CHAPITRE II
» lers-clercs, de onze conseillers laïcs, de deux conseillers » nos avocats généraux, d'un notre procureur général, d'un » greffier en chef, d'un procureur substitué, d'un autre * greffier, de quatre huissiers, d'un chapelain et autres bas » officiers de notredite cour. »
La cour devait continuer à siéger à Dole jusqu'à la fin de l'année « entre ci et lequel temps le roi avisera en quel lieu » de la province il estimera plus à propos d'établir pour tou- » jours le siège de ladite cour K )>
Il restait à remplir les vides que la mort avait faits peu- choix dant les six dernières années dans les rangs des magistrats, nouveaux
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et a remplacer ceux qui refusèrent de servir le nouveau Rôie gouvernement. '^bS'^^
Les lettres patentes énumèrent les magistrats nouvellement investis, mais Lampinet et la correspondance du parlement nous tiennent au courant des motifs qui guidèrent les choix du ministre et des quelques tiraillements qui se produisirent à ce sujet.
Le marquis de Listenois fut nommé chevalier d'honneur ; le rôle qu'il avait joué dans les années précédentes explique suffisamment la faveur dont il était l'objet -.
Arrêtons-nous un instant sur les nouveaux choix du ministre, nous pourrons ainsi d'avance juger ce qu'il faut attendre d'indépendance du corps reconstitué dans de semblables conditions.
« Le seul conseiller pour ces remplacements, dit Lampi- » net, fut Claude Boisot ^, en qui le marquis de Louvois avait
1 Droz, Recueil des édits, I, p. 12. Lellrcs patentes portant rétablissement du parlement et confirmation des juridictions royales, du 17 juin 1674.
~ Listenois s'était révolté contre le gouvernement espagnol, et, après une tentative malheureuse pour soulever la province, s'était retiré en France.
^ Quel était ce Boisot si fort avant dans l'estime et dans la confiance de Louvois? C'était un de ces hommes à qui les révolutions profitent toujours, parce que leur esprit d'intrigue y trouve matière à s'employer, et que leur souplesse et leur manque de scrupules les rendent propres à tous les rôles. Sans avoir les qualités brillantes et sans atteindre la renommée équivoque de l'abbé de Watteville, il est bien de la même race que ce célèbre aventurier. Banquier à Besançon, il était cogouverneur
HIST. DE LA FRANCHE-COMTlî. 8
lli LA FRANCHE-COMTÉ SOUS LOUIS XIV.
» entière confiance. Je lui ai ouï dire que la chose se fit dans » ce moment (au camp de la Loye, où Boisot avait suivi le » ministre), et qu'on le pressa si fort, qu'à peine il avait » nommé le premier qu'on lui demandait déjà le second et » le troisième. »
Boisot désigna en premier lieu un avocat de Besançon, Antoine-Désiré Linglois, qui était son ami particulier. Linglois avait, du reste, un autre titre à cette faveur : il avait accepté, en 1668, les fonctions d'assesseur au sous-intendant nommé par la France à Besançon.
Jean Favière fut nommé le second, « parce que le sieur » Boisot crut par là faire plaisir au marquis de Liste- » nois, dont Favière était l'avocat et l'intendant de sa mai- » son. »
Antoine Mairot, seigneur de Mutigney, fut nommé le troi-
dc la ville en 1668, et chargé spécialement de l'entretien et de l'approvisionnetnenl do la citadelle. Sa conduite pendant la guerre contre la France donna lieu à des soupçons qui éclatèrent au retour des Espagnols. Il tomba en disgrâce et se vit attaqué de toutes parts. 11 n'était pas homme à s'effrayer de ces rumeurs. Banquier do la famille de Bauffremont, il prit naturellement le parti du marquis de Listenois, et, faute de mieux, l'appuya de son argent et de ses intrigues. Le magistrat de Besançon s'émut de ses discours et lui donna l'ordre de se taire, « à moins d'être châtié, puisqu'il était leur juridique. » La seconde entrée des Français dans le pays fournit à Boisot l'occasion de déployer ses facultés sur un plus grand théâtre. Il se jeta avec enthousiasme dans le parti des vainqueurs et s'attacha à Louvois, qui le chérissait, dit Larnpinel, « pour la vivacité de son esprit et son inlelligence dans les fortiflcations. » Une longue lettre do lui à Louvois, du 1*'' juillet 1674, le montre avec toute sou activité, son intelligence et aussi son manque de scrupules.
Il entretient Louvois de la possibilité d'établir une saline à Lons-le- Saunier, de la diniculté que l'on éprouve à exploiter celle de Salins, des travaux que l'on entreprend à la citadelle de Besançon, d'un remaniement complet des fortifications de la ville, a qui serait b'eu autre chose pour le service de Sa Majesté qu'un petit trou qui se prendra toujours de la même manière que Sa Majesté la prit. »
Il voudrait qu'on levât immédiatement des soldats dans la province et qu'on retardât au contraire la levée de l'imposition, pour soulager le peuple et l'attacher à la domination nouvelle. Il rend compte d'un voyage à Salins, où il s'est occupé des fortifications, prévient qu'on peut faire pour 60,000 livres un travail dont l'entrepreneur en demande 100,000; il se vante d'avoir donné un bon conseil pour le siège de Pontarlier, et de préparer par ses intrigues la reddition du fort Sainte-Anne, qui tenait encore.
Nous retrouverons plusieurs fois Boisot et la nombreuse famille dont il assura la fortune.