‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 33 sur 106 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

sième, « par la raison qu'il était très honnête homme et pa- » rent de Boisot. »

Guillaume Loriot d'Etrabonne vint en quatrième lieu, » parce que le marquis de Louvois dit au soir Boisot qu'il » voulait qu'on plaçât dans le parlement l'un des conseillers » de la cour de justice établie par le marquis de Gastel » Rodrigo à Besançon, sur quoi il jugea Loriot le plus propre » de tous ceux qui étaient de cette chambre. »

Guillaume Loriot avait été désigné d'abord pour remplir au nouveau parlement le rôle d'avocat général ; il refusa, sous prétexte qu'ayant été conseiller à la chambre de justice, c'était le faire descendre de le nommer avocat général : le roi accueillit sa remontrance et le fit conseiller à la place de Jean Borey.

Celui-ci, ainsi que Nicolas Bourrelier, seigneur de Malpas, Les reias, avait été également désigné au choix du roi par Boisot. Tous deux refusèrent. D'après Lampinet, ce ne fut ni par point d'honneur ni par attachement à l'Espagne : ils s'imaginèrent que la conquête de 1674 serait passagère comme celle de 1668, et ne voulurent pas s'engager au service d'un pouvoir qu'ils croyaient sans lendemain. Jean Borey perdit ses fonctions de grand juge à Saint-Glaude ; Bourrelier, celles de lieutenant général du ressort de Salins. Boisot dut employer tout son crédit pour empêcher qu'à leur disgrâce on n'ajoutât l'exil. Il écrivait au parlement le 15 juillet 1674 : « Le roi avait résolu de chasser de la province » tous ceux qui ont refusé l'honneur qu'il leur a voulu » faire K »

Borey et Bourrelier essayèrent plus tard de rentrer en grâce, lorsque la domination française fut affermie; mais, ajoute Lampinet : « A mal fait, point de remède. »

Un membre de l'ancien parlement, Charles-Joseph Maréchal, prieur de Morteau, refusa également de continuer ses

1 Archives du Doubs, série B. Corresp. polilique.

fonctions de maître des requêtes. Il regretta plus tard, lui aussi, sa détermination K

Plus heureux et plus digne, Humbert-Guillaume de Précipiano, conseiller-clerc, renonça à ses fonctions, resta au service de TEspagne, et mourut archevêque de Matines, le 9 juin 1711. 11 fut remplacé par François Marlet, officiai de l'archevêque.

Un autre changement fut rendu nécessaire par le refus de Glaude-Ambroise Philippe de reprendre au parlement sa charge de conseiller, sous prétexte qu'il avait été nommé président de la chambre de justice établie à Besançon. Claude Boisot avait prévu ce refus, et mit en avant le nom de son frère, Jean-iVntoine Boisot, gendre de Philippe, qui fut en effet nommé à la place de son beau-père.

Enfin Jean-Baptiste Pouhat, qui avait été successivement

jésuite et secrétaire du gouverneur Quinones, remplaça dans

la charge de conseiller Boy vin, nommé président.

La L'élévation de celui-ci au premier siège du parlement

^d?\a" avait été pour tous les magistrats un grand sujet de satisfac-

présidence.

1 L'iiistoire de cette victime des révolutions vaut la peine d'être racontée en quelques mots. C'était le fils de Luc Maréchal, cogouverneur de Besançon, et l'un des plus riches négociants de cette ville. Grâce à sa fortune et surtout à l'influence de son frère, « d'un esprit vif et entreprenant, » il fut pourvu très jeune d'un canonicat dans l'église métropolitaine, et, ce qui valait mieux encore, du prieuré de Morteau, dont le revenu dépassait mille écus. Les mêmes influences lui firent obtenir de la cour de MaJrid une patente de maître des requêtes au parlement de Dole. D'après Ghifflel, il n'aurait pas mérité cette faveur plus que les précédentes. Ses nouveaux collègues en jugèrent du moins ainsi, et s'opposèrent longtemps à sa réception II ne fut reçu qu'en 166G. Envoyé en Espagne après 1668, pour traiter des intérêts du chapitre, il revint sans avoir obtenu ni cherché, d'après Cliifflet, d'autre satisfaction que d'avoir vu l'Escurial. Ou l'invita en 1674 à reprendre son poste au parlement de Dole : « ce petit génie, dit Lampinel, prévenu ou mal conseillé, répondit qu'il ne savait pas quel roi avait rétabli le parlement, ni s'il ferait son devoir en déférant à la lettre qu'on lui avait écrite. » Maréchal dut quitter la province et se relira en Italie, où. il alla présenter ses doléances à l'ambassadeur d'Espagne à Venise, sans réussir à exciter son intérêt; il rentra en Franche-Comté après la paix de Nimègue et recouvra ses biens, qui avaient été confisqués. « Mais pour sa charge de maître des requêtes, le marquis de Louvois )) lui dit de mettre la main sur sa conscience et de juger lui-même s'il en était » digne. » Maréchal mourut à Paris, fort endetté, en 1690.

