CHAPITRE PREMFRR
mièrc, on reprochait aux Dix-huit d'avoir imposé le pays sans y être autorisés par les Etats ; on annulait toutes les contributions jetées sur la province; on rendait responsables les Dix-huit sur leurs biens de tout ce qui avait été payé indûment ou le serait à l'avenir. Les députés des villes consentaient cependant à accorder une somme de 100,000 fr., destinée à payer les troupes étrangères pendant les mois de mai et de juin 1672. Leur langage à l'Espagne, plus respectueux en apparence, n'était pas moins hardi. Ils se plaignaient que les promesses faites par la royauté n'eussent pas été tenues, réclamaient le rétablissement du parlement, la suppression des impôts ordonnés par les Dix-huit, le renvoi des troupes lorraines, la convocation des Etats généraux et la nomination, plusieurs fois promise, d'un gouverneur indigène.
L'Espagne était habituée depuis longtemps à recevoir des Les viiies plaintes semblables, et aussi à les négliger. Mais les députés à résister des villes ne s'en tinrent pas, cette fois, à des protestations dairement. platoniques. Prévoyant le cas où les Dix-huit continueraient à faire lever les impositions illégales, et où le gouverneur appuierait ces levées de son autorité, ils s'engagèrent à résister solidairement et à opposer à l'arbitraire l'unanimité de leurs réclamations. C'était un troisième pouvoir qui entrait en opposition avec le gouverneur et avec les Dix-huit. C'était un nouvel élément de désordre et d'anarchie.
Cependant, les Dix-huit, encouragés ou plutôt intimidés par les violentes protestations des maires, refusaient au gouverneur la subvention de 3,000 fr. par jour, et comme celuici, de son côté, ne voulait pas se contenter de 2,000 fr., ils décidaient que rien ne serait payé à partir du 15 août.
Les mêmes causes devaient amener les mêmes résultats. Quinones, dans l'incapacité où il était de payer les troupes, imita son prédécesseur d'Aremberg; il publia l'édit du Edit 16 août 1672, par lequel il imposait d'autorité la subvention i6aoûti672, de 3,000 fr. Il justifiait cet acte en invoquant la nécessité, les des maires ordres reçus de Flandre, et se déclarait prêt à le faire exé- desDfx-hmt.
cuter par la force. Ce fut dans toute la province un soulèvement général. Les maires des villes se réunirent spontanément malgré le gouverneur, ils déclarèrent que les villes <( souffriraient la dernière violence, plutôt que de se soumettre )) à la servitude sans exemple d'être imposées au vouloir » d'un gouverneur K » Quinones espéra trouver plus de complaisance dans les Dix-huit et les convoqua pour le 26 septembre 1672. Son attente fut trompée, l'assemblée s'obstina à n'offrir que la somme de 2,000 fr. par jour -. Le départ des régiments lorrains, rappelés dans leur pays par l'attitude menaçante de la France, permit à Quinones de se contenter, pour quelque temps, de cette subvention réduite. Mais la difficulté n'était que reculée.
Les maires Elle rcparut bientôt, compliquée encore par les nouvelles prétentions des maires. Ceux-ci, exaspérés par la misère du pays, encouragés du reste par les hésitations du gouverneur et par la faiblesse des Dix-huit, en vinrent à vouloir se substituer à ces derniers et à s'emparer du droit de concéder et de lever les contributions ^. Les députés des Etats, tout en protestant contre ces prétentions, cédèrent peu à peu. Dans une première session du mois de février 1673, ils consentirent « à n'accorder rien désormais sans avoir les sentiments A des villes, auxquels ils auraient un égard très particu- » lier ^. » Quelques jours plus tard, ils répondaient à une véritable sommation par une soumission complète 5. Les
prétendent
se substituer
aux Dix-huit.
1 Clerc, II, p. 167.
2 ID., p. 180.
3 II faut lire dans Cliilïlet (II, p. 251) le long et violent libelle que les maires publièrent contre les commis des Etats. Ceux-ci sont accusés d'avoir l'intention (( de se perpétuer l'autorité qu'ils tàcbent de s'arroger, d'imposer la province de leur » seule autorité contre ses franchises et les pouvoirs de leurs commissions. » Les privilèges du tiers état en matière d'imposition sont rappelés : « II faut pour des » impositions sur la province en des occasions pressantes et nécessités inexcusables, » le consentement desdites villes, lorsque les Etats généraux ne peuvent être » assemblés , etc. »
^ Recez da l*'" février 1G73. Archives du Doubs, série G, 215.
^ Voici le texte de la sommation des villes et la réponse des Dix-huit :
« Les sieurs députés des villes, répondant au billet de MM. les commis de l'Etat,
soutenue
par un libelle anonyme.