‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 27 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sident Marmier, un traité de neutralité avec la France. Enfin, elle avait préparé la fortune de Gattinara, de Lallemand, du premier Perrenot de Granvelle, première génération de ces hommes d'Etat, ministres ou ambassadeurs, qui furent mêlés avec tant d'éclat à toutes les grandes affaires de l'Europe pendant les règnes de Charles-Quint et de Philippe IL

La main ferme du premier de ces deux princes ramena à des limites plus étroites les attributions de la cour de justice. Il lui enleva sans bruit et sans éclat ses attributions politiques, en supprimant simplement, en 1537, dans le recueil des ordonnances qui régissaient le pays, l'article qui donnait la connaissance des grandes affaires au parlement, de concert avec le gouverneur.

En même temps, l'empereur donnait des rivaux au parlement, ou plutôt cherchait à le remplacer comme conseil politique auprès du gouverneur, par la création des bons personnages. En 1581, Granvelle expliquait ainsi cette innovation à la duchesse de Parme : « Pour ce que les gouverneurs )> sont gens de courte robe, et que M. de Vergy, bon person- )) nage et vertueux, n'estait pas le plus subtil et rusé du » monde, l'on luy donna cinq ou six personnages à propos pour » l'assister aux affaires d'Estat, et avec la communication » desquels les affaires de cette qualité se debvaient traiter L »

Sous Charles- Quint.

Les bons personnages.

1 Clerc, les Etats de Franche Comté, I, p. 283.

L'inslitution des bons personnages survécut à Ciuirlos-Quint. Il en est fait souvent mention dans les lettres et les ordonnances de ses successeurs, mais ils ne semblent pas avoir jamais joué le rôle que l'empereur attendait d'eu.K. Granvelle, dans la lettre citée plus haut, nous apprend ce qu'ils étaient devenus en 1581 : « Le comte de Champiitle, moderne gouverneur, n'a pas moins de besoing en matière ('e ccste qualité, de bonne ayde que feu son oncle; et, de cculx députés par feu l'empereur de glorieuse mémoire, le seul abbé de Baume est vivant, mais si aniîien et si caduque que l'on ne l'appelle plus, et n'y pourrait vaquer, et au iieu de ceulx qui par Sa Majesté étaient députés, ledict comte appelle telz qu'il lui plaist, et quand il veut, et il n'y a en ça rien de l'ancienne forme du conseil, se laissant gouverner par ses serviteurs et par gens de basse sorte, qu'en font leur profit, et dont tout le pays n'a pas tout le contentement du monde. »

Du reste, les attributions des bons personnages ne furent jamais bien déterminées.

Le Le règne de Philippe II vit, au contraire, le triomphe dé-

^^^slns^ fmitif du parlement. Ce prince, ami des gens de robe plus Philippe IL q^^ ^^g gouverneurs militaires, « aimait, dit Ghifflet, tous » ceux qui l'aidaient à gouverner mûrement ses grands » Etats dès le cabinet. » La politique patiente et sans bruit des magistrats était faite pour lui plaire, et l'ambition collective d'un corps portait moins d'ombrage à son caractère soupçonneux et jaloux. Cependant, la victoire du parlement ne fut pas sans luttes et sans efforts. Il se compromit d'abord dans sa querelle contre son propre chef, Pierre Froissard de Broissa, au sujet des ordonnances rédigées par ce dernier, et dans la lutte qu'il soutint contre les Etats, il lui fallut de longs et patients efforts, et surtout l'appui efficace du cardinal de Granvelle, pour assurer son succès. Mais, en somme, dès 1556, Philippe II répondait aux cahiers des repésentants de la province en demandant avant tout l'avis du parlement. En 1576, il écrivait au gouverneur : « Le par- » lement est gardé et maintenu dans son autorité ancienne » et accoustumée; les officiers et maistres d'iceluy doivent » être honorés et révérés comme ma propre personne. » Enfin, en 1578, la mort de don Juan d'Autriche délivra la cour de son plus redoutable adversaire.

Mais ce n'est pas tout : dans ce long règne de quarantetrois ans, le parlement ne réussit pas seulement à conserver les positions acquises précédemment, il vit encore ses attri-

Pour Chifilet, elles se réduisaient à dégrossir les qucsiions qui restaient soumises au parlement.

« Quelqu'un pourra dire que l'empereur Charles V établit les bons personnages commis aux affaires d'Etal en ce pays près la personne du gouverneur : mais nous répondons qu'encore qu'il soit ainsi au regard de l'établissement de ces bons personnages près du gouverneur, cela pourtant n'enleva point au parlement la participation des mêmes affaires. Et il est véritable que la pratique était alors d'assembler les mêmes bons personnages vers le gouverneur pour dégrossir les pro positions ; mais qu'ensuite on en donnait part au parlement comme les exemples le prouvent évidemment, sur les affaires les plus importantes d'alors, soit de neutralité avec nos voisins, soit d'admission, et publication du concile de Trente et semblables. » (Acad. de Besançon. Documents inédils, VI, p. 5G8.)

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