CHAPITRE PREMIER
OU de leurs commis? Telle était la question qui allait se discuter au milieu des incidents les plus divers, pendant les dernières années de la domination espagnole. C'était la dernière et la plus importante des franchises de la province qui était en jeu; on ne saurait, sans injustice, reprocher à ses représentants d'avoir voulu la défendre; pourquoi faut-il que cette légitime préoccupation leur ait fermé les yeux sur les dangers plus imminents qui menaçaient le pays dans son indépendance même?
Les Dix-huit, revenus de leur première stupeur, éclairés d'ailleurs par les réclamations nombreuses soulevées par la levée des impositions, réduisirent bientôt d'un tiers la subvention de 3,000 fr. par jour qu'ils avaient accordée. Le prince d'Aremberg, ne pouvant plus payer les garnisons, lança l'arrêt du l^"" avril 1670, par lequel il imposait de lui- Edit même la province à la somme précédemment consentie ^ 4"avriii67o. C'était un véritable coup d'Etat, qui réussit pour un temps. Les réclamations des commis à Bruxelles et à Madrid ne furent pas mieux accueillies que les précédentes ; et bientôt le gouverneur se crut assez fort pour interdire aux Dix-huit de s'assembler sans son autorisation. L'opposition vint d'ailleurs et ne fut pas moins vive. Les habitants refusèrent de se soumettre aux charges qu'on leur imposait. La résistance Résistance
• des
éclata surtout dans les villes : à Dole, où le maire vit ses vuies. meubles vendus publiquement 2 ; à Lons-le-Saunier, à Salins, dont deux députés furent emprisonnés arbitrairement au moment où ils venaient de conférer avec le gouverneur; la première de ces villes fut sur le point de subir un siège. Ces désordres achevèrent de ruiner le crédit du prince d'Aremberg, qui céda la place au marquis de Quinones. La province et en particulier les Dix-huit purent se donner pendant quelques jours l'illusion d'une victoire. Les difficultés cepen-
1 Cliifllet reproduit le texte de cet édit dans ses Mémoires, I, p. 450.
2 Voir dans Ghifllet (I, p. 494) la lettre écrite au gouverneur par le maire de Dole.
dant ne tenaient pas aux hommes, mais à la situation. Le nouveau gouverneur, bien accueilli d'abord, et favorablement disposé pour la province, se heurta bientôt contre la ferme volonté des Dix-huit de réduire à 2,000 le subside quotidien de 3,000 fr. On crut résoudre la difficulté en s'adressant aux villes. Celles-ci, consultées séparément et par lettres, furent unanimes à protester contre les charges qu'on imposait au pays et à demander que Ton convoquât leurs maïeurs pour délibérer avec les Dix-huit.
Convocation Gctte convocatiou eut lieu au mois de mai 1672; les maires maîres tlcs quatorzc viUcs de la province furent appelés à Besançon.
'^mlii672!' C'était une faute grave, dont on s'aperçut bientôt et qu'on voulut vainement réparer en retardant la délibération. Il n'y avait rien à attendre de celle-ci dans les conditions où elle se produisait. Moins que personne, les représentants des villes étaient capables de s'élever au-dessus de l'égoïsme municipal, et de prêter au gouvernement un appui désintéressé 1.
Les discussions furent longues et orageuses. Elles aboutirent à une double protestation des maires contre les commis des Etats et contre le gouvernement espagnol. Dans la pre-
1 « I! leur sembla n'y avoir autre expédient que celui d'appeler les maïeurs des » quatorze villes de la province, comme ils firent, et alors advint ce qui est » couché dans les trois écrits suivans, qui firent bien voir combien sont grands les » inconvénients d'assembler les peuples à contre-temps, puisque de chétives places » et de misérables bourgs portant nom de villes y ont un suffrage aussi considéré » que celui des plus importantes de la province; et que généralement telles gens » étant ensemble devinrent plus hardis, parce qu'ils se réputent plus forts. Leurs )) conférences sont autant d'entreprises contre leurs supérieurs, et souvent contre le » bien de l'Etat, parce qu'ils ne considèrent que le présent. Il est vrai que c'est le )) tiers état qui est le plus chargé, et dont les plaintes sont plus fréquentes; mais » toutes plaies ne sont pas mortelles. Et encore que dans un grand hôpital tous sont » présumés malades, tous néanmoins n'y meurent pas, chacun se plaint et chacun a » raison, comme en tout lieu où il n'y a rien à manger ni de quoi vivre. Quand » ils s'abouchent, ils apprennent leurs maux réciproques et les comptent à qui n'y » peut remédier que par la violence ou le dérespect, offensant le souverain, et à » leur retour ils racontent ce qui s'est passé en leur conférence, au préjudice de la » convenance et du bien de leurs inférieurs, lesquels se rebutent encore plus que » devant; parce qu'ils croyent être appuyés de ceux qui retournent où de fortes » délibérations ont été prises. » (Chifflet, Mémoires^ II, p. 89.)