CHAPITRE IX LA PRESSÉ CANADIENNE-FRANÇAISE
Il pleut des feuilles. — Les Biskris de Montréal et de Québec.—- Comment on se passe d'abonnés. -— De quelques particularités du journalisme au Canada. — On demande des nouvelles des « hustings ».— Un pays de cocagne en perspective pour les duellistes. — L'homme aux deux cent mille francs.
L'une des choses qui frappent le plus le voyageur étranger qui traverse pour la première fois la province de Québec, c'est le nombre relativement énorme, par rapport au chiffre de la population, des journaux rédigés en français. Pour ne parler ici que de ceux qui ont déjà fait leurs preuves, et dont on peut prédire la vitalité, on n’en compte pas actuellement moins de trentesix, disséminés par tout le pays, dont dix sont quotidiens, et les autres hebdomadaires ou paraissant à des intervalles de deux à trois jours. Ii y a en outre deux revues mensuelles,
s’occupant de généralités, et plusieurs feuilles spéciales ouvertes à l’agriculture,au commerce, aux beaux-arts. etc. :
À Québec et à Montréal, on est assailli dans les rues par une nuée de gamins qui, chargés de journaux, vous offrent leur marchandise avec force cris et gesticulations. «L’Événement, monsieur, prenez l'Événement! » vous hurle l’un de ces petits diables en courant à vos côtés. « La Patrie, voilà, voilà ! » fait un autre en vous poussant une feuille humide entre les doigts. Puis, c’est l’Électeur, la Minerve, le Monde, le Canadien, etc., que sais-je encore ? Vous n’avez de repos nulle part. Les infatigables petits camelots s’accrochent aux tramways, escaladent les bateaux à vapeur, grimpent sur le siége des voitures, se hissent aux fenêtres des wagons de chemin de fer. Un peu plus, et l'on croirait que tous les Biskris d'Alger se sont soudain abattus sur le Canada. Chez soi l'on n’est pas plus à l'abri de leurs persécutions. Bien souvent, lorsque rentré dans votre appartement, vous croyez avoir échappé pour un
temps au tapage et au tracas de la rue, une petite tête embroussaillée, percée de deux yeux vifs et clairs, apparaît à travers l’entre-bâillement de votre porte, tandis que tout à coup éclate dans le silence de la maison le cri bien connu : « Lisez, lisez le Monde, et les détails sur le scandale politique du jour. »
Ce serait à croire que l’on a mis le pied dans le pays de cocagne des journalistes, et pourtant Dieu sait combien au Canada, plus que partout ailleurs, les ouvriers de la plume gagnent difficilement leur vie. Les fortunes à faire dans le métier sont encore à venir, et trois ou quatre directeurs, tout au plus, peuvent péniblement chaque année mettre quelque chose de côté.
Le reste s’estime très-heureux quand il a simplement pu couvrir ses frais. Çà et là, un plongeon. Un beau matin, certain grand journal file et disparaît. C'est un désastre complet, que recouvre tout aussitôt la superbe indifférence du public. Il sait trop bien, en effet, ce public. tant est grande là-bas la rage d'écrire, que pour un journal qui meurt, on en voit surgir aus-
sitôt deux. Hier, c'était l’Étendard; le lendemain verra paraître le Drapeau et l’Oriflamme.
Un exemple, entre plusieurs, des difficultés attachées à l’état de journaliste canadien. Il n’y a pas bien longtemps encore, l’« abonné payant » était une rareté, quelque chose approchant du phénix de la fable, une sorte de merle blanc enfin, que l’on ne pouvait manier qu'avec des soins infinis, qu’il fallait choyer, aduler sans cesse au risque de le perdre. Aujourd’hui, la situation est un peu plus riante, ce qui ne veut pas dire qu’elle soitexempte d'incertitude, loin de là. Les « payants » se sont faits plus nombreux, il est vrai, mais c'est toujours avec le mème serrement de cœur qu’ils délient les cordons de leurs bourses. Surtout, n’allez pas commettre la faute de leur demander de l'argent, l’abonné du Canada, — chacun sait cela, du reste, dans le pays, — ne payant que lorsqu'il :e juge à propos, et ayant par-dessus tout horreur de se presser. Autrezaent, et pour avoir oublié cette particularité, on risquerait de se faire jeter le journal à la face, et de s’en-
tendre déclarer avec indignation qu’un « client » ne saurait continuer à encourager un « directeur » assez osé pour se permettre à son égard une telle impudence.
