‹ La Franche-Comté sous Louis XIVChapitre 62 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» Majesté, par ses bienfeits, par les exemptions et le com- » merce, pourra plus aisément faire venir des habitants que )) par des voyes qui appauvrissent ceux qui y sont déjà » establis. »

Plusieurs des mesures proposées par le parlement étaient sages : quelques-unes, qui paraîtraient étranges aujourd'hui, étaient dans l'esprit du temps. Si Golbert eut connaissance du mémoire que nous venons d'analyser, il dut approuver les propositions des magistrats franc-comtois; malheureusement, le grand ministre allait bientôt mourir, et les guerres qui vont suivre allaient détourner l'attention du gouvernement et l'empêcher d'appliquer, au moins dans son ensemble, le plan de réformes qui lui était proposé.

Le parlement s'efforça, du moins, de les accomplir dans Le la sphère de son action administrative, et s'opposa notam- favorise ment aux efforts des communautés pour empêcher l'immi- tion,"^Sô. gration des étrangers dans la province : en 1680, les habitants de Randevillers demandaient à la cour d'autoriser des statuts faits par leur communauté, par lesquels ils imposaient aux étrangers qui voudraient « s'y habituer » la somme de 100 fr., s'ils se mariaient dans le village, et de 200 fr., s'ils étaient déjà mariés ou restaient célibataires; la cour refusa, supprima pendant trois ans, pour toutes les communautés, le droit d'habitantage, et diminua le droit de manantage, « pour faciliter auxdites communautés les » moyens de leur rétablissement K »

En 1688, un recensement général de la province permit Les de se rendre compte des progrès de la population - ; celle-ci ments atteignait alors le chiffre de 332,700. Dix ans plus tard, en iQgs euegs. 1698, le mémoire de l'intendant de la Fonds donne le

1 Délibération du 21 mai 1680. (Ârch. du Doubs, série B. Délibération importante, vol. II, verso, 68.

2 « L'eslat et dénombrement général des feux, maisons, hommes, femmes, enfants, » valets, servantes et du bétail (chevaux, mulets, bœufs, vaches, veaux, moutons, » chèvres, cochons) qu'il y a dans le comté de Bourgogne, fait en l'année 1688. » (Arch. du Doubs.)

chiffre de 336,720, plus environ 4,000 prêtres, religieux ou religieuses.

Ainsi , à la fin du xvii^ siècle , la province n'avait pas encore retrouvé le chiffre de 400,000 habitants qu'une statistique un peu aventurée lui donne dès 1614.

Mais le chiffre de la population n'est pas tout. Quelle était la situation matérielle de cette population? Etait-elle riche ou pauvre ? Quelles étaient les sources de sa richesse ou les causes de sa misère? Dans quelle mesure l'agriculture, l'industrie et le commerce contribuaient-ils à assurer sa subsistance et son bien-être?

La correspondance de l'intendant de la Fonds avec le contrôleur général nous fournit d'abord deux tableaux résumés de la situation de la Franche-Comté à dix années de distance, en 1685 et en 1695.

Etat Le 18 novembre 1685, de la Fonds rend compte au mi-

de nistre de Tétat de la province confiée à ses soins et ter- ^6^168^^ mine ainsi son exposé :

« Les habitants ne sont point dans la pauvreté. On ne peut » point dire qu'ils soient riches; ils mangent du pain, de » la viande, boivent du vin, sont couchés et bien vêtus; c'en » est assez pour ces sortes de gens.

» Ceux de la montagne du costé de Saint-Claude sont plus » sobres, ne mangent que du pain avec du petit-lait, mais ils » sont accoutumés à cette manière de vivre dès leur enfance, » et leur sobriété, avec ce qu'ils sont plus laborieux, fait » qu'ils ont plus d'argent. Voilà Testât de cette province que » l'on peut dire être en bon estât K » En 1695. En 1695, de la Fonds signale une situation à peu près analogue. On avait donné au roi l'avis que le nombre des terres incultes augmentait dans plusieurs provinces du royaume. Le 14 juin, l'intendant informe le contrôleur général que ce n'est pas le cas de la Franche-Comté, « puisque

1 BoisLisLE, Correspondance des intendants^ I, p. 213,

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