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100 LA FRANCnE-COMTÉ SOUS LOUIS XIY.
meurtrie et épuisée, mais en définitive victorieuse, puisqu'elle échappait à sa puissante voisine, marque l'apogée de la vitalité et de la puissance du parlement de Dole. Un de ses conseillers, Jean Boy vin, avait été l'àme de l'héroïque défense de Dole en 1636. Deux autres, Girardot de Nozeroy ' et Pétrey de Champvans, avaient pris la part la plus active à l'entretien, à l'armement, et quelquefois à la direction des troupes qui défendaient le pays. Philippe-Emmanuel de Montfort, abbé des Trois-Rois et président de la commission des Neuf, lui appartenait en qualité de maître des requêtes. Enfin, au congrès de Westphalie, en 1648, l'Espagne était représentée par le procureur général Brun, et peut-être n'a-t-il manqué à ce dernier, pour atteindre à la renommée des Granvelle, que d'être l'instrument d'un Charles-Quint ou d'un Philippe II, au lieu d'épuiser ses forces au service d'une monarchie à son déclin -.
Lorsque le traité de neutralité de 1644 permit à la Franche-Comté de respirer, le parlement consacra tout son
i Girardot do Bcauchemin ou de Nozeroy est l'historien de la guerre de Dix ans. Témoin et acteur dans les événements qu'il raconte, il est généralement bien informé; encore faut-il ne pas accepter les yeux fermés tous ses jugements. Il est évidemment favorable au parlement et cède à la tentation d'exagérer son rôle. On peut s'étonner qu'il n'ait pas trouvé l'occasion de citer une seule fois le nom de Lacuson. L'héroïque aventurier n'avait rien, il est vrai, de la gravité et de la dignité d'un conseiller.
2 Sur Antoine Brun, lire Dunod, Mémoires du comté de Bourgogne, III, 665 etsuiv. D'après l'auteur, il i-ésullerait des papiers laissés par Brun que le prince de Condé aurait souhaité de lui confier l'éducation du duc d'Enghien. le futur vainqueur de Rocroi. Dès 1648, Brun aurait parlé « d'unir solidement la France et l'Espagne, pour le bonheur conjmun des deux monarchies et la paix de l'Europe. 11 proposait, dans cette vue, le mariage de l'infante Marie-Tliérèse avec le roi très chrétien Le cardinal Mazarin, qui avait alors d'autres desseins, et qui ne pouvait rejeter cette proposition sans offenser le roi catholique, faire naître des soupçons et peut-être exciter l'indignation des autre.? puissances, fît répoudre par M. Servien que le plénipotentiaire d'Espagne ne proposait le mariage de l'infante que pour en imposer et sans envie de le conclure. Il est vrai, cependant, que le roi d'Espagne aimait tendrement le roi do France, son neveu, quoiqu'ils fussent en guerre, et qu'il souhaitait de s'unir encore plus étroitement avec lui, par le mariage de l'infante, sa fille, puisque ce mariage se fit à la paix des Pyrénées, après que lo cardinal Mazarin se fut déterminé sincèrement à faire cesser la guerre avec l'Espagne, qui ne put être terminée à Munster. »
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zèle à la reconstitution de la province qu'il avait contribué à défendre; il y réussit dans la mesure oîi le permettaient les circonstances et Tingratitude de TEspagne. Celle-ci allait abandonner à eux-mêmes les sujets qui venaient de lui donner un si éclatant témoignage de fidélité et d'attachement.
La cour de Madrid n'avait eu d'abord que des paroles de Décadence reconnaissance pour les magistrats de Dole. Le roi Phi- parlement. lippe IV leur écrivait, le 31 mars 1639 : ingratitude
« Vous estes les premiers vassaux que j'ay et ceux que ^'^spagne. » j'aime le plus, cognoissant vostre fidélité et valeur. Aussy » devez croire que je ne vous manqueray en aulcune ma- » nière, quand bien même il faudrait exposer pour vous ce » que j'ay de plus cher en ma couronne K »
Les faits devaient démentir les paroles. Nous savons déjà quelle lutte les Franc-Comtois eurent à soutenir contre les gouverneurs flamands, pour sauvegarder les libertés et l'autonomie de la province. Le parlement ne fut pas épargné et fut grièvement atteint, non seulement dans son autorité politique, mais dans ses privilèges les plus essentiels. On lui contesta jusqu'au droit de porter ses doléances au pied du trône.
