‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 61 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

attirer de nouveaux habitants, « pour la rendre plus cul- » tivée et plus abondante; » mais il ne croit pas à refficacité des moyens proposés dans le mémoire qu'on lui soumet. Les terres en friche sont des territoires ingrats ou d'une culture difficile, qui rebuteront les étrangers, et ceux-ci les abandonneront après avoir joui pendant trois ans de l'exemption des charges.

L'obligation où seraient les propriétaires de céder une partie de leurs héritages aurait pour résultat de démembrer les domaines, de les rendre inutiles ou impossibles à affermer. Il est difficile, en effet, de donner à bail des journaux en détail, ou de composer de plusieurs morceaux des censés ou granges complètes. « Ainsi, en retranchant une » partie, on risque le tout, parce qu'il demeurera sans profit » et deviendra inculte. » Le danger existera surtout pour les « terres de marque, » qui s'anéantiront, et les familles considérables qui les possèdent ne pourront jamais se redresser de leur perte.

Ce n'est pas tout : ou bien les terres données aux nouveaux venus seront déchargées de toutes charges hypothécaires, de tous droits de cens, de mainmorte, etc. ; ce qui amènera la diminution des fiefs, faliénation des biens d'église et la ruine des particuliers ; ou bien ces terres resteront soumises aux charges anciennes et hypothécaires, alors les créanciers pourront les saisir lorsqu'elles seront en bonne culture et frustrer les étrangers de leurs travaux.

Il serait, du reste, bien dur d'enlever aux propriétaires des terres que la confusion des guerres et l'incertitude dans laquelle a été la province jusqu'à la paix ne leur ont pas permis de cultiver.

L'avis proposé au roi n'est donc pas acceptable. Le mieux est d'attendre que les choses se rétablissent d'elles-mêmes à la faveur de la paix, ou de mettre en usage un moyen dont le parlement assure l'efficacité : la diminution des charges qui pèsent sur la province.

Les magistrats ne s'en tiennent pas, du reste, à ce programme un peu négatif. Ils soumettent à leur tour, au roi, toute une série de mesures dont voici les plus importantes :

Ordonner aux communautés rurales de recevoir gratuitement, pendant plusieurs années, ceux qui se présenteront, pourvu qu'ils soient bons catholiques, et qu'ils se conforment aux coutumes et règlements des lieux.

Favoriser le commerce, rendre navigable la rivière du Doubs, créer des « factures » dans la province, attirer les ouvriers par le bon marché des vivres et en leur accordant quelques privilèges.

Retenir les anciens habitants dans la campagne, et les empêcher « de se divertir à des emplois hors de leur portée. »

Prévenir la désertion des vignerons, qui sont en grand nombre dans la province, où ils ne peuvent plus subsister faute de débit de leur vin; pour cela, interdire Fusage des vins étrangers ; « par ce moyen, on procurera du moins la » consomption dans le pays de ceux qu'il produit avec abon- » dance. »

Ne pas créer de nouveaux collèges et même en supprimer quelques-uns, « pour lever aux artisans et aux gens de la » campagne la trop grande facilité de faire estudier leurs en- » fants, lesquels, quoique le plus souvent peu capables, se » jettent dans le clergé ou la politique, au lieu qu'ils seraient » plus utiles au publique, s'ils suivaient la condition de leurs » pères.

» Une province comme celle-ci, ajoutait le parlement, qui » est encore affaiblie par les longues guerres qui l'ont » épuisée, ne peut profiter d'abord de tous les remèdes qui » semblent salutaires, parce que quelquefois, en voulant » fermer une plaie, on en rouvre d'autres, ce qui peut accom- » moder les uns et en désoler plusieurs.

» Et cette province étant comme un corps exténué, il » semble que ses forces seraient plus seurement restablies * par des aliments que par des retranchements. Votre

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