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CHAPITRE XI L'AVENIR

Ils seront quarante millions. —Le prochain Empire francoaméricain. — Probabilités de guerre civile. — Le désert sans l’homme. — Le Manitoba. — Le chemin de fer du Pacifique canadien .— Historique du chemin.— En route pour les montagnes Rocheuses. — La grande voie prochaine pour la Chine et le Japon.— Appel aux populations agricoles de France. — « France, à moil »

Si rien ne vient entraver le mouvement de la population au Canada, les Canadiens-Français compteront, à la fin du siècle prochain, quarante millions d’âmes sur les cent millions que contiendra alors le Dominion. Selon toute probabilité, le nouveau peuple franco-américain occupera en entier à cette époque, outre le bassin du Saint-Laurent, ceux de l’Ottawa, du Saint-Maurice et du Saguenay, soit en tout quelque cinquante millions d'hectares; plus la péninsule du Labrador, les immenses territoires

situés au nord des lacs Huron et Supérieur, et la plus grande partie des riches et plantureuses prairies qui de là se déroulent jusqu’à la rivière Rouge, aans le Manitoba. Il y a aussi de fortes raisons de croire que les deux provinces maritimes du Nouveau-Brunswick et dela Nouvelle- Écosse seront englobées tôt ou tard par la race française, et que même l'État limitrophe du Maine, appartenant aux États-Unis, n’échappera pas à cette invasion’. En jetant un regard sur la carte d'Amérique, on verra que la région en question — région au moins trois fois aussi considérable que la France elle-même — occupe toute la partie nord-est du nouveau monde septentrional comprise entrel’Atlantique, la baie d'Hudson ct les grands lacs.

Selon le cours naturel des choses, et d’après ce que nous savons déjà des phénomènes ethno-

1 Déjà l'influence considérable des Canadiens-Français de l’État du Maine a commencé à porter ses fruits. Dans le courant de l’année dernière, leurs votes prépondérants ont pu faire franchir l'enceinte de la législature du même État à deux de leurs compatriotes. C'est là un fait unique

jusqu'ici, et dont on ne saurait trop, croyons-nous, s’exagérer la portée significative.

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logiques du pays, c'est ainsi que devra se constituer et se localiser la France américaine de l'avenir. Un seul fait pourrait, sinon réduire à néant tous ces pronostics, du moins quelque peu les modifier, et ce fait, c’est l'éventualité d'un conflit de races eatre les deux groupes principaux de la population canadienne, l’Anglais et le Français, conflit auquel viendraient s'ajouter par la suite toutes les fureurs d’une. véritable guerre de religion. Or on sait par expérience que celles-ci sont les plus longues. et les plus meurtrières. La foule aura beau se dire que ce sont là autant de fantômes évoqué s. par l'imagination, un gros point d'interrogation ne s’en pose pas moins, hérissé et menaçant, devant tous les Canadiens qui veulent regard er en avant, et ce point d'interrogation, le voici : Qu’arrivera-t-il, au Canada, alors que ce pays, ainsi qu'un fils parvenu à l’âge d'homme, aur a été émancipé par l'Angleterre avec la liberté de se frayer à son tour un chemin dans le monde ?

Eh! mais, il devra survenir une chose très-

simple, et dont on a de fréquents exemples lors des distributions d’héritages : une querelle. Tous les efforts des hommes d'Étai de l’époque devront tendre à l'empêcher de s’envenimer outre mesure. Mais sera-ce bien possible? Les Anglo-Canadiens voudront dominer, cherchant à attirer à eux les meilleurs morceaux, et travaillant à organiser un empire quelconque — république ou royaume, il n’importe — qui soit exclusivement anglais; et les Canadiens-Français de regimber alors tout naturellerment et de refuser de se laisser dépouiller. On criera, on s’injuriera de côté et d'autre, les uns agitant comme sous Cromwell, pour mieux parvenir à leurs fins, le spectr: de la domination papiste, et les autres sentant se réveiller leur vieille haine, un instant endormie, contre les conquérants de leurs pères. Et d’ailleurs, comment imaginer que ia population anglaise puisse voir sans défiance grandir tout près d'elle, et prendre d'énormes proportions, cette descendance des premiers colons de Champlain qui, en dépit de

tout, a toujours fait maison à part; sans compter que très-probablement celle-ci pourrait bien à son tour éprouver le besoin de se tailler, comme dernièrement la Roumanie et la Serbie, une patrie qui fût bien à elle dans le grand domaine américain ? Bref, à moins d’un miracle, ambitions, rancunes et préjugés auront alors, au Canada, merveilleusement préparé le terrain pour un gigantesque Pré aux Clercs. Les mains se porteront d’elles-mêmes aux gardes des épées, et un beau matin l’on se réveillera en pleine guerre civile.

