‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 15 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment, des soupçons de trahison brisant les cœurs les plus fermes, rien ne manqua de ce qui annonce et facilite en môme temps une défaite irrémédiable.

L'histoire des Etats n'est pas terminée cependant avec la Les Etats première occupation française. Le 13 février, la ville de Dole roccupauon avait été occupée; le 22, ceux des Dix-huit qui se trouvaient ^'^^"^'''^®dans la ville furent invités à se réunir par le comte de Gadagne, gouverneur de la ville de Dole, et lieutenant pour le roi dans la province : ils n'hésitèrent pas à se rendre à cette invitation. Faut-il les en blâmer? C'était, il est vrai, reconnaître un peu vite le nouveau pouvoir. Mais l'intérêt même de la province ne demandait-il pas que ses représentants entrassent en relation avec les vainqueurs? A défaut de l'avenir, que personne ne pouvait prévoir, les intérêts présents de la population semblaient justifier une obéissance qui, nous voulons bien l'accorder, ne coûta peut-être pas assez au patriotisme et à la dignité des commis des Etats. Ceux-ci, cependant, se préoccupaient de sauver les privilèges de la province ; les commis du cabinet furent invités à communiquer aux Dix-huit « les filtres qui concernent les fran- )) chises et prérogatives de la province, pour dresser des remon- )) trances à Sa Majesté. » Pendant que le secrétaire travaillait à la rédaction de ces dernières, on apprenait l'arrivée du marquis de Louvois, auquel on alla « faire la révérence. » Le ministre « leur a fait entendre que s'ils avaient quelques » remonstrances à faire à Sa Majesté, ils dussent les luy » remettre ce jourd'huy, parce que dès demain il voulait par- )) tir. Ce qui a obligé la compagnie de retourner au lieu de » leur assemblée pour y faire transcrire lesdites remons- » trances : celles-cy achepvées, on les a portées au seigneur » marquis, dans l'espoir qu'il y formerait quelque apostil. » Néantmoins, après en avoir leu une partie des articles, il a » dict qu'il ne pouvait y mettre ordre, et que c'estait une » affaire qui despendait de Sa Majesté, auprès de laquelle il » tiendrait la main pour y pourveoir, et que pour advancer

prêté

au roi

de France

» l'affaire il serait bien d'envoier commis à Paris, où il leur » donnerait toute assistance K »

L'assemblée se rendit à cet avis; le chanoine de Marenches et MM. de Gubry et Gillebert furent désignés pour se rendre à la cour, où nous les trouverons tout à l'heure. Le serment Cependant, les commis se préoccupaient du serment à prêter au nouveau souverain et aux fonctionnaires qui le représentaient. Désireux toujours de calquer le présent sur le passé, ils tirèrent des archives un extrait de la dernière prestation de serment faite au roi d'Espagne. Mais Fintendant de Gadagne ne l'entendait pas ainsi. Il déclara que le roi se refusait à toute prestation de serment, et prétendit dresser lui-même la formule de celui que prêteraient les députés.

Il fallut se résigner; considérant « que tel serment estait » demandé par un seigneur qui le veut de la sorte, il n'y » avait rien aultre chose à faire qu'à l'obéir, mesme quant à » la façon qu'il ordonnait icelluy estre faict, de mettre le » genou en terre 2. »

Ce fut, en effet, sous cette forme nouvelle et humiliante que le serment fut prêté le 17 février. Les commis s'engageaient, au nom des Etats, « sur les saints Evangiles de Dieu, » d'estre bons et fidels vassaulx et subjects de Sa Majesté, » leur prince et légitime souverain, et de recepvoir et exécu- » ter ponctuellement tous les ordres et commandemens qui » leur seront envoies de la part de Sa Majesté, et moiennant » ledit serment comme cy-dessus, nous avons promis les » tenir et protéger comme ses bons et fidels subjects 3. »

Le même jour, l'intendant se faisait livrer une somme de 50,000 fr. qui se trouvait dans la caisse du don gratuit, et invitait les commis à l'également à continuer la levée du surplus des impôts.

1 De Troyes, IV, p. 294.

2 Id., p. 297.

» Id., p. 303.

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