Ici le lecteur va se demander tout naturellement : « Mais alors, comment font donc pour vivre les journalistes canadiens ? » Je me souviens d’avoir entendu poser et résoudre cette question par M. Hector Fabre, qui fut luimême, avant de venir représenter le Canada en France, directeur de l’un des rares journaux quelque peu prospères de ce pays. D'après M. Fabre, ce sont les propres amis politiques du journal qui, de temps à autre, donnent le coup d'épaule nécessaire pour le remettre à flot. Ils apprennent, un beau jour, que les rédacteurs aux abois en sont réduits au point de songer sérieusement à faire payer les abonnés récalcitrants, et alors, en tunulte, l’angoisse peinte sur le front, la cravate de travers, ils font irruption dans les bureeux, secouant le malheureux directeur, et criant tous à la fois : « Comment ! vous faites payer vos abonnés ! mais
vous voulez donc les perdre, — et nous avec!
Et généreusement ils payent pour les autres.
Comme on le voit, ce n’est pas là tout à fait de la grandeur à la façon des héros de Plutarque. En effet, il faut en faire son deuil : au Canada, comme partout ailleurs, en cesiècle, on n'entend laisser puiser dans sa sacoche qu'avec la certitude de voir l’argent qui en sort fructifier au centuple, comme les fameux pains de l'Évangile. Quoi qu’il en soit, le fait qu'il y ait encore, de par le monde, des « amis politiques » disposés à se saigner pour leurs semblables, n’en resterait pas moins extraordinaire, s’il n’avait pas, d’autre part, son correctif. Le journal, au Canada, est, à quelques exceptions près, subventionné en partie par des coteries de politiciens qui s’en servent comme d’un tremplin; on comprend donc que ceux-ci soient disposés à bien des sacrifices pour l’empêcher de sombrer.
Et puis, il y a là, cornme ailleurs, des directeurs de journaux, — ils sont en petit nombre, heureusement, — qui ne dédaignent pas le
casuel, ce doux et cher casuel qui, pour le chef de police en Russie, le mandarin en Chine et le pacha en Turquie, aide à prendre en patience les coups de bâton de l’autorité, et remplace avantageusement les gros appointements qui n'existent que sur le papier. Or les occasions d'augmenter ainsi les recettes quotidiennes du journal ne sont pas rares au Canada, pays neuf, où de larges champs sont ouverts aux individualités, et où les hommes et les choses changent et se renouvellent avec une rapidité inouïe. Tel particulier, par exemple, désire faire mousser une entreprise de chemin de fer, tel autre une ligne de bateaux à vapeur. Un troisième, et celui-là est géréralement le plus recommandable, sollicite des subsides du gouvernement pour l’exploitation d’une idée qui doit être le point de départ d’une industrie nationale. À tous ces gens, il faut le journal pour agiter les masses en leur faveur. Nous ne parlons ici que pour mémoire du menu fretin des aspirants à la députation,
en quête d’un siége, et de l'immense troupeau
des désœuvrés qui briguent des situations dans les bureaux publics.
A donnant, donnant. On n’attache du reste à ces opérations aucun caractère de vénalité, car, dans l'opinion du plus grand nombre, le premier devoir du vrai journaliste est d’aider ses connaissances et amis. C’est là la fonction même du journal, vous dira-t-on. Et puis le moyen, je vous le demande, de ne pas se laisser aussi gagner, comme tout le monde, par l’attrait de ce demi-dieu, le seul souverain en Amérique, qui se nomme le « dollar », demidieu qui, rayonnant de New-York, alimente dans toutes les villes du nouveau monde une vie d’enfer, y tient les populations dans un état perpétuel de fièvre et d'affolement, y étoufle toutes considérations, et y apaise les ressentiments les plus enracinés? Que celui donc qui est sans péché.
