‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 48 sur 106 · ID · texte numérisé non relu

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3 Archives du Doubs, série B. Corresp. polit , lellre de Chamillard, 20 juillet 1704.

Borrey, neveu du président de la cour des comptes de Dole. Boisot s'excuse, mais Pontchartrain insiste et lui montre le ridicule de sa conduite et les inconvénients qu'elle entraîne, puisqu'il a fallu remettre la cause, au grand préjudice des parties, et la faire recommencer tout entière à une nouvelle audience '.

Tels furent, de 1674 à la fm de 1714, les deux premiers présidents du parlement de P^ranche-Gomté. Avec des différences qui sont tout à l'honneur du premier, ils se ressemblent par la modestie de leur attitude et de leur rôle ; Jobelot, par la noblesse de son caractère, par le désintéressement de sa vie et aussi par sa science de juriste, a mérité la réputation d'homme de bien et de magistrat distingué. L'ambition de Boisot, si remuante qu'elle fût, ne s'est jamais élevée jusque-là. Il semble n'avoir jamais eu d'autre souci que d'établir solidement sa fortune et celle de sa famille.

Si des chefs nous descendons aux simples magistrats, les figures sont encore plus effacées et les physionomies perdent tout caractère et tout relief. La docilité avec laquelle ils se résignent au rôle modeste qui leur est assigné frappe d'autant plus que quelques-uns d'entre eux avaient été mêlés aux agitations de l'âge précédent, et que le vaste champ des grandes affaires de la politique et de la diplomatie avait paru un instant s'ouvrir à leur ambition. Le Quel contraste, par exemple, entre les débuts de Glaude-

pmiippe* Ambroise Philippe et la vie monotone et sans éclat à laquelle il se soumet, sans paraître en souffrir, après 1674! Avocat à Besançon, il reçoit en 1659 la mission de défendre les intérêts de cette ville, lorsqu'il s'agit de l'échanger contre la forteresse espagnole de Frankenthal. Il s'acquitte heureusement de cette délicate négociation, et la cour de Madrid le récompense par une charge de conseiller au parlement. A la mort de Philippe IV, lorsque la Franche-Comté est menacée par

1 Depping, Corresp. admin., II, p. 214.

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Louis XIV, c'est encore à Philippe que l'Espagne s'adresse pour obtenir contre la France l'appui de l'Empire. Il se rend avec l'abbé de Précipiano à la diète de Ratisbonne, où il engage une lutte inégale avec l'un des meilleurs diplomates français, M. de Gravel. Demeuré à Ratisbonne pendant l'occupation française, il n'est pas mêlé aux faiblesses de ses collègues et échappe à la disgrâce qui les frappe lorsque la province fait retour à l'Espagne; celle-ci lui donne la présidence de la cour de justice, qui remplace le parlement.

A l'approche de la seconde invasion, Philippe se rend en Suisse, où il court de ville en ville, multipliant les démarches pour obtenir des secours. Aussi peu heureux qu'à Ratisbonne, il fait contre mauvaise fortune bon cœur, ne boude pas le nouveau pouvoir, refuse, il est vrai, en 1674, la charge de conseiller, mais accepte, en 1679, celle de président à mortier. Il devient désormais un tout autre homme ; le diplomate remuant et actif, sinon habile et heureux, fait place au plus modeste et au plus effacé des magistrats. Son nom ne paraîtra que deux ou trois fois dans les registres du parlement, à propos de mesquines questions de préséance ou de partage d'épices entre les officiers de la cour.

La vie du conseiller maître des requêtes Augustin Le maure Nicolas présente les mêmes contrastes. Né en 1622, à Besan- requêtes çon, sans fortune et d'une humble famille, Nicolas, imitant nSÏ" l'exemple de beaucoup de ses compatriotes, va chercher fortune dans les vastes Etats de la monarchie espagnole ; il est successivement soldat à Naples, où il échappe avec peine aux habitants soulevés par Mazaniello; secrétaire, à Rome, du cardinal Trivulce, qui voudrait l'engager dans l'Eglise ; confident et factotum, à Madrid, du duc Charles IV de Lorraine, prisonnier de l'Espagne ; puis, après le traité des Pyrénées, résident de ce prince à la cour de Madrid, avec le titre de conseiller d'Etat. Le ministre Louis de Haro apprécie ses talents et le charge de diverses négociations en Angleterre, en Danemark et en Flandre. En récompense de ses services.

Nicolas obtient la charge de maître des requêtes au parlement de Dole en 1666. Mais il faut plusieurs jussions pour obtenir de ses collègues Tenregistrement des lettres patentes de nomination. Le nouveau magistrat avait contre lui le souvenir d'un aïeul décapité à Besançon pour crime de trahison. Chaud partisan de la domination française en 1668, il quitte le pays au départ des Français jusqu'en 1674, et recouvre alors sa place, qu'il gardera jusqu'à sa mort, en 1695, sans avoir pu reconquérir les sympathies de ses collègues, qu'éloignaient de lui, paraît-il, son avarice et son insupportable vanité. Nicolas a beaucoup écrit en quatre langues, le castillan, l'italien, le français et le latin, qu'il se vantait de posséder également. Un seul de ses ouvrages mérite de ne pas rester dans l'oubli, et justifie la place que nous donnons à son auteur dans notre modeste galerie de magistrats franccomtois. Nicolas écrivit en 1681 et dédia à Louis XIV un Son livre curicux opusculc coutrc la torture, intitulé : « Dissertation

sur

la toiture, » moralc et juridique, si la torture est un moyen sûr à véri- )) fier les crimes secrets K »

On ne s'étonnera pas qu'un magistrat du xvii'' siècle, pour combattre l'étrange procédure de son temps, soit allé puiser des arguments dans l'arsenal même où s'étaient armés les juristes qu'il combattait. Il cite et commente longuement tous les auteurs anciens ou modernes, sacrés ou profanes, génies immortels ou pédants oubliés, dont le témoignage faisait alors autorité; il avoue lui-même « qu'il n'établit rien » ici par son sentiment, qui ne soit fondé sur l'autorité divine )) et humaine, tiré des sacrés cayers et des auteurs les plus « sages et les mieux receus de tous les siècles. »

Mais il fait appel aussi « à la raison naturelle, qui est le )) fondement de toutes les lois.... Quoiqu'il révère l'autorité )) des lois humaines autant que personne, il ne peut pour- » tant s'y soumettre absolument, lorsque le sens commun }

1 Publié à Amstordaiu, chez Abraham Wolfgang, 1681.

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