés à la toutepuissance du dieu Dollar,’ figureraient avec éclat sur les places publiques de bien des capitales, à côté des palais princiers. Le long des rues principales, mille coquettes et élégantes boutiques sollicitent comme à Paris, par l’attraction de leurs vitrines, l'attention des promeneurs, et tout le jour, de fringants équipages y siationnent, absolument comme aux

portes des grands établissements des boulevards de Paris. Les riches déploient un grand luxe dans l’ornementation de leurs hôtels. La plupart, entourés de massifs de fleurs et de verdure, offrent un coup d’œil ravissant alors que, roulant en voiture sous les fraîches et épaisses frondaisons des avenues, on en suit les longues

perspectives se succédant à l'infini.

Le nom de Montréal devra rappeler à plus d'un lecteur le souvenir de ce carnaval d'hiver d’un genre si particulier dont les journaux français ont raconté les magnificences à leurs lecteurs, et notamment un certain palais de glace, aux proportions gigantesques el féeriques, qui semble emprunté au royaume d’Aladin.

Au fond, rien n’est plus simple que la construction de cette merveille, qui se fait à Montréal en un tour de main. Devant la ville, le Saint- Laurent, gelé en février sur une épaisseur d’un mètre, fournit les matériaux en abondance. Des machines attaquent la glace, la scient en beaux

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