Et qu’en ne vienne pas dire, encore une fois, que ce ne sont là que des hypothèses. C'est une loi inéluctable, maintes fois constatée dans l’histoire, que les peuples se rassemblent, se groupent, se forment en faisceau, suivant des tendances et des affinités naturelles, contre lesquelles la raison même reste bien souvent impuissante. Or quoi de plus dissemblable que l'Anglais et je Français? La langue, la religion, les mœurs, c’est-à-dire autant d’abimes, les séparent à tout jamais. Espérer constituer, en

Amérique, une seule et même nation avec cet amalgame, est un rêve aussi chimérique que celui de la paix universelle du grand Hugo, une de ces utopies monstrueuses, comme seule la fin de ce siècle hardi en a pu concevoir.

Mais la nature humaine, elle, ne change pas.

Ce qui est déjà arrivé arrivera encore, fatalement. Sophocle, Euripide, Shakespeare sont tout aussi vrais et vivants aujourd'hui que lorsqu’iis écrivaient leurs immortelles tragédies. À travers les siècles qui roulent pé'blement les uns après les autres dans le gouffre de l’éternité, à travers les splendeurs, les tumultes et les bouleversements des empires, l’âme humaine seule reste immuable, toujours avec les mêmes passions, toujours et quand même vibrante, à travers le temps et l'espace, sous le souffle des mêmes joies et des mêmes emportements.

Quand il sera devenu assez puissant, c'est-àdire quand il aura atteint le chiffre de seulement dix millions — ce qui, au train dont vont les choses, ne saurait plus tarder longtemps — le peuple canadien-français devra proclamer

son droit à s'affirmer, lui aussi, à la face du soleil, et à jouer son rôle dans la marche du monde. Ce sera tout simple, et la France, la première, tressaillira d’allégresse alors que flottera, au grand mât de la citadelle de Québec, le drapeau neuf de ceux qui, par delà l'Atlantique, entendent renouveler et continuer ses glorieuses traditions. Fasse le ciel, seulement, que cette révolution s'opère sans coup férir, et que ce nouvel empire ne se voie pas forcé de préluder, comme partout ailleurs, à sa consolidation, par des amoncellements de ruines et des flots de sang!

Et quel empire! De l'Atlantique au Manitoba l'on compte en ligne droite six cents lieues, dont à peine un cinquième est aujourd'hui en état d'exploitation! Le désert commence à peu de distance au nord de Montréal : un désert admirable, celui-là, et qui à mesure qu’on avance se fait plus profond, plus illimité ; un désert aux superbes forêts, aux lacs enchàssés comme des joyaux, aux belles rivières innom-

brables, aux cascades bondissantes, aux im-

menses prairies, dont les hautes herbes bleuissent au loin sous la brise, comme les flots de l'Océan. C’est là le désert, en effet, puisque jusqu’à cette heure l’homme y a manqué; c’est le chaos terrestre dans toute sa beauté à la fois sauvags et vierge; c’est la création toute brute, aux âcres émanations, s’'épandant inutilement dans l'infini, car les fleurs y naissent et meurent sans que jamais un regard a: s’en réjouisse ou s’en afflige, sans que jamais personne soit là pour en respirer avec délices les parfums captivants, ou pour saluer d’un dernier adieu les tiges et les corolles déjà mordues par les cruelles gelées d'automne. Et fut cela, pourtant, depuis des siècles, verdoie comme partout ailleurs en germinal, se dore ensuite sous les chauds baisers de thermidor, puis éclate et s’épanouit en vendémiaire, pour s’endormir enfin dans les blancs enveloppements de nivôse.

Et le Manitoba est loin encore d’être la limite extrême des terres destinées, au Canada, aux peuples de l'avenir. Il n’en est même réel-

LE CANADA. 237 lement quele centre, et comme le point de divergence d'où devront partir, avant longtemps, deux grands courants de population, l’un se dirigeant vers le Pacifique, et l’autre vers l'Atlantique, pour se rallier aux colons venus des rives des deux océans. Aujourd’hui cette province du. Manitoba offre le spectacle d'une activité extraordinaire et d’une furia américaine du plus bel élan. Des nuées d'émigrants ne .cessent d’y arriver, s’abattant par milliers le long des bords fertiles de la rivière Rouge et de l’Assinihoine. La capitale, Winnipeg, qui, en 1871, ne comptait pas plus de deux mille habitants, en renferme aujourd'hui quarante mille, et le mouvement ne se ralentit pas.

D’autres villes, aussi, sortent partout de terre, comme par enchantement. Aux endroits où six mois à peine auparavant n’exislaient que quelques huttes de défricheurs, surgissent soudain, çà et là, des cités aux lignes majestueuses, avec églises, banques, hôtel de ville, magasins, restaurants, sans en excepter le journal quotidien de rigueur. Ainsi sont apparues Brandon,

Emerson, Regina, Edmonton, pour ne citer que les plus importantes et les plus caractéristiques. Et toujours le dieu dollar, poussant plus avant les flots grondants de la civilisation, exécute là-bas de nouveaux prodiges.

