‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 100 sur 106 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

entre les mains des Français; on pensa qu'elle allait révéler tous les secrets des intrigues que cherchait à démêler l'administration. On y vit, en effet, que l'ennemi avait l'intention d'entrer en Franche-Comté, mais il ne semble pas qu'aucun Franc-Comtois ail été compromis par la lecture des papiers de l'élat-major ennemi K

L'aventure ne devait cependant pas se terminer sans condamnafaire des victimes. Le 10 septembre, le bailliage de Besan- desconjurés, çon avait prononcé son jugement contre les prisonniers. sept. 1709.

On avait cru devoir comprendre dans l'accusation le perruquier Merci, afin de cacher jusqu'au dernier jour aux conjurés la part qu'il avait prise à la découverte du complot. Il fut naturellement acquitté, et reçut une récompense pour les services qu'il avait rendus -.

Les autres accusés étaient au nombre de liuit. Quatre d'entre eux furent condamnés à mort et exécutés immédiatement : c'étaient Nicolas Maldiney, charron, Claude-Antoine des E]tangs, son beau-frère, tous deux demeurant à Chazot; Louis- Bernard Hattat, menuisier à Besançon, et Louis-Joseph Navette, cordonnier dans la même ville. Denis Janoutot, armurier et serrurier, résidant au moulin d'Avouteau, paroisse de Censey, fut condamné par contumace; il fut arrêté plus tard, condamné de nouveau après un débat contradictoire, le 13 mai 1710, et exécuté. Les trois autres échappèrent au châtiment par la fuite : c'étaient Jeanne-Ursule des Etangs,

' « On a pris la casselU' de M. le eomlc de Mcrcy, je m'en suis saisi, je les exa- » rainerai tous, aprè.i quoi je vous enverrai ceux, qui regardent le service do n Sa Majesté. J'en ai déjà lu un concernant la Franche-Comté.. . Par quelques » lettres de M. le duc de Hanovre et autres écrites à M. le comte de Mercy, je vois » que leur dessein était sur la Franclie-Gomté; quoique rompu par l'heureuse » journée d'hier, je n'ai pas laisssé de dépêcher ce matin un courrier à M. le » comte do Grammont i our l'en avertir. » (Lettre de du Dourg à Voisin , 17 août 1709.)

'•^ u Sa Majesté veut bien, pour reconnaître les services que le nommé Merci, » perruquier, a rendus en cette occasion, lui accorder 3,00û livres de gratification » et une pension de 300 livres. » (Ârchiv. de la guerre, V. 21()S. Lettre du ministre à le Guerchois, 16 septembre 1709.)

HISÏ. DE hX FRANCH»-COMTÉ. 'Il

la femme du cordonnier Navette, et Claude-François Abriot ^ Peut-être ne faudrait-il pas s'autoriser du petit nombre de ces condamnations et surtout du peu d'importance des condamnés, pour réduire outre mesure la portée de la conspiration. Ne peut-on pas affirmer cependant que le danger d'une insurrection avait été bien exagéré par les craintes du gouvernement et que les étrangers, de leur côté, s'étaient fait bien des illusions sur les sentiments de la population? Si, du reste, l'intendant avait encore des doutes à cet égard, ils durent s'évanouir bientôt.

Arrestation Lcs autoHlés frauçaises, malgré tous leurs efforts, capitaine u'avaicnt pu mettre la main, en 1709, sur le capitaine maisTm Regnauld, qui avait joué un rôle important dans toutes ces

1 ClauLÎc-François Abriol élail jugc-cliàtelain tic la terre de Devoir, fief do la princesse de Lillcbomic. D'un autre côté, le Guerchois appelle quelque part Janouleau a le meunier de la princesse de Lillebonne. » Ce sont les seuls faits qui puissent faire croire quD les princes lorrains prirent part à celle intrigue. On jugera sans doute, comme nous, que c'est insuffisant pour justifier l'assertion de Sainl-Simon.

Un chroniqueur anonyme raconte ainsi le supplice des conjurés :

« L'an 1709, à Besançon, furent pendus les nommés Degelan, proche Bauvoy ou » Belvoy; le nommé Maldiné, gendre dudit Degelan, charpentier de profession ; le 11 fils d'un nommé Navette, cordonnier, demeurant à Besançon, Lorrain de nation, » et Jean Lamant, menuisier do profession. Flamand de nation; lesquels furent » tous exécutés d'un jour siu* la place Labourée, pour avoir esté accusés et conh vaincus de vouloir faire entrer les Allemands dans la ville de Besançon, par le » moyen de fiire sauter les magasins à poudre en y mettant le feu. Et avaient » résolu d'empoisonner les puits et citernes d'eau, lanl de la ville qu'à la cila- )> délie dudit Bcsançfju, afin que les garnisons en mourussent, après leur mort, ils » fussent les maîtres de ladite cité. Et estant exécutés, leurs corps furent exposés » sur les grands chemins, sçavoir, Degelan sur le chemin de Baume, Maldiné sur » celuy dePonlarlier, Lamant sur celuy de Pontarlier, et enfin Navette sur celui de » Dole, afin de donner exemple aux traîtres. » (Acad. de Besançon. Documenls inédits, X, p. 344.)

Le continuateur du Père Prost {Histoire de Besançon), par prudence ou par ignorance, no parle pas de la conspiration. Mais il mentionne une panique dans la province, dont il n'est pas question dans les documenls officiels : « Au mois d'août » 1709, les Allemands, au nombre de cinq à six mille, ayant passé le Rhin sous ie » commandement de M. de Mercy au-dessous d'Huningue, firent des courses dans » l'Alsace, ce qui épouvanta quantité de gens du pays et les obligea de se retirer » avec leurs meilleurs cfiTets à Besançon; mais ayant été défaits par M. le comte Du- » bourg, le 16 du même mois, chacun se relira chez soy et toutes choses demeu- » rèrenl tranquilles dans la province. »

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