‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 28 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

butions s'accroître et son action s'étendre sur un domaine qui semblait devoir lui rester toujours étranger.

Dès 1573, des lettres patentes de Philippe II l'autorisaient à régler avec le gouverneur la levée des troupes, leur entretien, leurs cantonnements, leurs étapes, d'un seul mot, l'administration militaire dans son ensemble.

Ainsi, dans les dernières années du xv!"" siècle, le gouvernement de la province était tout entier, ou peu s'en faut, entre les mains des magistrats. Gomment ceux-ci s'acquittèrent-ils d'une tâche que se partagent actuellement de nombreuses administrations spéciales? Au témoignage même du cardinal Granvelle, il arriva souvent que leur ambition dépassa leur intelligence et leur caractère. Sa correspondance est pleine de paroles sévères pour un corps dont il s'était cependant constitué le défenseur et dont il constate amèrement l'ambition brouillonne, l'incurable inertie et jusqu'à la vénalité '. Ghifflet constatait plus tard que la compétence si étendue du parlement faisait tort à l'administration même de la justice -, et l'on peut croire que souvent aussi les devoirs judiciaires nuisaient à l'expédition des affaires de l'Etat.

Mais toutes ces misères furent bientôt oubliées, grâce au Le rôle éclatant que joua le parlement dans la longue et san- ^penXnt glante lutte que la Franche-Gomté soutint contre la France ^^ ^^^^''^ de 1634 à 1644. La guerre de Dix ans, d'où la province sortit ^'^ ^"^•

1 Voir Clerc, Histoire des Etals, p. 392-394 et notes.

2 « Les conseillers qui, d'eux-mêmes ne tiennent qu'un rang mitoyen dans l'Etat, font tort au même Etat, si, étant parvenus à leurs ciiarges, ils méprisaient ceux auxquels auparavant ils étaient soumis et veulent s'égaler, voire passer au-dessus d'eux. Cela fomente une aversion secrèle qui éclate enfin contre eux lorsqu'il ne convient pas; outre que l'occupation des gens lettrés étant principalement à manier la justice, le pauvre peuple redemandant son bien par cette voie, se trouvait fortement trompé, le temps se passant à opiner sur des affaires d'Etat, et la fin ne venant que si tard à leurs maux domestiques, que le train de la justice en est rudement altéré, et lei particuliers intéressés par l'accablement de leurs juges, qui pourtant no sont pas oisifs, mais qui font pis, d'autant qu'ils s'occupent à ce qu'il ne faut pas et n'entendent pas à rendre uniquement la justice à de pauvres sujets, qui la leur demandent comme représentant le roi. » {Mémoires de J. Chifflet, I, p. 59.)

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