CHAPITRE V
mettrait en danger de mort, il ne faudrait pas hésiter à le faire tourmenter pour hâter les aveux K
L'interrogatoire ne donna pas tout ce qu'on en attendait. Il apprit seulement ce qu'on savait, que Jacquin et de Bouclans étaient les principaux instigateurs de la conspiration. « Il est fâcheux, disait le Guerchois, que ce malheureux se » soit trouvé hors d'état d'être appliqué à la question, car je » suis persuadé qu'il en savait plus qu'il n'en a dit -. »
Cependant, la prise de Lorillard dérangeait les plans de Merci. Elle pouvait apprendre aux conjurés qu'ils étaient trahis et découverts. Aussi songea-t-on un instant à arrêter tous ceux que l'on connaissait. On décida cependant d'envoyer le perruquier chez eux 'pour voir s'ils n'avaient pas pris la fuite ; dans le cas où il les rencontrerait, il devait leur dire que Lorillard avait été arrêté pour contrebande, et qu'il était mort dans sa prison. Merci joua très habilement son rôle, il rassura les paysans sur les conséquences de l'arrestation de Lorillard, et reçut d'eux la certitude que Regnauld allait venir prochainement; on différa l'arrestation dans l'espoir de le saisir avec les autres.
Dans le courant de juin seulement, on se décida à mettre Arrestation la main sur les quelques misérables dénoncés par Merci ; conjurés, mais encore ici, toutes les prévisions de l'intendant furent J*^"^ ^^^^' trompées. Le conseiller Lampinet, sur lequel pesaient de si graves soupçons, ne fut aucunement compromis par les réponses des prisonniers. Il en fut de même d'un professeur de l'Université, nommé Neveu, dont on saisit les papiers sans y rien trouver de compromettant; c'était, du reste, un assez triste sire, et comme il était alors à Ratisbonne avec M. de Metternich, on confisqua ses biens. Un négociant de Besançon, du nom de Quenaud, chez qui on saisit une correspondance compromettante, n'était pas non plus un grand
1 Archives de la guerre, V, 2168, 42. Le Guerchois au ministre, 14 mai 1709,
2 Id., V. 2168, 48. Le Guerchois au ministre, 19 juia 1709.
320 LA FRANCllE-COMTÉ SOUS LOUIS XIV.
criminel ; le Guerchois le fit mettre à la citadelle et ne voulut pas le faire transférer à Pierre-Encize : « la liberté qu'il » se donnait de parler des nouvelles et de témoigner de la » joie des désavantages de l'armée du roy, se trouvera suffi- » samment punie et servira d'exemple aux autres, qui ne » sont qu'en trop grand nombre en ce pays-cy K »
C'était un mince résultat après tant de précautions et tant d'efforts pour arrêter les fauteurs de désordre, qu'on croyait si nombreux et si puissants ; mais l'intendant n'était pas au bout de ses mécomptes. Au mois d'août 1709, les ennemis faisaient, sérieusement cette fois, une tentative dans Victoire le voisiuage de la frontière franc-comtoise. Le général impé-
de
Rumer- rial dc Mercy pénétrait dans la haute Alsace, mais le comte 26aoûH709. ^^^ Bourg l'arrêtait et le battait, le 26, à Rumersheim.
Cette victoire mettait entre nos mains deux des conjurés, Gourchetet et de Bouclans. Mais le premier fut renvoyé, dès le premier jour, par du Bourg à Mercy, qui l'avait réclamé. Les lettres envoyées par le Guerchois et de Grammont, et recommandant de le retenir, arrivèrent trop tard. « Il est » très fâcheux, disait le premier, que Gourchetet ait échappé, » car c'est un homme entreprenant et capable de tout, et ^> qui parait avoir beaucoup de part à la conspiration tramée » contre cette province 2.
Quant à l'autre prisonnier, de Bouclans, on n'osa ni le faire transférer en Gomté, ni lui faire son procès, de peur de donner aux ennemis occasion et prétexte de maltraiter nos officiers prisonniers; on le fit enfermer jusqu'à nouvel ordre à Pierre-Encize ^.
Enfin la cassette de M. de Mercy était également tombée
^ Archiv. de la guerre, V. 2168, Lettres de le Guerchois, 14 juin, 16, 18, 28 août
2 Archives de ia guerre, V. 2168. Lettre de le Guerchois au ministre, 13 septembre 1709.
3 Archives de la guerre, V. 2168. Le ministre à le Guerchois, l"'" septembre 1709. Le Guerchois au ministre, 13 septembre. Le ministre à le Guerchois 18 septembre 1709.