D'ailleurs, le journaliste canadien espère qu'il lui sera beaucoup pardonné, non-seulerent parce qu'il aura beaucoup aimé ses « amis », mais aussi parce qu’il n'entend pas
faire de la profession de publiciste l’occupation de toute sa vie, et parce qu’il ne demande pas mieux que de saisir avec empressement la première occasion qu’on lui offrira de secouer la poussière de ses souliers sur le seuil des bureaux de rédaction. Le journalisme, selon lui, ne peut pas être appelé une carrière ; tout au plus est-ce une tribune plus retentissante que les autres, où il pourra se faire valoir avec plus d'avantage. Ceci s'applique aux audacieux qui désirent pénétrer, à la suite de la feuille volante, dans la grande arène des luttes parlementaires. Je pourrais citer ici des journaux qui, au Canada, n’ont été créés que dans le but d'assurer une élection, et qui, une fois cette élection terminée, se sont laissés aller tranquillement de vie à trépas, comme n'ayant plus de raison d’être.
Pour la plupart, cependant, le journal n’est qu'un vulgaire marchepied qui les aidera à se hisser jusqu’à une position lucrative ardemment convoitée. Chose incroyable, en effet, et bien que M. Labiche, dans le Voyage de M. Per-
richon, nous ait depuis longtemps mis en garde contre la reconnaissance des gens que l'on a obligés, il se rencontre encore par-ci par-là, au Canada, des « amis politiques » qui récompensent réellement les services rendus. En général, cette récompense revêt la forme d’une grasse sinécure où le journaliste, arraché au guëpier, coulera désormais des jours calmes et heureux, chaudement retiré dans son fromage, Est-il besoin d’ajouter, toutefois, que cela n’arrive qu’au petit nombre, et que le reste, toujours espérant, toujours attendant, demeure rivé au métier, comme le forçat à sa chaîne, jusqu’à ce que l’âge soit venu le forcer à prendre sa retraite ?
De ce peu d’attachement du publiciste canadien à sa besogne de chaque jour, et de la hâte continuelle qu'il éprouve de s'y soustraire résulte, pour lui, une situation d'un caractère tout à fait particulier, absolument inconnu en Europe, et qui n’est mème pas sans causer parfois de réelles surprises au Canada. En temps d'élection, par exemple, deux
candidats rivaux, et briguant les suffrages du même comté, auront décidé de se rencontrer tous deux sur les hustings du chef-lieu afin d’en appeler à l'opinion des électeurs, et, n'ayant pas assisté à cette lutte de discours, vous êtes désireux de connaître le lendemain, par les journaux, le plus ou moins de chances de chaque concurrent. Vous ouvrez la première feuille, — une feuille conservatrice si vous voulez, — qui vous tombe sous la main :
« Notre brave et vaillant ami, M. X..., y lirez-vous, a rompu hier la mémorable lance que l’on sait avec son adversaire, M. Z... C'est assez dire que ce dernier a reçu là une raclée dont il se souviendra longtemps. Vraiment, nous ne saurions concevoir comment il oserait encore se montrer dans le comté après une semblable journée. Le fait est que ce pauvre M. Z... y a été complétement pulvérisé. C'est une rude leçon, bien méritée, du reste. Honneur donc à notre ami, et que l’on se prépare à fêter dignement son triomphe. »
Vous versez un pleur sur le sort de l’infor-
tuné M. Z..., et vous entamez la lecture d’un autre journal, libéral celui-là, afin de voir en quels termes y est conçue l’oraison funèbre du candidat malheureux. C’est à en rêver, positivement. En effet, qu'y lit-on ?
