‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 30 sur 106 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

» remèdes aux maux que nous nous attirâmes depuis par » nos divisions, et qui avaient besoin de toute l'adresse de ces » dignes sujets, sous lesquels ils avaient été inconnus, parce » que leur prudence allait au-devant, et qu'au lieu de fomen- » ter les partis, ils ne leur donnaient pas loisir de naître ^ »

En 1667, en effet, lorsque la province fut de nouveau Le menacée par la France, la génération de 1636 avait disparu. ^'^^ eT"^" Celle qui l'avait remplacée avait conservé l'orgueil et la pré- en imt somption du succès, mais non les grandes qualités qui l'avaient préparé. Il serait puéril, du reste, d'attribuer à l'insuffisance des hommes ce qui était avant tout le résultat à peu près inévitable de l'incohérence des institutions. Nous savons déjà dans quel inextricable désordre s'agitaient et s'usaient les hommes et les corps constitués de la province, lorsque Louis XIV en revendiqua la possession, appuyant ses prétentions sur une armée que Louvois avait organisée et que le grand Gondé commandait. Le parlement, en particulier, succombe sous le poids des attributions qu'il avait accumulées entre ses mains. Il promène partout ce qu'un historien appelle judicieusement son « incompétence affairée 2 ; » jaloux de son influence et de son autorité, il réussit à annuler la Junte que le marquis de Castel Rodrigo avait instituée en 1667, pour donner au pouvoir l'unité et la décision qui lui manquaient 3. H fait rompre le traité que l'abbé de Watteville avait signé avec la Suisse, et qui aurait pu être

1 Mémoires de Chifflet, I, p. 10.

' Perraud, Les Etats et le Parlement en 16C8, p. 151.

3 La juQte fui instituée par un décret de Bruxelles du 1*'' juin 1667 : « Elle était composée de six membres : le marquis d'Yenncs, le président du parlement, J.-J. Bonvalot; Pétrey de Gharapvans, un des héroïques défenseurs de 1636; le baron de Savoyeux, gouverneur de Gray; enfin l'abbé de Goailles et un membre de la Chambre des comptes C'était un véritable comité exécutif : pleins pouvoirs lui étaient donnés pour engager les biens et domaines de l'Etat, pour exiger des sauniers tout l'argent disponible, pour suspendre en cas de besoin les lois et ordonnances, afin, disait le décret, d'éviter les longueurs et l'inconvénient de recourir aux Pays-Bas en temps de guerre. » (Perraud, p. 148.)

La junte ne fonctionna jamais, grâce aux menées du parlement et des Etats, qui vinrent facilement à bout de l'inertie du gouverneur, le marquis d'Yennes.

la suprême ressource de la province, et s'engage lui-même clans des pourparlers maladroits avec le prince de Condé, qui le leurre jusqu'au dernier moment avec des promesses de neutralité. Aussi inhabile à préparer la guerre qu'à la prévenir, il contrecarre toutes les décisions du gouverneur, invoque les privilèges du pays lorsque l'indépendance de ce dernier est en jeu, et grâce à lui, le 12 février 1668, l'invasion trouve « le pays sans défense, les forteresses non » pourvues, les impôts non rentrés, les milices encore dans » leurs foyers, et par surcroît, les gouvernants de la Comté » dupés au dehors, divisés et sans ressources au dedans \ » La La journée du 13 février porta le dernier coup à l'autorité

''is'féwieT' c^u parlement. Ce jour-là, dans la même salle où Jean Boyvin ^^^^' avait présidé à la défense de 1636, treize conseillers sur seize signaient la capitulation de la ville, après avoir invoqué l'inutilité de la résistance, l'absence de tout secours, le délaissement où l'Espagne les laissait, la présence de Louis XIV, qui « sans doute ne s'était pas engagé en cette entreprise » pour n'en pas réussir, » enfin Texemple de Besançon et de Salins, qui s'étaient rendus en tâchant de prendre leurs avantages. Le lendemain, la capitulation était présentée à l'acceptation du roi 3, et vers onze heures, les troupes entraient dans la ville.

1 Perraud, p. 267.

~ Les trois opposants furent Jean de Broissia, maître des requêtes; l'historien Jules Chifflet et Claude Boyvin, fils de Jean Boyvin. On s'étonne de retrouver Boyvin au nombre des quatre conseillers qui allèrent, au nom du parlement, saluer le roi de France au moment de son départ pour Gray.

2 II y eut en réalité deux capitulations, celle de la ville et celle du parlement. Ce dernier stipulait au nom de la province entière, dont il était, en l'absence des Etats, le seul corps constitué; il réclamait le maintien des franchises et l'interdiction de « toute hérésie ou liberté de conscience, même parmi les officiers et soldats des garnisons du roi. » L'article 4 réservait à chaque conseiller la faculté de disposer à son gré de sa charge. Boyvin avait insisté sur ce point, se réservant, s'il pouvait se démettre do sa charge, d'aller passer le reste de ses jours à Rome.

Le parlement stipulait naturellement le maintien de sa juridiction, de ses coutumes et de se3 privilèges; il demandait en même temps !a prochaine convocation des Etats de la province. Louvois, au nom du roi, réserva ce dernier article.

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