Il fant dire aussi que bien rarement région plus favorable ne s’est offerte à ses agissements. De la rivière Rouge aux montagnes Rocheuses, se déroulent cinquante millions d’hectares — l'étendue de la France — d’un sol d’une fécondité merveilleuse. Pas n’est besoin d'engrais ni d’alterner les semences, et malgré cela, le blé s’y récolte à pleins boisseaux. Le long de l’Assiniboine, entre autres, des moissons presque centuples des semences s’obtiennent sans efforts. Ajoutons à tout cela les ressources des fleuves et des lacs, les produits des forêts, et les immenses richesses minières et houillères qui s’y découvrent tous les jours.

Ün fait a surtout contribué dans ces dernières

années à faire apprécier ce beau pays. Nous voulons parler du chemin de fer du Pacifique

canadien — l'une des entreprises les plus hardies de ce siècle — qui, lorsqu'il sera achevé, ne comptera pas moins de 4,650 kilomètres, de Montréal, sur le Saint-Laurent, à Port- Moody, point terminus choisi sur la côte de l'océan Pacifique. Une longueur totale d’environ quatre mille kilomètres est en ce moment prête pour le trafic, et l’on espère avoir entièrement terminé ce gigantesque travail en 1886.

Déjà les montagnes Rocheuses sont franchies, et les équipes de manœuvres se sont répandues dans la Colombie britannique, luttant avec une persévérance opiniâtre contre les difficultés énormes rencontrées à chaque pas dans cette contrée, excessivement pittoresque sans doute, mais effroyablement accidentée, et par suite peu propice aux entrepreneurs de chemin de fer. Ainsi, par exemple, entre Emory et Boston-Bar, sur un parcours de trente-quatre kilomètres seulement, il a fallu tout récemment tailler vingt-six kilomètres dans le roc vif, percer treize tunnels, et jeter vingt-deux ponts de grandes dimensions! Ailleurs, à l’endroit appelé

« Upper Kicking Horse », un tunnel de sept mille pieds, quelque chose comme un second mont Cenis, devra être percé à travers la montagne. Entre Kamloops et Port-Moody, situés sur les versants opposés de la dernière chaine qui sépare le Pacifique de l’intérieur, il y à plus de cinq cents ponts et viaducs.

Le projet de relier entre elles, par un chemin de fer, toutes les provinces de l’Amérique britannique du Nord, date de 1867, c'est-à-dire de l'établissement de la Confédération canadienne elle-même. L'un était la conséquence naturelle de l’autre. Tout d’abord, la nécessité s’imposait au gouvernement du Dominion de frapper un grand coup, pour utiliser, dans le plus court délai possible, le nouveau et splendide domaine sur lequel on venait de lui donner juridiction. Et puis, de bon compte, qu’aurait-il servi de réunir.

sous un même sceptre les populations éparses. çà et là sur toute cette immense étendue, sans. une grande voie de communication qui devint pour elles un lien de cohésion et pût leur per--

mettre de se rapprocher et de se connaitre davantage ?

C: ne fut toutefois qu'en 1870 que le projet d'un Transcontinental canadien fut définitivement arrêté. À cette époque, la Colombie, suivant en cela l'exemple du Manitoba, venait de décider de joindre son sort à celui du Dominion, mais à la conüition expresse que le chemin de fer projeté fût terminé dans dix ans. C'était bien court; mais comme en Amérique on ne doute de rien, et qu'au surplus l’argent ne faisait pas défaut, on se mit résolüment à l’œuvre. Un incident politique faillit d’abord tout gâter. Un capitaliste célèbre, sir Hugh Allan, à qui le gouvernement venait de confier l’exécution des travaux, commit la faute de s’aboucher avec des agioteurs des États-Unis intéressés dans la compagnie rivale du Transcontinental nordaméricain. On s’émut, on s’agita, on cria au scandale. Bientôt mème le cabinet d'alors, incapable de résister plus longtemps à l’indignation des masses, dut se retirer. Ce fut un désastre complet.

Cela se passait en 1873. Cinq années s’écoulèrent ensuite, cinq années de délais, d'atermoiements, pendant lesquelles les successeurs du ministère qui s'était engagé aussi imprudemment firent l'impossible pour remettre un peu d'ordre dans tout ce chaos. Quelques menus travaux furent exécutés de ci et de là, et une première somme de quinze millions de francs fut dépensée en frais d'exploration. Néanmoins, tout le monde à peu près avait recommencé à se plaindre, les Colombiens surtout, qui, dans leur impatience, ne parlaient de rien moins maintenant que de rompre le pacte conclu en 1870.