« La belle et glorieuse journée! Nous en sommes encore tout émus et transportés. Notre valeureux ami, M. Z..., a administré hier à son rival l’une de ces volées de bois vert qui comptent dans la vie d’un individu. Une exécution en règie, quoi! Aussi, quelle malencontreuse idée avait donc eu M. X... de se présenter dans un comté comme celui de B..., lequel a toujours passé pour être le château fort du libéralisme canadien! Aplati, annihilé pour toujours, M. X... Libéraux de tout âge et de tout grade, apprètez oriflammes et lampions pour fêter, au prochain jour du scrutin, le triomphe de M. Z..…., l’infatigable défenseur de vos droits. »
Après cela, n’est-ce pas, il n’y a plus qu'à tirer l’échelle.
Autre particularité. Tous les ans, à l’époque
des examens pour être admis à l’exercice d’une profession, il est d’usage que le journaliste canadien consacre ses plus beaux dithyrambes aux fils de ses connaissances et amis, qui ont obtenu de bons numéros. Cela se lit, à quelques variantes près, en ces termes :
« M. A..., le fils même de notre distingué compatriote, a été admis ces jours derniers à la pratique de..., après l’un des examens les plus brillants dont ces messieurs de la Faculté aient gardé souvenance. Les succès continuels, précédemment remportés par notre jeune ami au cours de ses études, nous étaient du reste un sûr garant qu'il saurait entrer avec gloire dans l2 noble carrière qu’il vient d’embrasser. Dès ce jour, l'avenir le plus souriant s’ouvre sous les pas de M. A..., destiné avant peu à devenir une illustration et pour son pays et pour ses confrères. »
A la lecture de cette note, le père se rengorge, extrêmement fier, et peut-être alors, l'émotion aidant, se rappellera-t-il que plusieurs termes de son abonnement sont depuis long-
temps échus. Dans ce cas, c’est le résultat le plus clair et le plus heureux des pronostics du journal, car trop souvent, étant donné l’encombrement des professions au Canada, l’ « illustration » annoncée à son de trompe ne peut que venir bientôt grossir les rangs des mille et un avocats sans cause, médecins sans clients et notaires interlopes, qui fourmillent aujourd'hui par tout le pays.
On devine, au peu de mesure de la louange, jusqu'où peut aller le blâme. En effet, on le pousse jusqu'aux dernières limites du possible; car, quoi qu'on fasse, il cera toujours plus aisé, pour ne pas dire agréable, de dilapider son prochain que de lui élever des autels. A côté des invectives violentes qui s'étalent parfois dans maints journaux canadiens-français, les plats les plus épicés, servis journellement aux lecteurs du Cri du Peuple et de la Bataille, paraîtraient fades et refroidis. Seuls, certains rédacteurs des États-Unis, en temps d'élection présidentielle, pourraient peut-être lutter avantageusement sur ce ter-
rain. MM. Paul de Cassagnac et Carle des Perrières, s'ils vivaient à Montréal, en bondiraient régulièrement d’indignation tous les matins, et tous les matins, ils iraient décrocher leur meilleure rapière pour courir l’enfoncer, non moins régulièrement, entre les côtes de leurs adversaires. A la longue, ce petit exercice hygiénique finirait par rentrer dans le programme de leur journée, tout comme le cocktail apéritif d'avant le déjeuner et la côtelette saignante, sur le coup de onze heures. Aussi, comment imaginer, en France, que l’on puisse laisser sans réponse un bouquet d'aménités dans le genre de celui-ci, pris au hasard entre plusieurs, et dont ma mémoire a gardé, sinon l'enchaînement exact des mots, du moins le sens précis, en même temps que les épithètes les plus caractéristiques :
« Parce que vous ne pouvez rien trouver à redire à ma conduite publique, vous cherchez maintenant, lâche et misérable que vous êtes, à soulever le voile, sacré pour tout homme de
cœur, qui recouvre ma vie privée.
« Infâme sépulcre blanchi, qui traînez vos turpitudes par tous les lupanars, est-ce bien à vous qu'appartient l'initiative d’une semblable démarche ?
« Pour vous faire ainsi le champion de la morale, vous oubliez vraiment trop l’éclatante séparation de corps prononcée devant la cour, il y a quelques années, en faveur de votre épouse. Les motifs alors invoqués par elle me sont connus, et je pourrais tout à mon aise les divulguer ici. Je ne le ferai pas, par égard pour une sainte et digne femme et pour nos lecteurs.