L'établissement ou du moins l'usage de la vénalité des vénalité charges, en contradiction formelle avec les lettres patentes, ^^ ^ ^'^^^' qui avaient établi et confirmé plusieurs fois le parlement, fut peut-être, de ces innovations, celle qui toucha le plus les magistrats -. Ils résistèrent énergiquement, sans obtenir
1 Archives du Doubs, B. Correspondance du parlement, année 1639.
- Chifflet accuse formellement le marquis de Garacena d'avoir trafiqué pour son compte des charges judiciaires. 11 aurait commencé au Milanais, « et dès lors, étant allé gouverner les Pays-Bas, il continua si bien que les offices étant devenus vénaux publiquement, cet abus passa jusquos en ce pays et comté de Bourgogne. Le parlement, qui vit la porte fermée à la vertu et les parjurats autorisés, puisque les ordonnances de la province obligent à un serment tout contraire, résista à l'exécution des provisions qui allaient venant, vu même que le roi dont on mettait l'intérêt en jeu en avait le moins l'avantage. » (Mémoires de Chifflet, I, p. 21-22.)
Les Etats (session du 6 nov. 1662j avaient protesté contre la vénalité des charges. Garacena répondit simplement au roi : « Sa Majesté ayant, dans la provi-
d'autre résultat que de reculer de quelques années l'installation de ses membres indûment nommés K
Mais il faut reconnaître que l'ingratitude de l'Espagne et l'hostilité de ses ministres ne suffisent pas à expliquer la ruine du parlement de Dole. Des causes plus générales la préparaient de longue main, et c'est dans le sein même de la cour que se développaient les germes de décadence et de mort.
Ghifflet, après avoir fait l'éloge des trois chefs de la province pendant la guerre de Dix ans, l'archevêque Claude d'Achey, le gouverneur Claude de Bauffremont, baron de Scey, et le président Boyvin, ajoute mélancoliquement :
« Voilà ceux qui ayant soutenu en un même temps l'honneur » et la gloire de notre nation, il advint que par un déclin » malheureux, les mêmes charges et dignités tombèrent en » diverses mains, qui ne purent fournir aux occasions les
sion des charges, préféré toujours le mérite à toutes autres considérations auxquelles la nécessité des temps aurait pu l'obliger, aura soin de les conférer à ceux qu'elle trouvera les plus capables. » (Archives du Doubs, G, 213, p. 269 et suiv.)
1 François Foissotte, nommé maître des requêtes par don Juan d'Autriche en 1665, ne fut admis qu'en 1667, à cause de son peu de naissance. « Nous avions parmi nous un maître aux requêtes nommé François Foissotte, homme de bas lieu, qui n'oubliait rien pour devenir président, afin de mettre le parlement sous ses pieds, d'autant qu'il avait eu [.eine d'être reçu. Il écrivait tout ce qui se passait au dedans, et les conseils du Pays Bas nous en eurent d'autant plus à l'œil, parce que ces rescriptions fâchant notre corps, ce personnage rendait compte de nos mécontentements contre semblables dépêches, » (Ghifflet, Mémoires, I, p, 22.)
La nomination d'un autre maître dei requêtes, Augustin Nicolas, renouvela la lutte. « Le refus que nous fîmes pendant plusieurs années de recevoir Augustin Nicolas, antre maître des requêtes, parce que son aïeul avait passé à Besançon parle dernier supplice, servit pareillement au marquis (de Garacena) de sujet à se plaindre de notre désobéissance; et encore que le conseil privé, en fond, ne nous condamnait pas pour être la clause plausible et de fort dure digestion, néanmoins nous fûmes dépeints comme gens qui ne voulaient souffrir aucune bride. » (Id , p. 23.)
Le marquis de Gastel Rodrigo, irrité du refus du parlement de recevoir le procureur général Rend, menaçait, dit Ghifflet, de prendre la poste « pour nous venir ôter nos robes rouges à reculons. Je ne sais s'il faisait bien d'user de telles menaces; mais je sais bien que nous n'avions pas tout le droit de notre côté. » (Id., p. 35.)
Ghifflet se rendait compte du danger de cette lutte; il avouait que le corps du parlement n'était pas immortel, « puisque les princes héritiers de ceux qui l'avaient établi avaient aussi l'autorité de l'éteindre.... et que les membres de notre corps sont tous hors de leurs places, comme dos statues hors de leurs niches. » (Id., p. 34.)