‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 19 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dix-huit avaient ainsi capitulé le 4 mars. Dès le l*"' avril, la paix était déjà rompue, et malgré les protestations des maires, les Dix-huit, sur les instances du gouverneur, votaient un subside quotidien de 1,500 fr. pour les trois mois d'avril, mai et juin.

La fureur des maires fut alors sans bornes. Elle se traduisit Nouvelle

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par une protestation énergique, ou ils lançaient contre les desviiies

commis de l'Etat les mêmes accusations de tyrannie et d'abus

de pouvoir ^ Un libelle anonyme, qui fut imprimé à Dole

à la même époque par le maïeur, allait plus loin encore '".

Aux plaintes et aux récriminations il joignait des menaces.

Il invitait « les peuples à ne pas payer, étant fait contre jus-

» tice, contre leur pouvoir, contre les franchises, et enfin

') contre les volontés de la reine, et pour ce que l'on proteste

» non seulement de n'y pas déférer, mais de s'y opposer for-

» mellement, et s'ils veulent se servir de la force pour exiger

)) les quottes, soit par violence des soldats en contraignant

» les communautés, soit par des logements excessifs, de

» repousser la force par toute voie juste et légitime, se défen-

» dant pour se garantir de l'oppression, et se conformer aux

» volontés du souverain déclarées si authentiquement en

» l'article de l'ordonnance 1565.... »

» le vingt huicliime febvrier 1673, les requièrent vouloir déclarer expressément, » qu'ils ne feront cy-après aucun prest, dons ny repartement sur la province, à » quelque temps et à quelque cause ou prétexte que ce soit, sans l'exprès consente- » ment des villes assemblées, et qu'ils se conformeront à ce que sera par elles » résolu par pluralité des suffrages des commis des villes.

» Messieurs les dix-huit députés des trois Etats de Franche-Comté de Bourgogne » disent qu'ils consentent de ne rien accorder à Sa Majesté sur la province en don, » prêts, repartement, imposition, surhaussement et emprunt, à quelque cause et pré- » texte que ce soit, sans l'exprès consentement des villes assemblées, pendant tel » terme que messieurs les députés des villes désireront, n'estait qu'auparavant » Sa Majesté fut servie {sic) de rétablir un parlement composé de suppôts ecclésias- » tiques, gentilshommes et du tiers état, tous de la province originels, comme ils » étaient cy-devant, ou d'ordonner la convocation des Estais généraux par lettres » royales signées de sa main ou de la reine régente. » (Archives du Doubs, série C, 215.)

1 Mémoires de Chifflet, II, p. 361.

2 Id., p. 363.

Le libelle précisait encore les menaces. « L'on proteste de » plus, ensuite de ces souveraines ordonnances, de faire » traiter pour désobéissans aux volontés du souverain, et » infracteurs de ses édits et privilèges de la province, non » seulement les Dix-huit de TEtat, mais encore ceux qui » veulent les autoriser contre leur ministère, sous prétexte » de nécessité de justice, ceux qui les reçoivent, qui les » exigent par la force, qui violentent au paiement, et s'en » prendre à leurs biens et à leurs personnes, tant pour » désintéresser ceux qui ont payé, que pour tirer de Toppres- » sion ceux de qui on les exigera par force. » Energie Gcs mcnaccs furcut aussi vaines qu'elles étaient inoppornouveau tuucs, VU Ics daugcrs quc courait le pays. Le gouverneur ^d'Aivéîdr était encore une fois changé. Le comte d'Alvéida avait remplacé, le 20 avril 1673, le marquis de Quinones. Le nouveau venu, soit par caractère, soit en vertu des ordres qu'il avait reçus de Madrid et de Bruxelles, n'avait pas l'intention de laisser mettre en doute son autorité.

Il traduisit les maires devant la chambre de justice, et soumit les villes de Dole, de Gray et de Vesoul à de véritables exécutions militaires. En même temps, par un édit du Edit P'" juillet 1673, il renouvelait une dernière fois l'imposition 1" juillet de 3,000 fr. par jour, et pour en finir avec l'opposition des commis de l'Etat, leur interdisait de se réunir. Ceux-ci tentèrent encore quelque résistance; ils envoyèrent l'un d'eux, le chanoine de Marenches, plaider leur cause à Bruxelles. Tout fut inutile. Quelques concessions de détail obtenues à grand'peine ne servirent qu'à masquer une irréparable défaite. « Les » choses, dit mélancoliquement Ghifflet, étaient réduites non » pas à avoir du bien, mais à avoir moins de mal, et les com- » mis à l'également étant au rabais au point de l'autorité qu'ils >•> avaient perdue, firent encore ce petit coup pour persuader » qu'ils n'étaient pas totalement supprimés et éteints K »

ï Ghifflet, Mémoires, II, p. 446.

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