‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 12 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

par les Neuf, déclarant en particulier « les emprunts faits » par les commis à l'esgalement et toutes les impositions » réparties par eux sur ladite province, tant es années » 1G35, 1G36 et suivantes, nulles et comme induement faites » par défaut de pouvoir et auctorité, voires mesmes pour » attentats à celle des Estais. »

Cette mesure n'était radicale qu'en apparence ; c'était une précaution pour l'avenir, ce n'était pas une banqueroute. Les Etats, reconnaissant la bonne foi des créanciers et les « néces- » sites inexcusables, » déclarèrent en même temps que ce qui était dû serait payé et « advouhèrent les répartements pour » ceste fois et sans le tirer à conséquence. »

Enfin, dans la prévision que des circonstances analogues à La

comniis

celles qui venaient de se produire pourraient, dans la suite, des empêcher encore une fois la réunion des Etats, on décida d'adjoindre aux neuf commis à l'également une autre commission également de neuf membres qui, d'accord avec eux, « en des cas de pareille nécessité, » auraient le pouvoir (( de résoudre et conclure des impositions sur la province, » après en avoir consulté et pris l'advis de monsieur le gou- )) verneur et de messieurs du parlement. » Nous retrouverons plus tard la commission des Dix-huit.

Ces précautions pouvaient paraître superflues, au lende- Les Etats main d'une guerre dont Fissue avait été favorable, puisque la ^654 à^ees. France avait lâché sa proie et que la Franche-Comté, ruinée et saccagée, avait du moins sauvé son indépendance. Mais chacun sentait que cette solution n'était pas définitive, et que tôt ou tard l'effort de 1636 et des années suivantes serait à renouveler. En effet, quatorze ans après que les Etats eurent été de nouveau convoqués, la France envahissait la province ; elle ne rencontra nulle part de résistance sérieuse, l'histoire de ces quatorze années explique en grande partie ce facile succès et cet abandon de lui-même d'un pays qui venait de donner de si admirables preuves d'énergie et de vitalité.

HIST. DE LA FRANCHE-COMTli;. 5

Faiblesse Pour qui lie saurait pas dans quel état de décadence pro-

de

l'Espagne, fonde était tombé le gouvernement espagnol au xvii'' siècle, exigences, ^a conduitc à l'égard delà Franche-Comté serait inexplicable. Jamais la fidélité d'un peuple ne fut aussi mal récompensée. Les contemporains, et l'historien Ghifflet en particulier, ne voient dans les mauvais traitements infligés à la province que l'effet de la haine et de l'ambition des gouverneurs flamands ^. Il est déjà plus juste de dire avec Dunod que l'Espagne maltraitait une province qu'elle savait ne pas pouvoir garder -. Mais c'est peut-être encore attribuer au gouvernement de Madrid un esprit de décision dont il était incapable.

En réalité, le gouvernement de Madrid vivait ou plutôt se laissait mourir au jour le jour. Son attitude vis-à-vis des Etats est un mélange de concessions et de violences qui attestent une incurable faiblesse. Dès 1654, l'Espagne demande 120,000 fr. de don gratuit, et 600,000 fr. pour acquitter les dettes du roi dans la province ; les Etats accordent 300,000 fr. En 1657, ils donnent encore 150,000 fr., en demandant vainement qu'ils soient employés à l'entretien des places fortes du pays, qui tombaient en ruine. En 1658, ils refusent deux fois de se réunir parce qu'ils étaient convoqués par don Juan, fils naturel du roi Philippe II, et non par le roi lui-même. L'Espagne dissimule sa colère et laisse passer quatre ans sans demander de nouveaux subsides. En 1662, la lutte recommence, le ministre Garacena répond aux réclamations des Etats en revendiquant hautement le droit

1 Mémoires de Chifflel, vol., I, p, 20 et suivantes.

^ « La puissance de la maison d'Autriche était si fort diminuée pendant le règne » de Louis XllI et la minorité de Louis XIV, qu'elle estimait impossible de con- » server le comié de Bourgogne, particulièrement après la perte de l'Alsace, cédée à » la France par le traité de Munster, et qui lui avait conservé jusqu'alors la com- » municalion avec l'Empire. Ce fut la rai-on qui détermina le roi d'Espagne à tirer » dès lors tout ce qu'il pourrait de Franche-Comté, sans y porter aucun secours » comme auparavant. Les personnes du pays les plus sensées et qui n'étaient pas » trop prévenues durent voir que l'Espagne l'abandonnait à son sort. » (Dunod, vol. 111, p. 711.)

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