‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 14 sur 106 · CHAPITRE niKMlER · texte numérisé non relu

CHAPITRE niKMlER

d'abord de sauver le pays par des négociations diplomatiques, puis au dernier moment, et lorsque déjà il n'était plus temps, ils avaient pris pour organiser la défense quelques mesures que déjoua la rapidité des armées françaises.

Sur le terrain diplomatique, le parlement et les Etats ne savent même pas se mettre d'accord ; ceux-ci envoient en Suisse l'abbé de Watteville demander aux cantons le renouvellement de l'antique alliance héréditaire et solliciter même leur intervention active en faveur de la Franche-Comté ; le parlement poursuit l'œuvre plus chimérique encore d'un accommodement direct avec la France, et députe quelquesuns de ses membres à Dijon, où Gondé les amuse par de vaines paroles.

Un historien qui a suivi de fort près ces négociations maladroites juge ainsi la conduite des Etats :

« Les Etats manquèrent de persévérance, de fermeté dans » les vues et de décision ; ils ne virent que la grandeur de » la somme à débourser ^ et méconnurent la grandeur du » résultat à obtenir. Ils firent juste ce qu'il fallait pour faire » échouer leur député ; et quand ils apprirent son succès, ils » ne firent rien pour en tirer parti : ils laissent passer les » jours, les mois, sur le projet de traité rapporté par Watte- » ville -, et dont il a obtenu ratification à Bruxelles. Ils res- » tent indécis, tantôt se demandant s'il faut payer la somme

1 Les Suisses réclamaient immédiatement une somme de 600,000 fr.

2 Voici les principaux articles du traité obtenu par Watteville :

Les articles iv et vi donnaient aux Comtois la faculté de faire des levées en Suisse, pour leur garnison ou eu qualité d'auxiliaires en cas de guerre ; ces levées leur seraient accordées dix jours après la demande.

Les articles ix et x fixaient la solde de ces troupes à 60 fr. par tête et par mois pour les troupes de garnison, à 90 pour les autres, avec un mois payé à l'avance.

L'article xv interdisait aux Suisses au service de princes étrangers de porter les armes contre la Comté.

L'article xvi promettait les bons offices des cantons pour la neutralité à obtenir de la France.

L'article xvii stipulait le libre passage par la Suisse des troupes que le roi enverrait d'Allemagne ou d'Italie au secours de la province.

L'article xx remplaçait la gracieuse reconnaissance, c'est-à-dire les 500 écus

» exigée par la Suisse, tantôt prêtant Toreille aux bruits » d'arrangement avec la France ; jusqu'au jour où il fut trop » tard pour conclure avec l'une et impossible de s'arranger » avec l'autre. Les Etats échouent aussi, parce qu'ils doutent » d'eux-mêmes, parce que le parlement les intimide ou les » entrave ; parce qu'ils sont novices en ces sortes d'affaires, » et que jamais ils n'ont exercé d'une manière sérieuse et » suivie le pouvoir politique. Ils peuvent servir à prouver » une fois de plus l'inaptitude des assemblées délibérantes, )) et la nécessité, en ces questions, d'une volonté unique et » dirigeante K »

Médiocres diplomates, les commis des Etats et les membres du parlement furent encore plus médiocres administrateurs. Rien n'est lamentable comme l'histoire des quelques semaines qui précèdent l'invasion. Les alternatives de confiance fanfaronne et de terreur panique, une crédulité enfantine qui fait accepter sans examen les bruits les plus extravagants, les ordres contradictoires, l'oubli des mesures les plus indispensables, des retards inexpliqués - et, au dernier mo-

d'or payés annuellement, par une somme de 100 cous d'or à chacun des cantons.

L'article xxi y ajoutait un subside de 2,000 fr. par mois pour le cas, d'ailleurs très peu probable, où la Suisse serait attaquée chez elle.

L'article xxii donnait aux cantons la faculté de se pourvoir de chevaux, de froment et autres denrées en Franche-Comté, sauf en cas de disette.

L'article xxv portait que le traité aurait son plein effet, même avant la ratification du roi d'Espagne.

1 Philippe Perraud, Les Etals, le Parlement de FrancJie-Comté et la conquête de 1668.

2 Ainsi les Français occupaient trois postes importants de la province, Pesmes, Rochefort et Blefterans, le 3 février, le jour même où le parlement donnait l'ordre de fortifier leur garnison et de faire sauter le pont de Rochefort. L'histoire des billets pour la milice est encore plus extraordinaire. « On proposa (le 3 février) » pour quel jour on lèverait cette milice, dit Gliifilet, et on résolut que sans perdre » temps, et que dans les billets portant les ordres, il y aurait ce terme d' « inces- » samment. Mais je ne sais comme depuis, par une certaine fatalité, on n'y mit » que pour le dixième ; ce qui fut cause de la perle de la province, au moins d'une » bonne partie des villes et des lieux qui en devaient avoir. » Dunod se demande s'il y eut là équivoque ou trahison. Le marquis de Laubépin explique par la lenteur naturelle d'une levée improvisée l'arrivée tardive des miliciens.

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