« Vos menaces ne m'effrayent pas, et je vous crache à la face toute l'expression de mon mépris. »
Ce sont là manières de parler auxquelles personne ne prête attention au Canada, tellement les gros mots, par l’abus au’on en a fait, y ont perdu leur véritable signification. Tout au plus, lorsque les coups sont mieux appliqués que d’habitude, les amis de l’« engueuleur » éprouventils un petit sentiment de fierté bien légitime à
la pensée de posséder un rédacteur aussi crâne. Le lendemain, l’article est tombé dans l’oubli. Ou plutôt non, il en est un qui en conserve encore le souvenir : celui qui en a été le principal objet et qui, dans le silence du cabinet, fait en ce moment des recherches dans le vocabulaire poissard, afin de renchérir l’un de ces matins sur son adversaire. La multitude, elle, n’a fait qu’assister à une dispute de cochers, et, l’« engueulement » bien savouré a passé tranquillement son chemin.
Mais, à défaut du duel, défendu par la loi anglaise, n’existe-t-il donc aucun moyen d’obtenir satisfaction pour les délits de presse ? Si, il y a les tribunaux, mais on ne se résout à y faire appel qu’à la dernière extrémité, c’est-à-dire quand l’injure a été telle qu’elle est de nature à nuire à quelqu'un dans sa fortune, dans l’exercice de sa profession ou dans sa carrière politique. L'intérêt, comme on le voit, est le seul juge en ces matières. Mais celaest fort rare, cer, encore une fois, le public canadien est là-dessus d’une indifférence extraordinaire.
. y a même de ces accusations qui, à force d’être appliquées à la même personne, sont devenues peu à peu d’une banalité désespérante. Les jeunes rédacteurs les reçoivent, avec les tiroirs à clichés, des mains de leurs prédécesseurs. Ainsi, par exemple, il me souvient qu'un homme, haut placé dans la hiérarchie politique canadienne française, se voit rappeler encore aujourd’hui, et cela depuis un temps immémorial, qu’il lui est arrivé de voler 200,000 francs dans les coffres de l’État. L'aceusation n’a pourtant plus sa raison d’être, car il y a beau jour qu’on en a démontré toute la fausseté. Mais il n'importe, et les adversaires de l’homme en question n’en ont cure. Toujours, à époques fixes, l’écœurant cliché continue à faire son apparition. Il en est même qui intitulent gravement leurs articles : « L'homme aux 200,000 francs. » On se dit sans doute que cela ne fait de mal à personne, pas même à l'accusé qui y est habitué, et que peut-être quelques-uns y prendront plaisir. Inutile, n'est-ce pas? d'insister plus longtemps sur ce
petit détail de mœurs passablement piquant des publicistes d'outre-mer.
Il est nécessaire et il est juste de faire re- | marquer que, depuis quelques années surtout, ceux qui tiennent la tête de la presse canadiennefrançaise ne négligent aucun effort pour relever le ton deleurs journaux. Les écarts regrettables, dans le genre de l’échantillon ci-dessus cité, tendent aujourd’hui à se faire de plus en plus rares. En même temps que le goût du beau langage, le souci de bien écrire la langue française est aussi devenu plus manifeste. Nombre de directeurs font maintenant une guerre à mort aux anglicismes, et s’attachent avec un soin minutieux à relever les plus légères incorrections qui auraient pu se glisser dans leurs colonnes. Les feuilles parisiennes les mieux rédigées leur servent en cela de modèles. IL en est deux ou trois qui publient, tous les samedis, des suppléments littéraires très-soignés, à l’instar du Figaro. Ce sont là certes autant d'indices des plus heureux, et dont les Canadiens ne sau-
raient trop se réjouir. La couleur locale, sans doute, y perdra bien un peu, mais le prestige et la dignité de toute une importante classe de citoyens y gagneront, ce qui vaut bien la peine que les intéressés achèvent d'opérer cette petite révolution.