CHAPITRE PREMIER
de les convoquer de sa pleine autorité et sans lettres royales ; il ajoute que le don gratuit qu'il réclame est destiné à entretenir les garnisons des Pays-Bas ; il refuse enfin à la province le droit de s'imposer sans l'autorisation du gouverneur général. C'était d'un seul coup la violation de trois des privilèges auxquels la Franche-Comté attachait le plus grand prix. Les Etats n'en votent pas moins un don gratuit de 300,000 fr. '. Tout semblait fait, du reste, pour lasser la patience des Franc-Comtois et pour éteindre dans leurs cœurs les sentiments d'attachement et de fidélité à l'Espagne. En 1655, le bruit se répand que la cour de Madrid est résignée à abandonner la province à la France ; la paix des Pyrénées, la grande paix, vint calmer l'émotion et fut célébrée partout avec enthousiasme. En 1664, nouvelles exigences, le ministre Caracena demande un subside au nom de l'empire menacé par les Turcs ; il menace, en cas de refus, de faire poursuivre les députés comme rebelles; les députés bravent ces rigueurs, du moins jusqu'à l'arrivée dans la province du successeur de Caracena, Castel Rodrigo, auquel ils accordent 90,000 fr. au lieu des 50,000 précédemment demandés -. La présence du gouverneur était motivée par les difficultés que soulevait l'exécution du traité de P'rankenwald, qui annexait la ville de Besançon à la province. Ce fut là encore l'occasion d'une lutte où les Etats et le parlement, champions de la ville de Dole, eurent le dessous et durent céder sur l'ordre formel du roi 3.
1 Recez du G nov. 1662. Archives du Doubs, série C, 213.
'- « Les députés des trois Etats do la Franche-Comté de Bourgogne duement » assemblés eu la ville de Dole pour y recevoir le marquis de Castel Rodrigo et » pourvoir à son cnlrclien, et invités par sadite Excellence de vouloir contribuer » quelque somme pour l'assistance de l'Empire contre le Turc, eu égard à l'avan- » tage que la province tirerait par une assistance réciproque que l'Empire était » obligé contribuer envers la province, ont conclu que pour cette assistance » serait fourni jusques à 90,000 fr. avec les frais de port à charge. » (Archives du Doubs, série B. Correspondance du Parlement. Lettre du 3 décembre 1664.)
3 Dole craignait que l'annexion de Besançon à la province ne lui fit perdre !c rang de première ville de la province. Il faut lire dan^ Ghifllet les détails curieux de cette rivalité. {Mémoires^ I, chap. m et vi.)
Faiblesse Quelle influeiice cependant pouvaient avoir dans le pays impopularité ces malheurouses assemblées qui s'usaient et perdaient leur des Etats. |gj^-^pg ç^^^q ^gg luttes avec l'autorité royale?
« On en apprenait la réunion avec effroi, dit leur dernier » historien, le bruit seul de leur convocation annonçait au » peuple l'approche de nouveaux et d'intolérables subsides. » D'année en année, la dette publique, à laquelle on ne pou- » vait plus satisfaire, ne faisait ainsi que s'aggraver. Les » Etats le comprenaient, et l'assemblée de 1657, dans un » article spécial, demanda qu'ils fussent convoqués moins » fréquemment, afin, disent-ils, de. donner au pays le loisir » de respirer K »
Si les Etats se sentaient incapables d'administrer le pays dans les conditions que leur faisait l'Espagne, à plus forte raison allaient-ils se trouver au-dessous de leur tâche lorsqu'il s'agirait de le défendre. Cependant le moment de la crise suprême approchait. Philippe IV était mort en septembre 1665. Les Etats se réunirent pour la dernière fois Dernière le 9 juln 1666 ot renouvelèrcnt l'expression des craintes que derEtats, l^ui' inspirait l'abandon de la province menacée par la 9 juin 1666. Pi^^^çe, Qu Sait sl CCS craintcs étaient justifiées. Dès le 8 mai 1667, Louis XIV avait publié le traité des droits de la reine très chrétienne, où il cherchait à justifier par de subtiles raisons ses projets de conquête. Le 24 mai, l'armée française entrait dans les Pays-Bas et terminait une rapide campagne par la prise de Lille, le 17 août. L'année se termina dans l'incertitude la plus complète de ce qui allait se passer ; enfin, en février 1668, l'Europe apprit avec une sorte d'épouvante que la Franche-Comté était envahie, et quelques semaines après, qu'elle était soumise.
Qu'avaient fait les autorités de la province pendant ces longs mois d'incertitudes et d'alarmes ? Abandonnés à euxmêmes, le parlement et les commis des Etats avaient essayé
^ Clerc, Histoire des Etats généraux^ II, p. 150.