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lion. Louis XIV s'était réservé, non seulement pour le présent, mais pour Tavenir, le droit de nommer le chef de la cour; Ton craignait qu'il ne confiât ce poste important à un homme étranger à la province ou, comme on disait alors, à la nation. Le choix de Claude Boy vin, doyen des conseillers en exercice (il était entré en charge en 1654), fit cesser les appréhensions de la compagnie. Malheureusement, le nouveau président ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité. Il mourut peu de jours après sa nomination, « de la joie, )) écrit naïvement Boisot en Tannonçant à Louvois, de se » voir tiré de l'oppression où il vivait depuis six ans. »

Le même Boisot insistait auprès du ministre pour que Boyvin fût remplacé immédiatement, « puisque rien ne cal- » mera tant la province que l'exercice de la justice.... Per- » sonne ne trouvera mauvais que ce soit un Français ; toute )) la compagnie même le souhaite pour avoir un témoin de » sa conduite K »

Boisot n'était pas sincère en s'exprimant ainsi, car il écrivait quelques jours après au parlement : « Je crois que vous )) aurez de la joie d'apprendre que le roy, par une bonté » singulière pour notre province, s'est déterminé à lui » donner un président de notre nation, et cela pour n'en- » freindre en aucune manière ses privilèges : la personne » n'est pas encore choisie, mais elle le sera bientôt 2. »

Le conseiller Jacquot fut en effet nommé ^, mais il mourut

' Archives de la Guerre, 376. Lettre de Boisot à Louvois, du 1*'" janvier 1674,

2 Archives du Doubs, série B, Corresp. polit., juillet 1674.

3 Voici la notice que Lampinet consacre à Jacquot :

« Claude Jacquot de Dole, fils d'un conseiller au parlement du même nom, se trouvant doyen au temps du décès de Claude Boyvin, fut pourvu de la présidence par patentes du mois de septembre de l'an 1674, et en prit possession à la rentrée du parlement, à la Saint-Martin du mois de novembre suivant. Il avait été lieutenant général au bailliage de Quingey et ensuite à celui de Vesoul, d'où il fut tiré pour être conseiller le 28 février 1658 ; il posséda peu la présidence-, il mourut le 17 octobre 1675. Pendant l'interdiction du parlement faite par le marquis de Gastel Rodrigo, et qui dura depuis le mois de juin 1668 jusqu'à celui de l'an 1674, les membres innocents de cette infortunée compagnie vivaient dans l'amertume, et sans savoir, la plupart, à quoi s'occuper. Le bon conseiller Jacquot trouva aussitôl

presque immédiatement, en octobre 1675. Son successeur, Jean-FerdinandJobelot, conserva au contraire la présidence jusqu'en décembre 1702 : cette longue possession sembla assurer, pour l'avenir, le privilège du parlement d'être présidé par un des siens.

Ajoutons, pour achever ce premier renouvellement du parlement, que Jacquot et Jobelot avaient été remplacés sur leurs sièges de conseillers par Charles Bonnot, de Besançon, et par François Rend, fils du procureur général Claude Reud, qui se démit de sa charge pour permettre à son fils d'entrer dans la compagnie. Le parlement se trouvait ainsi reconstitué avec le même nombre de membres qu'avant la conquête. Après cette première fournée de magistrats, on devait revenir, en cas de vacance, à l'ancien mode de nomination ; Louis XIV ne se réservait, comme le roi d'Espagne, que le choix du premier président K La Quels sentiments éprouvèrent les magistrats lorsqu'ils se

^^taiiatfon"^' trouvèreiit réunis pour la première fois dans la grande salle 6juiiieti674. ^-|^ parlement? Sans doute, à la vue des tapisseries ornées de fleurs de lis qui décoraient les murs, et du portrait de Louis XIV qui remplaçait celui du roi d'Espagne au-dessus du fauteuil du président, plus d'un sentit son cœur se serrer du regret du passé et entrevit vaguement que, malgré les apparences, la restauration dont il prenait sa part était bien incomplète, et le rôle qu'on l'appelait à jouer, bien modeste auprès de celui de ses prédécesseurs. Mais ces tristes sentiments furent effacés bien vite chez les uns par la joie de

une occupation divertissante et qui l'amusa très agréablement pendant toute celte dure saison, ce fut colle des médailles; il s'y adonna exclusivement, sa passion était extraordinaire pour toutes sortes d'antiques, en la connaissance desquelles il se rendit très habile. »

1 Le Tellier écrivait à l'inlendant de Beaulieu, le 4 novembre 1674 : « Le roi veut bien laisser au parlement de Dole la liberté de lui nommer à » l'avenir trois personnes à mesure qu'il vaquera. quelque charge, pour être choisie » par Sa Majesté celle des trois qu'elle estimera plus propre pour la remplir, à » l'exception toutefois des charges de président et des gens du roy. » (Archives du Doubs, série B. Act imp , X.)

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