‹ La France transatlantique [microforme]Chapitre 13 sur 24 · UNE COURSE A TRAVERS ELA VALLÉE DU SAINT-LAURENT · texte numérisé non relu

UNE COURSE A TRAVERS ELA VALLÉE DU SAINT-LAURENT

A travers champs. — Le mont Saint-Hilaire. — La récolte des pommes. — Saint-Hyacinthe. — Chez l «habitant » canadien. — Intérieur de famille. — Les mœurs et coutumes de l’« habitant ». — Plaisirs d'hiver. — En plein pays de défricheurs. — Sherbrooke et les cantons de l'Est.

Le chemin de fer de la rive sud du Saint- Laurent, qui est la propriété d’une puissante compagnie de capitalistes anglais portant le nom de « Compagnie du Grand Tronc », était encore, il y a quelques anñées à peine, la seule voie de communication entre Montréal et Québec, pendant les longs mois de l’hiver canadien qui s'étendent de la mi-novembre au commencement d'avril. A l’inverse du chemin qui vient d’être terminé sur la rive nord, et qui suit d’assez près le fleuve sur tout son parcours, le Grand Tronc plonge directement dans l’inté-

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rieur du pays, au sortir de Montréal, et ne rejoint le Saint-Laurent, après un circuit considérable, qu'aux premières maisons mêmes de la ville de Lévis, située en face de Québec, Aucun voyage en chemin de fer ne saurait donc plus facilement donner au touriste une idée d’ensemble de la physionomie du pays. Aussi est-ce sur ce trajet, que j'ai tant de fois parcouru au temps de mes pérégrinations entre les deux villes canadiennes, que j'invite aujourd’hui le lecteur français à m'accompagner,

En été, le train le plus agréable à prendre est le rapide qui part de Montréal à sept heures trente minutes du matin, arrivant à Lévis sur les trois heures de l'après-midi. A la gare, au moment du départ, quelques Indiens accompagnés de leurs squaws — derniers descendants bien dégénérés de ces vaillants Iroquois qui autrefois régnaient dans ce pays en maîtres — viennent vous offrir des produits de leur industrie, consistant pour la plupart en ouvrages de peau d’orignal, curieusement travaillés avec des perles de couleur. Tous ces Indiens,

revêlus, pour les besoins de la couleur locale, de couvertures en laine toutes plus ou moins bariolées et hétéroclites, viennent d’un joli village, entièrement habité par leurs congénères, situé à une dizaine de kilomètres de Montréal et portant le nom caractéristique de Caugnawaga. On rapporte qu'ils se civilisent affreusement à cette heure. La plupart baragouinent assez bien le français ou l’anglais, et n'ont plus aucune objection à ressembler au commun des mortels. Quelques-uns même ont déjà poussé leur amour des concessions jusqu’à arborer le chapeau de soie, et il en est qui font instruire leurs filles chez les Révérendes Sœurs, tout comme le premier bourgeois venu. Ce n’est pas tout pourtant, et c’est ici où l’on ne saurait trop féliciter Fenimore Cooper et Gustave Aimard, ces deux héros du tomahawk, d’avoir depuis longtemps déjà quitté notre planète.

Jusqu'au piano, ce critérium obligé de toute civilisation qui se respecte, qui en est arrivé à faire irruption dans certains intérieurs aisés de ces petits-fils des antiques Peaux-Rouges |

Quel changement à vue, grand Dieu! Imaginez donc, en effet, toutes les Atalas de la fable et du roman pianotant aujourd'hui la Prière d'une vierge ou les Cloches du monastère’.

Mais le signal du départ s’est fait entendre.

! À proprement parler, il n’y a plus guère de sauvages aujourd’hui dans les possessions britanniques de l'Amérique du Nord, si ce n’est dans la Colombie anglaise, le Manitoba, les territoires du Nord-Ouest et la terre de Rupert, où l’on.en compte encore 75,000 éparpillés sur une superficie territoriale de 8,186,744 kilomètres carrés.

Dans Ontario, Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’île du Prince-Édouard, il n’y aurait, d’après le dernier recensement (4881 ), que 30,755 sauvages, répartis dans les réserves que leur fait le gouvernement.

Les Peaux-Rouges du Canada n’ont pas à se plaindre des vexations ou des privations auxquelles on a pu attribuer leur disparition en d’artres pays. Les derniers débris de leurs tribus vivent sous la direction de leurs chefs, sur des territoires dont la propriété leur est garantie par les traités et sauvegardée par des priviléges spéciaux qui les mettent à l'abri de déprédations injusies de la part des particuliers. Ils ne peuvent pas non plus se plaindre d’être trop à l’étroit, disséminés, comme ils le sont, par tribus de quelques cents âmes, sur un territoire immense, dont une grande partie, encore inexplorée, leur est ouverte pour la chasse et la pêche.

Cependant, au Canada, comme partout, du reste, où ils vivent en contact avec la civilisation, sans cause apparente, ces robustes enfants de la nature s’étiolent et dépé rissent. (Paul pe CAZES, Notes sur le Canada. Québec, 1882.,

E MARTINEHAUS

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