Survint 1878, qui devait tout changer. Un nouveau cabinet, composé à peu près des mêmes hommes qu’en 1873, et, cela va sans dire, fort désireux à la fois d’éclipser ses prédécesseurs et de réparer les fautes passées, se jeta dans l’affaire avec une bravura qui dès le début promettait monts et merveilles. En effet, dès l'année suivante, un syndicat de capitalistes canadiens, aidé de quelques gros bonnets de

Londres et de Paris, signait à Ottawa une convention par laquelle, moyennant une subvention de cent trente millions de francs, dix millions d'hectares de terre, et l’anandon à son profit des travaux déjà exécutés, il s’obligeait à terminer le chemin de fer en 4890. Depuis, l'œuvre a été poussée avec une fougue qui ne saurait se comparer qu'à celle qui arracha, en 1869, tant de cris d’admiration aux citoyens des États-Unis, lors de l’achèvement de la voie de New-York à San-Francisco. Aussi, ce n’est plus en 1890 que les Canadiens pourront à leur tour poser le dernier rail de leur Transcontinental, mais bien en 1886, c’est-àdire l'année prochaine même, quatre ans avant le délai primitivement demandé par le syndicat pour remplir ses obligations.

C'est au Sault-Sainte-Marie, sur le détroit qui relie les lacs Huron et Supérieur, que commence le voyage proprement dit à travers le Dominion du Canada, par le chemin de fer du Pacifique. De beaux steamers attendent là, sous

petite vapeur, les passagers qu’amènent à toute

heure les trains de l'est, pour la traversée du lac Supérieur jusqu'à Port-Arthur, point à partir duquel le trajet se continuera tout le temps par terre.

Le steamer s'éloigne, pénétrant peu à peu dans le lac Supérieur. Bientôt les terres s’estompent et disparaissent dans le lointain, et le ciel et les eaux se rejoignent en un dais ininterrompu, comme en pleine mer. L'illusion est complète. Même les vagues, parfois, s’y font terribles. Ainsi, durant une journée entière, on va sur cet océan intérieur qui ne recouvre pas moins de cinquante et un mille kilomètres carrés. Le voyageur, enthousiasmé, commence alors à se faire une idée de l’immensité du pays qu’il parcourt. |

À Port-Arthur, on dit adieu pour un temps au spectacle ordinaire de la vie civilisée, pour ne plus le retrouver en partie qu’à Winnipeg, dans le Manitoba. Cet intervalle se franchit en une vingtaine d'heures. Le train roule à travers une région pittoresque et sauvage, coupée de gorges profondes, de marais et d'innombrables

petits lacs d’un aspect enchanteur. Çà et là un moulin à vent, auquel est adossée une énorme cuve à eau, puis, tout près, deux ou trois postes de télégraphe. Ce sont là des points d'arrêt. affublés pompeusemeont du nom de « gares » par les habitants du lieu. La locomotive y fait halte un moment pour se ravitailler, puis repart dans un long sifflement qui déchire de plus belle les échos de ces solitudes.

A Winnipeg, le paysage change soudain, comme un décor de théâtre. C’est désormais la « prairie », effroyablement monotone à la longue, mais dont la vue, au sortir de la contrée qu’on vient de traverser, ne laisse pas tout d’abord que de créer une diversion des plus agréables. Tout autour, sans cesse, se déroulent maintenant, sur une surface parfaitement plane, des horizons indéfinis de hautes herbes ondoyant sous le vent, par larges flots, avec le mouvement d’une belle houle, calme et reposée, de mer des tropiques. Et il en est ainsi, en poussant toujours droit dans l’ouest, sur une

étendue de plus de deux cents lieues, c’est-à-

dire jusqu’au pied même des montagnes Rocheuses. On aperçoit seulement à de rares intervalles, en manière de jalons, excepté toutefois l’Assiniboine et la Saskatchewan, quelques minces cours d’eau lilliputiens, sur les rives embourbées desquels se tiennent en permanence des quantités innombrables d'oiseaux et volatiles de toutes sortes, surtout des pélicans, des canards sauvages et des poules de prairie.

A la vérité, celui qui recherche seul l’effet scénique éprouvera là plus d’un désappointement. Jl y a cependant tout lieu de croire que la perspective des millions et millions de hoisseaux de beau blé doré, que cette région est avant peu destinée à produire, est infiniment plus à considérer qu’un joli site, pour le colon qui y vient chercher le pain de sa famille et de plus tenter d’y faire fortune. Et puis, d’ailleurs, n’y aura-t-1il pas, alors, une poésie d'un genre tout particulier, dans le spectacle de cet énorme grenier d’abondance croulant littéralement sous le poids des gerbes?

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